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La politique est un sport de positionnement

La politique est un sport de positionnement
Photo Jean-François Desgagnés

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Les amateurs de sports connaissent la différence entre une défense de zone et une défense individuelle. Dans le premier cas, le joueur défensif doit protéger un espace précis du terrain, dans le second cas, il doit couvrir un adversaire spécifique. 
 
En règle générale, la défense de zone est plus efficace que la défense individuelle.  Un bon positionnement collectif conduit souvent à dominer un groupe d’adversaires talentueux, mais désorganisé. 
 
La victoire en politique repose aussi sur la maîtrise de l’espace. Le but étant d’occuper le plus grand nombre de thèmes ou de sujets susceptibles d’être des enjeux électoraux pour la population. Le parti le mieux positionné a le plus de chance de gagner l’élection. 
 
Le positionnement de la CAQ
 
De 2011 à 2014, le positionnement de la CAQ était celui du «ménage». Il s’agissait essentiellement de mettre un terme au règne sans partage des libéraux et des péquistes sur le Québec et d’offrir une gestion plus rigoureuse de l’État. Bien que ce positionnement permettait à la CAQ de se distinguer de ceux qu’elle appelait les vieux partis, il n’était pas suffisant pour rallier une masse suffisante d’électeurs.  
 
L’élection de 2014 a aussi montré que la CAQ n’existait plus dans l’espace politique dès lors que le débat politique portait sur des enjeux sur lesquels elle avait peu à dire, comme le débat constitutionnel. 
 
Il faut saluer le travail des stratèges de la CAQ qui ont enrichi le positionnement du parti entre 2014 et 2018.  François Legault et son équipe ont posé trois gestes durant cette période essentielle à la préparation de la victoire de lundi dernier. 
 
Une analyse récente des résultats de la boussole électorale de Radio-Canada montre d’ailleurs que le positionnement de la CAQ était le plus proche des consensus québécois. 
 
Un nationalisme affirmé
 
Même si le PQ a renoncé à faire de la souveraineté une priorité, la question constitutionnelle demeure incontournable. Tous les partis doivent se prononcer sur le sujet. 
 
Sur cet enjeu important de la politique québécoise, le positionnement de la CAQ était, lors de la dernière élection, en phase avec la majorité de la population. En effet, près de 70 % de l’électorat québécois se dit nationaliste ou fédéraliste. 
 
Après l’élection de 2014, le parti a pris un positionnement sans ambiguïté sur la question constitutionnelle. Il n’y aurait aucun référendum sous un gouvernement de la CAQ. Par contre, un gouvernement de la CAQ ne ferait pas preuve d’aplaventrisme devant le gouvernement fédéral et exigerait d’obtenir une série de pouvoirs pour développer le Québec. 
 
L’article 1 de la constitution du parti  mentionne très clairement cette ambition : «La Coalition Avenir Québec est un parti nationaliste moderne dont l’objectif premier est d’assurer le développement et la prospérité de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture.»
 
Une gestion raisonnée de l’immigration
 
Pendant quinze ans, les Québécois ont eu l’impression que le gouvernement libéral avait perdu le contrôle sur l’immigration. L’augmentation permanente des seuils d’immigration et l’échec des politiques d’intégration et de francisation ont contribué à ce sentiment. 
 
La position de la CAQ sur ce sujet a rassuré la majorité de la population. François Legault propose de diminuer temporairement le nombre d’immigrants de 50 000 à 40 000. Cette mesure s’accompagnera d’une hausse de l’aide versée aux nouveaux arrivants et d’un meilleur encadrement afin de faciliter leur intégration. L’idée de la CAQ est d’accueillir moins afin de mieux intégrer.
 
En plein milieu de la campagne électorale, un sondage Léger-LCN révélait que 45 % des Québécois souhaitaient diminuer les seuils d’immigration et que 39 % étaient en faveur de leur maintien actuel. Seuls 9 % de la population était en faveur d’une hausse. Encore là, le positionnement de la CAQ était celui qui faisait consensus. 
 
À la défense des familles
 
La CAQ a entrepris de se porter à la défense des familles qu’elle juge essoufflées et endettées.  Le thème de la famille est particulièrement porteur en politique. Il permet de traverser tout le spectre des idéologies en parlant tout autant aux électeurs conservateurs qu’à ceux plus à gauche. 
 
L’offensive famille a pris deux formes. 
 
Tout d’abord, en proposant de remettre de l’argent dans le «portefeuille des familles» pour reprendre une expression favorite de Legault. L’abolition de la «taxe famille», la baisse de la taxe scolaire et l’augmentation des «allocations famille» de 1200 $ pour un deuxième enfant et les suivants vont dans ce sens. 
 
Ensuite, l’offensive famille a porté sur l’éducation, notamment les services à la petite enfance. Le dépistage précoce des enfants dès deux ans, la création de nouvelles places en CPE, la maternelle 4 ans et l’ajout de services supplémentaires pour les enfants en difficultés d’apprentissage témoignent de cette volonté de faire de l’éducation une priorité. 
 
Nationalisme, immigration, famille.
 
Avec un tel positionnement, il n’est pas étonnant que la CAQ ait été la meilleure équipe sur le terrain le soir de l’élection.