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Virée arctique par la route

Sous les lueurs d’un rayon isolé, l’archipel aux rives morcelées semble un mirage de couleurs chaudes dans cette immensité bleutée de la baie James.
Photo Mathieu Dupuis Sous les lueurs d’un rayon isolé, l’archipel aux rives morcelées semble un mirage de couleurs chaudes dans cette immensité bleutée de la baie James.

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C’est avec une fébrilité difficile à contenir que je regarde les kilomètres défiler. Le camion louvoie légèrement de gauche à droite dans un effet qui donne l’impression de planer. Ce sentiment étrange devient rapidement familier après les premiers 100 km de route gravelée. La Route du Nord dans la région d’Eeyou Istchee Baie-James a de quoi effrayer les non-initiés avec ses 407 km de pur isolement. Mais avec un minimum de planification, ce trajet devient un pèlerinage amusant où chaque étape est un objectif à atteindre comme dans un rallye dans le désert !

La Route du Nord, un trajet sur la gravelle qui permet de s’imprégner de ce <i>road trip</i> en terres cries.
Photo Mathieu Dupuis
La Route du Nord, un trajet sur la gravelle qui permet de s’imprégner de ce road trip en terres cries.
Signalisation iconique qui représente bien la dimension du territoire.
Photo Mathieu Dupuis
Signalisation iconique qui représente bien la dimension du territoire.

Arrivé dans la communauté crie de Wemindji par la route de la Baie-James, après plus de 1325,7 km depuis Montréal, c’est la célébration d’un accom­plissement. Wemindji surprend par sa modernité. Les bâtiments sont pour la plupart très récents et leur architecture rappelle les symboles de la Nation crie. Je suis étonné et émerveillé à la fois en observant derrière un très grand nombre de maisons modernes, la présence d’un tipi traditionnel, signe de la continuité de la culture crie.

Herny et James

Herny et James, deux guides cris de la communauté de Wemindji qui offrent des excursions avec Coastal Tour.
Photo Mathieu Dupuis
Herny et James, deux guides cris de la communauté de Wemindji qui offrent des excursions avec Coastal Tour.

Je ne suis pas à ma première visite à Wemindji, toutefois, ce voyage me rend particulièrement surexcité. Depuis longtemps, je rêve d’explorer la baie James et son archipel, plus spécialement les îles Paint Hills. En fin d’après-midi, j’ai rendez-vous avec Herny et James, mes guides cris pour cette sortie en mer. Alors que des kilomètres nous séparent de la communauté, la rivière devient un bras de mer, puis s’ouvre enfin sur une mer d’huile à l’infini ! Herny me dit que je suis très chanceux, car habituellement, il y a toujours du vent sur la baie James. Le bateau file à vive allure sur ce miroir liquide depuis près de 25 km. L’air remplit mes poumons avec une sensation de pureté à chaque respiration. La taïga arbustive a fait place à un décor de toundra arctique très prononcé. On voit même un caribou traverser d’une île à l’autre à la nage. James me dit de garder l’œil ouvert, je pourrais bien voir un ours polaire. Ils sont nombreux dans ce secteur de la région de la Baie-James.

Être randonneur sur les îles, c’est se sentir seul au monde.
Photo Mathieu Dupuis
Être randonneur sur les îles, c’est se sentir seul au monde.

Le bateau s’approche lentement de la rive. La transparence de l’eau me saisit alors que le bateau accoste. James amarre solidement le bateau. Après tout, on ne veut pas le perdre avec les forts courants de la marée. Nous marchons dans une myriade de pistes de caribous. Herny et James préparent leur équipement, dont une arme à feu pour la sécurité. Nous amorçons l’ascension de la première île, avec aisance, car les arbres se font rares. Le regard porte loin. James et Herny ont l’œil aiguisé et scrutent l’horizon pour détecter une éventuelle « tache blanche ». Une rencontre que nous préférerions faire en bateau plutôt qu’en randonnée pédestre. Au sommet, la vue est superbe. Je distingue de magnifiques lignes argentées qui strient les collines de la seconde île. Herny me sourit et me dit qu’il garde le meilleur pour la fin !

Les îles Paint Hills portent bien leur nom. Les nombreuses rivières de quartz contrastent et laissent l’impression qu’un géant s’est amusé avec un pinceau.
Photo Mathieu Dupuis
Les îles Paint Hills portent bien leur nom. Les nombreuses rivières de quartz contrastent et laissent l’impression qu’un géant s’est amusé avec un pinceau.

Alors que nous effectuons les derniers mètres d’ascension vers le sommet de la deuxième île, un monument de quartz se dévoile devant moi. Les fameuses stries argentées qui parsèment les collines sont en fait des veines de quartz aux allures de rivières sinueuses. Dans le coucher du soleil arctique, Herny me suggère d’apposer une pierre au monument, afin de témoigner de ma présence. Il m’informe que les pierres de ce monument correspondent au nombre de visiteurs qui ont foulé ces lieux. Autant dire que les îles Paint Hills sont rarement visitées, bien qu’elles soient relativement acces­sibles. Quant à moi, je garderai un souvenir impérissable de ce moment fort de mon excursion sur ces îles de la baie James.

Monument de quartz, seul témoin de la présence humaine en ces lieux.
Photo Mathieu Dupuis
Monument de quartz, seul témoin de la présence humaine en ces lieux.

► Mathieu Dutpuis a récemment publié le livre Québec: un parcours photographique au coeur de cette province unique du Canada, chez National Geographic.

 

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