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Que s’est-il vraiment passé?

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Quelle soirée électorale ! Une élection historique qui a confondu toutes les firmes de sondages, les analystes, les journalistes et stratèges des partis politiques réunis.

Mais que s’est-il vraiment passé ? Pourquoi personne n’a-t-il prévu la puissance de la vague caquiste et la déconfiture libérale ?

Pour bien comprendre les derniers mouvements de l’opinion publique, nous avons interrogé de nouveau, au lendemain du vote, les mêmes répondants que ceux de notre dernier sondage électoral du 27 septembre. Cela nous a permis de mesurer l’écart entre les intentions de vote déclarées et les comportements électoraux réels. (1)

Les résultats électoraux ne sont pas aussi surprenants que ce que plusieurs pensent. En effet, les sondages annonçaient l’élection d’un gouvernement de la CAQ, la chute du PQ et la montée de QS. Seul l’effondrement libéral n’avait pas été prévu.

1. La poussée caquiste

Depuis près d’un an, systématiquement tous les sondages mesuraient une victoire caquiste majoritaire. En juin dernier, Léger évaluait la CAQ à 37 %, le PLQ à 28 % et le PQ à 19 %, ce qui est près du résultat de l’élection.

C’est à partir du débat sur l’immigration que les intentions de vote pour la CAQ ont chuté brutalement avant de se stabiliser pour remonter ensuite à leur moyenne annuelle au jour de l’élection. Notre sondage s’étant arrêté le jeudi précédent le vote, nous n’avons pu capter avec justesse l’ampleur de la remontée finale de la CAQ. D’ailleurs, 11 % des électeurs ont fait leur choix définitif dans l’isoloir !

L’avance de la CAQ auprès des francophones a permis à Léger d’annoncer dans Le Journal de Québec et Le Journal de Montréal du 29 septembre l’élection d’un gouvernement caquiste. Tous les sites de projections de sièges ont fait de même.

2. La montée solidaire

Malgré toutes les critiques dont ils ont été la cible, les sondeurs ont mesuré avec précision la montée de QS à partir du premier débat jusqu’au résultat final de 16 %. La dégringolade du vote péquiste à 17 % a aussi été confirmée par les sondages.

3. La déprime de l’urne

La seule véritable surprise que personne n’avait prédite demeure l’effondrement du vote libéral. La surévaluation des libéraux a été la véritable erreur des sondeurs. Non seulement le Parti libéral n’a pas bénéficié de sa prime à l’urne habituelle, mais il a atteint un creux historique avec 25 % des voix.

4. L’absence des non-francophones

Notre sondage post-élection nous démontre que près de la moitié des non-francophones (47 %), la clientèle électorale traditionnelle du Parti libéral, ne sont pas allés voter ! Une cause directe du taux de vote le plus faible depuis 1927 (à l’exception de 2008) et de l’affaissement du vote libéral.

Ce recul est particulièrement réel dans les 24 comtés de Montréal et Laval, détenus par les députés libéraux, avec une chute du taux de participation de 13 % par rapport à 2014 ; près de trois fois plus élevée que la moyenne nationale.

Sans menace séparatiste, sans débat sur la Charte des valeurs et probablement convaincus d’une victoire libérale dans leur comté, plusieurs électeurs libéraux non francophones sont tout simplement demeurés à la maison le 1er octobre.

5. Le transfert vers la CAQ

Nous avons découvert dans notre sondage postélectoral que 5 % des électeurs libéraux ont choisi finalement de se tourner vers la CAQ durant le dernier week-end de la campagne, donnant des victoires caquistes étonnantes en Estrie et en Outaouais. Le taux de vote dans ces deux régions est demeuré élevé.

Ces données postélectorales démontrent que les francophones ont délaissé le Parti libéral. 17 % des francophones avaient l’intention de voter libéral, mais seulement 12 % l’ont fait. Le PLQ a d’ailleurs terminé 3e ou 4e dans 49 comtés et n’a fait élire que 5 députés hors de la région du grand Montréal.

6. Une volatilité québécoise

L’électorat québécois est l’un des plus volatils au monde. Notre sondage post-élection démontre que 36 % des électeurs ont confirmé leur choix seulement au cours de la dernière semaine, dont 11 % dans l’isoloir. Ce taux était de 8 % en 2014 !

Pire, 54 % des électeurs ont songé, à un moment ou l’autre, à voter pour un autre parti durant la campagne. Du jamais-vu.

7. Un gage de qualité

Cela fait plus de trente ans que Léger vous offre la mesure la plus juste lors des élections québécoises, et nous en sommes fiers. Cette élection exceptionnelle nous oblige à continuer à améliorer nos techniques et à trouver les moyens de mieux saisir les derniers mouvements de l’opinion publique. C’est plus qu’un devoir, j’en fais ma mission personnelle et celle de mes quatre cents employés.


(1) Sondage internet réalisé les 2-3 octobre auprès de 847 des 1502 Québécois qui avaient répondu à notre dernier sondage électoral du 24 au 27 septembre 2018.