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Un an après #MeToo : Brett Kavanaugh

Un an après #MeToo : Brett Kavanaugh
AFP

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C’était il y a un an. Le New York Times rapportait pour la première fois les agressions sexuelles du producteur, Harvey Weinstein, et le mouvement #MeToo surgissait. À coup d’audace et de courage, des milliers de femmes et d’hommes nous ont raconté leur blessure. Un an plus tard, Brett Kavanaugh est nommé juge à la Cour suprême.

La nomination de Kavanaugh à la plus haute instance judiciaire constitue un autre moment navrant pour les États-Unis, la Maison-Blanche, le Sénat américain et surtout, les femmes. 

On rappelle l’histoire : lors d’une soirée en 1982, le nouveau nommé à la Cour suprême aurait tenté d’agresser sexuellement Christine Blasey Ford en l’enfermant dans une chambre avec un de ses amis. C’est une histoire touchante et terrifiante que la Dr. Ford a raconté avec calme et contrôle devant les sénateurs américains. Une histoire semblable à ce que bien des femmes ont vécue.                                                                                                                                                          

Depuis, deux autres femmes ont aussi pris la parole pour dénoncer des agressions sexuelles de la part du même Kavanaugh.

« Scary time »

Quelque chose de pourri hante présentement le royaume américain. Une odeur nauséabonde qui nous rappelle que les États-Unis ne font plus de sens. 

Après avoir reconnu le témoignage « crédible » et « convaincant » de la Dr. Ford, Donald Trump s’est moqué de la victime dans un rallye politique. Hypnotisés par le président des trolls, ces partisans ont poussé l’odieux jusqu’à entonner tous en chœur, « lock her up! », demandant que Mme Ford soit emprisonnée!

En dénigrant Mme Ford, c’est Trump, et donc l’institution présidentielle qui dénigre toutes ses femmes qui ont pris la parole depuis un an. C’est cette même institution qui leur dit que leur courage et leurs dénonciations ne mèneront à rien, mis à part rires, moqueries et scepticisme. 

Plus grave encore, Brett Kavanaugh a été élu avec l’appui de la majorité des sénateurs. Ce sont des sénateurs qui, au-delà du bon sens et de l’éthique, ont emprunté la voie du calcul politique en vue des élections de mi-mandat de novembre prochain. 

Ce sont aussi ces mêmes sénateurs républicains, avec la complicité de Donald Trump et les autres bozosde la Maison-Blanche, qui sont prêts à toutes bassesses pour faire avancer leur agenda rétrograde et conservateur. « By any means necessary » comme disait Malcom X.

Brett Kavanaugh avait finalement raison sur une seule chose... « it’s a very scary time ».

La mort de l’empire américain

Les États-Unis agonisent. Comme Denys Arcand l’avait prédit, nous avons d’abord assisté au déclin puis à la chute de l’empire américain. La nomination de Brett Kavanaugh au banc le plus prestigieux des États-Unis est une autre expression d’un empire en déliquescence.

Voilà ce que révèle véritablement la nomination de Kavanaugh des États-Unis. C’est une autre distorsion des principes fondateurs du pays : personne n’est au-dessus des lois. 

Le #MeToo

La nomination de Brett Kavanaugh est d’abord et avant tout un coup dur pour toutes ces femmes qui ont osé élever leur voix. L’étrange impression de revenir à la case départ un an après avoir eu le courage d’ouvrir leurs vieilles cicatrices.

Ces femmes, blessées et désabusées par la nomination de Kavanaugh, devront continuer à secouer le système judiciaire incapable de protéger les victimes et à lutter contre les rapports de pouvoir anxiogènes, du mononcle fatiguant au président des États-Unis.  

Aux États-Unis, le changement ne passera pas seulement par la bataille judiciaire. Il passera surtout par la bataille électorale. 

Le 6 novembre prochain, il y aura des élections afin de pourvoir les 1 000 postes disponibles de sénateurs, représentants, gouverneurs, procureurs et autres élus locaux. 

C’est à ce moment-là qu’on constatera si le peuple américain se fera complice des turpitudes du président et de ses sbires ou sera un défenseur de la liberté et de l’égalité, comme l’a notamment été le mouvement #MeToo, qui a déjà fait de l’Amérique le phare de l’humanité.

Bref, « Make America great again », cette Amérique d’avant Donald Trump.