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Lafrenière ne s’expliquera pas

L’organisation précise qu’un groupe de gestionnaires prendra le relais après son départ de l’UPAC

UPAC
Photo Pierre-Paul Poulin Le 31 octobre 2017, les trois plus hauts dirigeants de l’UPAC s’expliquaient à la suite de l’arrestation du député Guy Ouellette. Tous trois ont aujourd’hui quitté l’organisation.

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Le patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui a surpris tout le monde en démissionnant le jour de l’élection, ne s’expliquera pas publiquement sur les raisons de son départ.

Robert Lafrenière a quitté lundi son poste de commissaire à la lutte contre la corruption et a pris l’avion le lendemain matin pour l’Europe. Il est officiellement en vacances, mais demeure en poste jusqu’au 2 novembre.

Le gestionnaire, qui a eu accès pendant sept ans aux secrets les mieux gardés des enquêtes visant entre autres les allégations de financement illégal au Parti libéral du Québec, n’a depuis accordé aucune entrevue. Il n’a pas non plus publié de communiqué de presse pour expliquer au public les raisons de son départ soudain.

Cette situation n’est pas près de changer. Mathieu Delisle, porte-parole de l’organisation, a écrit hier dans un courriel à notre Bureau d’enquête qu’« il n’est pas prévu que le commissaire donne des entrevues » à son retour.

Nous avons voulu savoir qui assurait en ce moment l’intérim à la tête de l’organisation chargée d’enquêter sur la corruption au Québec. M. Delisle a répondu que « lorsqu’il s’absente, [le commissaire] désigne généralement le commissaire associé aux enquêtes pour assumer l’intérim. »

Nommé plus tard

Ce poste est occupé depuis juin par Frédéric Gaudreau, un ancien capitaine à la Sûreté du Québec qui a ensuite œuvré à l’Autorité des marchés financiers.

« Après le 2 novembre, il y a une équipe complète de commissaires associés et de gestionnaires expérimentés qui assurera la continuité des opérations. Le gouvernement nommera très certainement un gestionnaire à la fonction de commissaire par intérim », a poursuivi le porte-parole.

« Il aurait dû s’expliquer »

L’avocat criminaliste Jean-Claude Hébert se pose des questions sur le moment et la méthode choisis par le patron de l’UPAC pour partir.

« On est un peu interloqués par sa façon de procéder. Dans une démocratie, c’est une fonction importante qu’il occupe. Il aurait dû choisir un autre moment et s’expliquer. »

La juge à la retraite Nicole Gibeau croit aussi que Robert Lafrenière aurait dû fournir des explications.

« Quand il n’y a pas de réponses, ça ouvre le buffet pour toutes les spéculations. On ne le sait pas ! On n’a vraiment rien ! », dit-elle.

Marie-Soleil Tremblay, professeure à l’École nationale d’administration publique, estime de son côté que « le plus grand perdant, c’est l’organisation en tant que telle et ses employés ».

« Je n’ai pas l’impression que le niveau de confiance fût très élevé. Peut-être que ça va la miner encore plus, mais il y avait déjà beaucoup de travail pour [l’UPAC] », estime-t-elle.

Mandats non valides

Juste avant son départ, vendredi dernier, Robert Lafrenière a essuyé un revers quand le Directeur des poursuites criminelles et pénales a annoncé que les mandats de perquisition exécutés l’automne dernier par l’UPAC contre le député Guy Ouellette n’étaient pas valides.

M. Ouellette était soupçonné par l’UPAC d’avoir participé à des fuites d’informations confidentielles sur des enquêtes dans les médias.

Il a été arrêté dans un premier temps, mais n’a finalement jamais été accusé. Il récupérera même d’ici 30 jours le téléphone cellulaire et l’ordinateur que la police lui avait saisis.

André Boulanger

Il était directeur des opérations de l’UPAC. Il a quitté en avril 2018. Le président du syndicat des policiers de la SQ a affirmé qu’il était impliqué dans « plusieurs dossiers litigieux de relations de travail ».

Robert Lafrenière

Grand patron de l’UPAC. Il a démissionné lundi, le jour même de l’élection générale, sans fournir d’explications.

Marcel Forget

Commissaire associé aux vérifications. Il a démissionné le 30 novembre 2017 à la suite des révélations de notre Bureau d’enquête selon lesquelles il aurait agi comme intermédiaire pour l’achat d’actions de la controversée entreprise Newtech dans les années 1990 et 2000.