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La CAQ aura les coudées franches pour réformer le «bordel informatique»

François Legault
Photo d'archives, Jean-François Desgagnés François Legault

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800 M$ par année. C’est le montant que la CAQ espère récupérer dans le « bordel informatique », notamment en abolissant le Centre de services partagés du Québec (CSPQ), organisme que les caquistes ont souvent qualifié de « cancre » de la fonction publique. Pourtant, des experts invitent le parti à la prudence en misant plutôt sur la stabilité et la responsabilité.

Après avoir longtemps jeté la pierre au gouvernement libéral pour ses échecs répétés en informatique, voilà que la Coalition avenir Québec aura les coudées franches pour faire les choses à sa façon.

Mené sur cette question par l’informaticien de profession Éric Caire, le parti a bien souvent abordé la ligne dure, notamment avec le Centre de services partagés du Québec chargé entre autres d’accompagner les ministères dans l’octroi de contrats.

« Incompétence crasse », « cancre », « pas bons », « véritable farce », « sclérosé », Éric Caire n’a jamais mâché ses mots pour décrire le CSPQ et ses fonctionnaires.

Fusion et économie

Le parti propose maintenant la fusion de l’organisme avec le Dirigeant principal de l’information (DPI) pour créer une toute nouvelle entité, le Centre d’excellence en technologie de l’information du Québec (CETIQ).

Selon les calculs du cadre financier du gouvernement élu, la mesure ferait économiser 100 M$ par année à l’État et permettrait ultimement de diminuer les risques d’échecs connus par le passé.

« Tout ce monde-là s’enfarge mutuellement, avec le joyeux résultat qu’année après année, on a l’impression au gouvernement du Québec qu’il est absolument impossible de réussir un projet informatique », avait lancé le député Éric Caire, alors porte-parole en matière d’efficacité de l’administration publique, lors de l’annonce de la promesse en avril dernier.

La CAQ a aussi promis de diminuer la dépendance de Québec aux firmes externes en informatique. À titre d’exemple, 200 consultants, dont certains en Inde, ont récemment été embauchés par la SAAQ pour un projet informatique « par manque d’expertise ».

À terme, 30 % des consultants externes devront être remplacés par des employés de l’État en technologie de l’information pour « augmenter l’expertise du gouvernement », souhaite la CAQ.

Hausse des salaires

Une hausse des salaires est toutefois à prévoir pour que Québec cesse d’être « confiné à un rôle de club-école pour l’entreprise privée » comme l’avait déjà affirmé Éric Caire.

Au fil des ans, le nouveau gouvernement s’était aussi engagé à regrouper les 457 centres de traitement de l’information de l’État, à revoir le processus d’appel d’offres et la gestion des contrats publics ainsi qu’à diminuer les coûts d’approvisionnement.

Avec l’ensemble de ses mesures, la CAQ a promis de récupérer annuellement 800 M$.

 


Liste des engagements de la CAQ en matière de ressources informationnelles

Abolition du Centre de services partagés du Québec et du Dirigeant principal de l’information pour les remplacer par le Centre d’excellence en technologies de l’information du Québec (CETIQ)

► Économie estimée : 100 M$


Diminution du recours à l’externe de 30 % pour embaucher des ressources spécialisées à l’interne

Regroupement des 457 centres de traitements informatiques (CTI) du gouvernement

► Économie estimée : 100 M$ par année


Révision des méthodes d’approvisionnement et des modalités d’appels d’offres pour les contrats gouvernementaux

► Économie estimée : 590 M$ par année


Numérisation de l’ensemble des services administratifs du gouvernement

► Économie estimée : 10 M$ par année

 

Centre de services partagés: analyser avant de mettre la hache

Une experte en gouvernance appelle la CAQ à la prudence dans son grand projet de réforme du Centre de services partagés du Québec (CSPQ).

Marie-Soleil Tremblay, professeure à l’École nationale d’administration publique estime que l’organisme n’est pas aussi gangréné que la CAQ a pu le laisser entendre par le passé.

« Il y a des éléments, quand tu n’as pas accès aux fonctionnaires et aux analyses, qui te font arriver à une conclusion “A”, mais, par la suite, ça devient nuancé », souligne Mme Tremblay.

Selon l’experte, le CSPQ a beaucoup évolué au cours des dernières années et la stabilité serait peut-être ce qui rendrait le plus service à l’organisme. « En trois ans, il y a eu quatre hauts dirigeants. Pour qu’une organisation puisse évoluer et être plus efficiente, cette idée de changer aux six mois est nuisible. »

 

Pour éviter les dérapages: priorité à l’imputabilité des dirigeants

La clé pour éviter d’autres débâcles informatiques passe par l’imputabilité des dirigeants d’organismes et de ministères, croit l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP).

Son directeur, Michel Nadeau, invite la CAQ à identifier clairement qui gère ces budgets monstres. Ultimement, l’expert souhaite voir des têtes tomber si d’autres projets dérapent.

« Je regarde le système Phénix au fédéral, c’est épouvantable. Il n’y a personne qui a perdu sa job après 2 milliards de dollars et ça ne marche toujours pas. C’est une tragédie », lance M. Nadeau, militant pour un meilleur encadrement des projets.

« Il faut identifier les budgets, identifier les responsables et s’assurer qu’au-dessus de ces gens-là, il y ait des superviseurs, que ce soit un conseil d’expert ou ministériel, mais qu’il y ait une supervision des projets », explique-t-il.

 

Réduction de la sous-traitance: possibles embauches saluées par le syndicat

À travers les nombreuses promesses de la CAQ en matière d’informatique, celle d’embaucher des spécialistes internes pour réduire la dépendance aux sous-traitants réjouit le Syndicat de la fonction publique.

Réclamant la mesure depuis longtemps, Christian Daigle, président du Syndicat, estime que bien des problèmes pourront ainsi être réglés. « Il faut garder cette expertise-là à l’interne, il faut développer nous-mêmes nos propres projets informatiques pour ne pas que ça plante chaque fois », croit M. Daigle.

Le transfert promis de 30 % de ressources externes vers des embauches internes représente une excellente nouvelle pour le syndicat, qui voit ses membres sous pression.