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Empathie et sérénité pour la laïcité

Les députés élus de la CAQ, Simon Jolin-Barrette et Geneviève Guilbault, lors d’un point de presse mercredi.
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean Les députés élus de la CAQ, Simon Jolin-Barrette et Geneviève Guilbault, lors d’un point de presse mercredi.

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Et voilà, c’est reparti. D’une manière plutôt improvisée, le gouvernement de la CAQ qui n’est pas encore assermenté replonge le Québec dans un débat sur les limites de la laïcité, par le biais de l’explosive question du port de signes religieux.

Certains se demanderont, bien légitimement, si nous avions besoin de ça. D’autres rappelleront, à raison, que le rapport Bouchard-Taylor a plus de 10 ans et que le principal problème de ce dossier, c’est justement d’avoir trop traîné.

On devra se rendre jusqu’au bout, donc, car la Coalition avenir Québec de François Legault, contrairement au Parti québécois de Pauline Marois, détient un mandat majoritaire et elle ne cherche pas à rester à la tête d’un mouvement souverainiste divisé sur la question. Rappelons également qu’en dépit des théories fantasmatiques sur les causes de la défaite du PQ en 2014, une majorité de Québécois appuie l’adoption de restrictions au droit de porter des signes religieux.

Société sécularisée

Dans ce débat, il ne sera pas inutile de se souvenir que le Québec entretient une histoire particulière avec le fait religieux, important dans son histoire de survivance, mais dont il s’est éloigné avec satisfaction lors de la Révolution tranquille. Depuis, la méfiance demeure. Les Québécois sont moins xénophobes qu’anticléricaux, rappelons-nous en quand les mots « racistes » et « islamophobes » seront lancés à la cantonade.

Pourtant, des mesures autrement plus radicales que celles proposées par la CAQ ont été adoptées dans plusieurs pays, en Europe et même dans le monde arabe, et qu’elles ont passé le test des tribunaux. La Cour européenne des droits de l’homme, ce n’est pas exactement le congrès de Nuremberg.

On peut donc parler de restreindre le port de signes religieux pour certaines fonctions, comme le proposait le rapport Bouchard-Taylor, sans nécessairement mériter des insultes et se faire accuser de vouloir renvoyer les immigrants chez eux. Est-il permis de souligner que ceux-ci ne sont pas tous des religieux pratiquants et que plusieurs sont venus nous rejoindre justement pour profiter de la quiétude d’une société sécularisée ? Il faudra les écouter, eux aussi.

Mais oui, il faudra se demander si les restrictions proposées sont nécessaires, voire légitimes. Il faudra se demander si elles atteindront vraiment l’effet recherché ou si elles ne risquent pas plutôt d’avoir l’effet inverse. Le risque de créer de l’exclusion est réel et il peut et doit être nommé.

Intransigeance

Dans ce débat, en fait, c’est Manon Massé qui montre la voie, en disant qu’elle ne pense pas que François Legault est raciste, mais qu’elle croit qu’il agit par opportunisme. Oui, s’interroger sur les motifs des décideurs est nécessaire.

Et c’est justement à cet impératif qu’il faudra juger l’action du gouvernement, par sa sincérité. On le verra si la CAQ n’hésite pas à se distancer fermement de groupes comme La Meute qui sont hostiles à l’immigration et à dénoncer de la manière la plus intransigeante possible les actes xénophobes que certains pourraient commettre en se croyant autorisés par le débat.

À la fin, c’est un débat difficile et exigeant que nous abordons et, oui, il sera difficile pour beaucoup de gens, dont les membres de la communauté arabo-musulmane. Faire preuve d’empathie et de sérénité, c’est la première obligation à laquelle tout le monde doit s’astreindre.