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Quand retourner vivre en région change une vie

Le premier d’une série de portraits sur les opportunités que peuvent offrir les régions aux jeunes Québécois.

Quand retourner vivre en région change une vie
Photo tirée du Instagram «jeunes.malaises» de la photographe abitibienne Andréanne Là

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Le cinéma et la littérature ne se lassent pas de raconter ces histoires d’ados qui rêvent de fuir leur région natale pour ne plus jamais regarder en arrière. Dans la réalité, les gouvernements doivent jouer la grande séduction pour renverser – ou, du moins, ralentir – l’exode vers Québec et Montréal.

Pourtant, certains jeunes comme Andréanne Là (alias jeune.malaise sur Instagram) décident de rebrousser chemin pour rentrer au bercail.

Pour elle, échapper au pouvoir d’attraction des centres urbains et retourner en Abitibi a ouvert des portes de manière insoupçonnée.

C’est tout de même avec la tête bourrée de préjugés que j’entame la conversation avec la photographe, entrepreneure et cook. Je suis ce Montréalais fendant qui a pour devise: «Au-delà de la map du métro, point de salut.»

Sortir de l’île pour manger la tourtière de grand-maman ou observer des étoiles dans le ciel, ça passe. Mais vivre en région? «No freaking way, jamais!», comme on dit au royaume du franglais.

Préjugé 1 : «Ah, ah! Je le savais que c’est plate, les régions!»

En 2011, Andréanne travaille en restauration à Rouyn-Noranda quand elle décide sur un coup de tête de suivre un ami qui part étudier à Montréal. «J’ai quitté parce que j’étais tannée. Je me disais: “C’est plate, Rouyn.” Une espèce de rébellion d’adolescence sur le tard.»

Arrivée peu de temps avant le printemps érable, elle s’adapte aisément à la vie urbaine. Le timing est parfait. Les grands rassemblements et le mouvement étudiant permettent de multiplier les nouvelles rencontres. Les quartiers grouillent au beat des concerts de casseroles. Elle est assurément à sa place dans le 514.

Pour une fille qui trippe bouffe et culture, c’est aussi une explosion d’occasions d’emplois et de sorties. Elle travaille dans les cuisines de certaines des meilleures adresses de l’île et elle profite en masse des tacos et des ramens authentiques qu’on retrouve rarement en région.

Jusque-là, son histoire a bien du sens à mes yeux.

Préjugé 2 : «Quitter Montréal pour développer une job artsy à Rouyn? LOL! Ben oui, toi!»

Sans avoir de plan précis, elle envisage de délaisser les fourneaux pour explorer de nouvelles avenues professionnelles. Elle prend goût à la photographie, mais hésite à se lancer. Faut dire que les photographes, à Montréal, c’est comme les cyclistes, ils arrivent de tous bords, tous côtés. Difficile de se tailler une place dans ce bouchon de circulation.

Après cinq ans, question de se ressourcer et de passer du temps avec sa mère, elle prend le chemin de la 117 vers le nord.

Le bixi rider en moi est confus: «Pourquoi retourner à Rouyn? J’avoue que c’est tough de faire sa place en art, en culture ou en pub, mais c’est à Montréal que ça se passe, pour gagner sa vie avec ce genre de trucs.»

Mon étroite logique urbanocentrique s’apprête à recevoir sa première claque.

Au-delà des préjugés : «Derrière l’arbre qui cache la forêt (boréale).»

Peu de temps après son retour, elle termine un contrat de cueillette de pommes quand son parcours prend une tournure inattendue.

Un généreux «frère cueilleur» lui donne un appareil photo argentique qui permet de développer des images au look particulièrement vintage. En peu de temps, l’autodidacte se crée une niche qui lui permet d’obtenir des contrats publicitaires auprès d’entreprises abitibiennes.  

Elle affirme avec raison : «À Montréal, dans ce milieu, c’est souvent une question de qui tu connais et qui est le plus cool

À Rouyn, Andréanne devient LA fille à aller voir pour de la photographie argentique, très prisée ces temps-ci.

Son marketing se fait organiquement. Quand tu as du talent, le bouche-à-oreille se fait pas mal plus vite dans un petit marché.

En dépit – ou probablement en raison – de l’éloignement, Rouyn est un lieu bouillonnant de culture. Le succès, année après année, du Festival de musique émergente (FME), où elle vient de terminer un contrat, en est un exemple édifiant.

Le dernier préjugé : «C’est bien beau, la nouvelle carrière, mais que fais-tu du soooocial, des petits spots sympas, des soirées avec Philippe Fehmiu???»

Décontenancé, mais férocement bucké sur ma vision des choses, je lui sors une dernière idée préconçue sur les régions: «Me semble qu’on fait vite le tour du monde à rencontrer et des places à voir, en Abitibi?»

Sans hésiter, elle lance un solide uppercut, mettant K.-O. mon vilain préjugé.

«Ben, ça peut être comme ça à Montréal aussi. Dans une mare d’inconnus, c’est souvent les mêmes personnes que tu croises. Pis au final, tu te ramasses tout le temps aux mêmes endroits.»

Parallèlement à sa nouvelle carrière, elle travaille au Le Cachottier, un des rares bons restos de la place. Là-dessus, le 819 en arrache face au 514. Les grands marchés et la variété des aliments lui manquent. Ça exige plus d’ingéniosité culinaire pour présenter un menu rivalisant avec ce qui se cuisine à 650 km au sud.

La pénurie de main-d’œuvre entraîne toutefois un environnement de travail plus agréable. «Ici, on s’arrache les cuisiniers qualifiés. À Montréal, si t’es pas content, il y en a un paquet pour prendre ta place.»

Maintenant qu’Andréanne m’a ouvert l’esprit, je lui laisse le mot de la fin :

«C’est sûr qu’à Rouyn, c’est pas toujours le gros party comme à Montréal. Ça peut être plate, parfois. Mais it is what you make of it. C’est un terreau fertile. De belles choses peuvent se passer pour les gens qui ont la graine entrepreneuse!»

Andréanne m’envoie un message après l’entretien.

«Peux-tu reformuler la partie où je parle de “gens à la graine entrepreneuse” svp? haha.»

Pas de trouble, Andréanne. Je change ça sans faute. Parole de gars de ville!

 


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