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Chronique d’un désastre annoncé

Vehicles on Road with Traffic Jam Pollution
Illustration Fotolia

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Quelle belle journée, en plein mois d’octobre et après une semaine très automnale. Une bonne nouvelle? Pas tellement, comme dirait madame Chagnon.

Le monde entier est présentement en train de discuter de l’urgence environnementale après que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – créé en 1988 pour évaluer l’état de la connaissance sur les changements climatiques – ait sonné l’alarme. Le monde entier, sauf, bien entendu, le Québec...

Mercure à la hausse

En décembre, la COP24 – réunion internationale vouée au redressement écologique d’une planète qui court à sa perte – se tiendra en Pologne. En 2015, une rencontre semblable s’étant tenue à Paris réitérait qu’il ne fallait absolument pas dépasser une hausse de 2 °C si nous voulions que cette planète reste habitable.

La situation vient apparemment de changer. Le GIEC vient de publier un rapport expliquant l’ampleur du désastre lié à une hausse de 1,5 °C. Selon le GIEC, au rythme où nous allons, nous serons rendus à une augmentation de 3,2 °C avant la fin du XXIe siècle. En 2017, les émissions de CO2 mondiales ont recommencé à augmenter, fermant une parenthèse de 3 ans où ce taux restait stable. Aux États-Unis, dans ce pays qui représente le deuxième plus grand pollueur au monde, les émissions ont diminué depuis un an. On ne peut cependant en dire autant de la Chine et de l’Europe.

Malgré sa relative bonne performance, Washington refuse de jouer un rôle proactif. Les États-Unis, qui veulent se retirer de l’accord de Paris de 2015, ne seront probablement pas les plus proactifs lors de la COP24.

Que faire? Nous pourrions bien entendu fixer, à l’échelle mondiale, un prix du carbone assez élevé. Au-delà des solutions, c’est d’une nouvelle façon de concevoir notre économie politique dont nous avons besoin.

Le danger du développement durable

Une question obsède le monde : comment vivre de manière écoresponsable? Lors du sommet du G7 à La Malbaie, l’un des principaux points à l’ordre du jour était la conciliation commerce-environnement.

On voit encore une fois que la religion du libre-échange est totalement ancrée dans les mentalités, allant jusqu’à pousser nos dirigeants à vouloir renforcer un système tout en croyant miraculeusement en modérer les conséquences.

C’est pourquoi les termes se multiplient (« croissance verte », « croissance alternative », « développement durable ») afin de démontrer qu’il est possible de continuer à viser l’augmentation de la production et de la consommation sans miner l’avenir des générations futures.

La conversion écologique de nos manières de produire et de consommer est bien entendu souhaitable. Le Québec est d’ailleurs assis sur une véritable mine d’or avec son hydroélectricité, une énergie réellement propre.

Mais le développement durable comporte aussi un piège, celui de nous installer dans un confort artificiel. Nous pourrions en venir à penser que nous n’avons pas à changer quantitativement nos façons de faire parce que, de toute manière, nous roulons maintenant en voiture électrique. Erreur! En plus de la crise écologique, le coût de l’énergie exige, de toute façon, de modérer l’ambition à une croissance économique illimitée.

Une défense accrue de l’environnement ne passe pas par un renforcement du libre-échange, mais par l’imposition de limites à celui-ci. Il faudrait taxer, à la frontière, les marchandises polluantes et construites dans des conditions à fort coût social. Le niveau de taxation pourrait aussi modulé en fonction du niveau d’émissions nocives. Se « calmer le ponpon » avec l’obsession du libre-échange nous permettrait aussi de réduire le transport – nécessairement polluant – des marchandises en les utilisant chez nous plutôt qu’en cherchant à tout prix à les livrer à l’étranger.

Pendant ce temps, à la Banque de Suède

William Nordhaus est l’un des deux lauréats, cette année, du prix de la Banque de Suède en économie. On appelle généralement, à tort, ce prix le « Prix Nobel d’économie », alors qu’Alfred Nobel n’a jamais, dans son testament, souhaité l’existence d’une telle récompense. Professeur à l’Université de Yale, William Nordhaus est récompensé pour ses deux modèles économiques prenant en compte le changement climatique.

Son approche est porteuse de plusieurs apports, et Nordhaus est un véritable pionnier. Ses travaux ne sont cependant pas exempts de faiblesse. L’économiste s’est opposé à une action de réelle envergure contre les émissions de CO2 en 2006. Si on suit sa démarche, le niveau optimal du réchauffement climatique serait de 3,5° C (!!!) d’ici la fin du siècle.  Lisez ce remarquable article concernant les apports et limites à l’approche de Nordhaus.

Nordhaus illustre parfaitement le problème central à l’approche du développement durable : celui de traiter de la question des changements climatiques comme un enjeu économique désincarné, à considérer en fonction de ses effets sur les performances du capital.

Pendant ce temps, au Québec

La première édition du Festival de la décroissance a eu lieu samedi, à Montréal. Il y avait du monde à la messe! La popularité de l’événement témoigne d'un réel intérêt pour de nouvelles façons de faire. Les solutions avancées par le Festival sont débattables, mais on ne peut que saluer ce type d'initiative visant à penser une alternative.

Que font nos gouvernements? Celui d’Ottawa veut nous enfoncer pipeline dans la gorge, et celui (pas encore assermenté) de Québec veut impérativement mettre le paquet sur un troisième lien Québec-Lévis. Misère!

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« Nous nous approchons du bord du gouffre ». Ces mots ne sont pas d’un militant écolo radical, mais du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Si nous sommes au bord du gouffre, fera-t-on un pas en avant?