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Trop cheap les Québécois?

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Après 39 jours de haute — et basse — voltige politique, quel bonheur que de redescendre sur le plancher des vaches et de revenir à des sujets du quotidien dont on ne parlera jamais à l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui, il sera question de fruits. Et de légumes. Mais surtout de fruits.

Hier, j’étais dans une épicerie chic. Pas pour acheter du sel rose de l’Himalaya ni pour démontrer qu’on peut s’alimenter pour 75 $ par semaine, par personne, mais parce que les fruits y sont meilleurs qu’au supermarché du coin.

J’adore les fruits, mais la qualité a foutu le camp.

Argent ou produits ?

Pierre Foglia avait déjà chroniqué à ce sujet. Les Québécois, paraît-il, n’aiment pas payer cher pour leurs aliments. Les acheteurs des chaînes de supermarchés le savent et s’approvisionnent de produits de deuxième, voire de troisième ordre.

Un d’entre eux m’a confirmé que c’est toujours pareil.

C’est pourquoi les pêches, les nectarines, les prunes et les poires sont dures 50 semaines sur 52. Même celles qui viennent de l’Ontario. On ne trouvera jamais sur nos étals les fruits de première qualité vendus sur le bord de la route dans la région du Niagara.

Certaines chaînes, notamment IGA et Métro, se débrouillent mieux que d’autres, mais les bannières Provigo et Loblaws se fichent de notre gueule. Peu de produits locaux. Trop de produits flétris, jaunis, ratatinés, à gros prix.

Plus frais en chine

Quand les bok choys de Chine sont plus frais que les haricots de la Montérégie, et coûtent moins cher, ça ne va pas.

Les marchés publics se distinguent pour les produits locaux, en saison, mais dès qu’on parle de fruits importés, hormis les agrumes et les bananes, c’est comme les machines à sous : ding ding trois cerises, si vous êtes chanceux.

Avez-vous remarqué que la peau autour du pédicule des prunes est plissée ? Pourquoi ? Quand j’étais petite, il y avait plusieurs variétés de raisins. Aujourd’hui, ils sont tous pareils, gros, gonflés et sans saveur. Que sont devenus les délicieux raisins verts Perlette d’autrefois ?

Oubliez les fruits exotiques. Avez-vous déjà mangé une carambole d’épicerie ? Elles ont beau être bourrées de potassium, elles ne goûtent rien et coûtent la peau des fesses.

Il faut manger local, manger saison, mais cet été j’ai dû jeter plusieurs cantaloups d’ici trop durs ou sans saveur.

Adresse secrète

Des amis qui recevaient en grand toutes les semaines proposaient au dessert de fabuleux plateaux de fruits irréprochables. J’ai fini par lui demander leur adresse secrète. Ils m’ont expliqué qu’ils s’étaient mis copain-copain avec un important grossiste de Montréal et qu’ils achetaient leurs fruits dans son arrière-boutique, où le grossiste entreposait la marchandise top qualité destinée aux restaurants.

Les Québécois sont trop cheaps pour bien manger ou trop pauvres ? Je l’ignore, mais je sais une chose, ceux qui nous vendent de la vilaine marchandise à gros prix nous méprisent.

Pour être respecté, il faut se plaindre, retourner, boycotter. Pour bien manger, il faut acheter moins, mais acheter mieux. Mais ça devient difficile.