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Retombées politiques et défis de l’AEUMC

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Il est de bon ton de dire que Justin Trudeau et ses négociateurs se sont fait passer à la moulinette par Donald Trump dans la renégociation de l’ALENA, mais le Canada ne s’en est pas trop mal tiré, même si plusieurs défis subsistent.

Les gains du Canada ont été modestes, mais comparés à un échec des négociations, l’entente imparfaite désormais appelée AEUMC est un gain non négligeable.

Personne ne peut se reposer sur ses lauriers, cependant. Les défis demeurent nombreux.

Trump peut se pavaner

Politiquement, Donald Trump sort gagnant de ces négociations. À la veille des élections de mi-mandat, il avait besoin d’une victoire, il l’a eue et il la célèbre à grands coups d’hyperboles.

C’est pour pouvoir se vanter d’avoir réinventé la roue qu’il insistait pour que l’ALENA change de nom. Il n’y a toutefois que les trumpistes inconditionnels qui croiront qu’il a transformé le « pire deal de l’histoire » en la plus formidable entente commerciale jamais conclue. De toute façon, l’enjeu est secondaire pour la plupart des électeurs et peu de votes changeront d’ici au 6 novembre sur cette base.

Trump avait de bonnes raisons électoralistes d’insister sur l’industrie laitière. Celle-ci est concentrée au Wisconsin, un État baromètre qu’il tient mordicus à conserver en 2020. Si le gouverneur républicain Scott Walker remonte la pente et est réélu le 6 novembre, il aura une grosse dette envers Trump.

Vers le défi chinois

Dans une perspective plus globale, Donald Trump avait besoin d’un accord pour valider son approche d’intimidation commerciale, même si les menaces théâtrales qu’il profère dans ses assemblées partisanes et ses tweets ont peu d’écho aux tables de négociation.

D’ici 2020, le président s’appuiera sur le succès de l’AEUMC pour justifier sa ligne dure envers la Chine, le principal défi de sa politique commerciale. Par contre, même si les Chinois ont plus à perdre que les Américains d’une guerre commerciale, Xi Jinping a une qualité qui fait défaut à son homologue américain : la patience.

Ne pas oublier les perdants

Pour le Canada, l’AEUMC n’est pas une catastrophe, mais Justin Trudeau serait imprudent d’imiter Donald Trump en déguisant sa victoire à l’arraché en triomphe.

Les producteurs canadiens d’acier et d’aluminium n’ont pas obtenu le traitement de faveur qu’ils espéraient, mais il était illusoire de croire que Trump abandonnerait son fétichisme des tarifs. En attendant l’après-Trump, il faudra maintenir les pressions internationales dans ce dossier.

Les concessions dans le domaine laitier sont un gros problème pour le Québec, mais un échec global aurait été encore plus coûteux. Les libéraux ont sacrifié le lait québécois pour les autos ontariennes, mais les conservateurs auraient-ils fait autrement ?

Pour le gouvernement Trudeau, le défi sera d’aider l’industrie laitière à prospérer face à la concurrence nord-américaine, dans l’intérêt des producteurs et des consommateurs. Quant au nouveau gouvernement du Québec, il gagnerait à appuyer cette transition plutôt que de chercher à retirer du bénéfice politique en gardant les yeux rivés sur le rétroviseur.