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Des mois pour avoir le permis de la Ville

La directrice d’une maison d’urgence pour les parents en difficultés déplore les délais d’autorisation

La fondatrice de la Maison Kangourou, Josée Fortin.  
Photo Vincent Larin La fondatrice de la Maison Kangourou, Josée Fortin.  

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La fondatrice d’une maison d’aide d’urgence pour les parents momentanément à bout de ressources déplore qu’elle doive attendre six mois avant d’obtenir un permis pour rebâtir son bâtiment lourdement endommagé par un dégât d’eau, l’hiver dernier.

La Maison Kangourou est le premier centre d’hébergement d’urgence pour enfants à Montréal, et a pignon sur rue depuis 2015. Sa fondatrice, Josée Fortin, dit recevoir chaque jour des appels de parents en détresse qui cherchent un endroit pour faire dormir leurs enfants le temps d’une nuit.

« Hier, c’étaient deux parents en burn-out qui n’avaient aucune autre solution. La semaine d’avant, c’était une mère sur le point de commettre l’irréparable », soupire-t-elle.

250 enfants reçus

L’an dernier, Mme Fortin et le personnel de l’organisme situé rue Sherbrooke Est ont reçu à coucher 250 enfants qui se seraient autrement retrouvés sous la responsabilité de la Direction de la protection de la jeunesse. Mais voilà qu’en janvier, un important dégât d’eau a ruiné les locaux de l’organisme. Les mauvaises nouvelles se sont enchaînées avec la découverte d’amiante dans les murs et de fissures au solage.

« On a deux solutions. Faire de grosses rénos ou tout mettre à terre et construire une nouvelle Maison Kangourou », explique Mme Fortin. Elle dit pencher pour la deuxième option afin de disposer d’une construction durable et adaptée aux besoins des enfants. D’autant plus que des bailleurs de fonds sont désormais prêts à financer entièrement les travaux.

Mais les bras lui sont tombés lorsque, au bureau de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, on lui aurait dit qu’obtenir un permis pour construire un nouveau bâtiment pourrait prendre de six mois à un an.

Une exception ?

« Ça n’a pas de sens. On a tout ce qu’il faut pour commencer les travaux demain. C’est un service essentiel pour de nombreux parents », soutient Mme Fortin, qui aimerait que la Ville puisse considérer les urgences impliquant des organismes comme le sien.

Une porte-parole de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve a expliqué que Mme Fortin n’avait pas encore déposé de demande formelle.

« Dans un cas de démolition et de reconstruction, l’émission d’un permis peut prendre jusqu’à six mois, mais c’est quand un projet est complexe », dit Maude Brasseur, précisant qu’en moyenne, le délai est de trois mois.

Mme Fortin dit espérer trouver un endroit pour loger temporairement des enfants. Entre-temps, les autres services offerts par la Maison Kangourou se poursuivent comme d’habitude.

 

Elle attend pour donner son rein à sa fille

Johanne Kreiter est inquiète de ne pas trouver d’endroit où faire garder ses enfants pendant qu’elle se remettra de son opération. Elle souhaite donner un rein à sa fille, Francesca, qui n’a plus de fonctions rénales.
Photo PIerre-Paul Poulin
Johanne Kreiter est inquiète de ne pas trouver d’endroit où faire garder ses enfants pendant qu’elle se remettra de son opération. Elle souhaite donner un rein à sa fille, Francesca, qui n’a plus de fonctions rénales.

Avec la fermeture de la Maison Kangourou, une mère de famille monoparentale s’inquiète de ne pas trouver d’endroit où loger ses enfants lorsqu’elle devra passer quelques jours à l’hôpital après avoir donné un rein à l’une de ses filles.

La fille de Johanne Kreiter, Francesca, 23 ans, a perdu l’usage de ses reins il y a cinq ans après une méningite sévère. Depuis, la jeune femme doit subir des séances de dialyse trois fois par semaine à l’hôpital de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Confrontée aux difficultés éprouvées par sa fille au quotidien, la femme de Boucherville a décidé de lui donner elle-même l’un de ses reins.

Mais la mère de six enfants se dit préoccupée de ne pas avoir d’endroit où elle pourra laisser ses trois plus jeunes, âgés de 7, 9 et 15 ans, le temps de se remettre de l’opération, ce qui pourrait prendre trois ou quatre jours.

« Ma fille la plus âgée a une garderie, mon autre fils est en colocation, ma mère est décédée, mon père habite loin et est malade », énumère Mme Kreiter.

Devant cette absence de solution, les autorités médicales l’ont référée à une liste d’organismes qui pouvaient potentiellement héberger ses enfants.

Sécurité d’abord

Elle dit s’être tournée vers la Maison Kangourou, puisque c’était le seul endroit qui lui convenait, et ce, même si la résidence est située de l’autre côté du fleuve, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

« Pour moi, l’important est qu’ils soient en sécurité », explique Mme Kreiter.

Mais en raison d’un récent dégât d’eau, l’organisme n’était pas en mesure d’accueillir ses enfants, au grand dam de sa fondatrice, Josée Fortin.

Mme Kreiter craint donc de devoir reporter l’intervention qui lui permettrait d’aider sa fille jusqu’à ce qu’elle trouve un autre endroit, ce qui est loin d’être assuré.

« Je sais plus vers où me virer », soupire-t-elle, émue.

Risques de complications

« Je crains les complications, mais j’ai encore plus hâte de pouvoir retrouver une vie normale, d’aller aux études à temps plein », indique aussi sa fille, Francesca.

La situation est d’autant plus pressante que les risques de complication pour la jeune femme augmentent après cinq ans, selon les autorités médicales, un délai qui est déjà passé.

« Ce n’est pas normal qu’il n’y ait pas plus d’endroits comme ça et qu’ils ne soient pas davantage financés », déplore la mère de famille.