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Blessé par la négligence des autorités carcérales?

Une expertise déposée à la cour blâme le Service correctionnel

L’ancien joueur la Ligue nord-américaine de hockey Dannick Lessard a passé deux semaines à l’hôpital après avoir reçu pas moins de neuf balles tirées par Ryan Wolfson.
Photo courtoisie L’ancien joueur la Ligue nord-américaine de hockey Dannick Lessard a passé deux semaines à l’hôpital après avoir reçu pas moins de neuf balles tirées par Ryan Wolfson.

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Les autorités carcérales auraient failli à leur devoir de protéger la société en laissant sortir un criminel qui a ensuite commis deux meurtres et trois tentatives en un mois, soutient une expertise déposée à la cour dans le cadre d’une poursuite civile.

Désastre annoncé, manquement grave, aveuglement volontaire aux conséquences dévastatrices : le spécialiste en droit carcéral Pierre Tabah ne mâche pas ses mots pour qualifier la gestion du dossier de Ryan Wolfson dans un document judiciaire déposé au palais de justice de Montréal, dont Le Journal a obtenu copie.

Neuf balles

L’avocat a analysé le dossier du criminel de 47 ans à la demande des avocats de Dannick Lessard, un ancien joueur la Ligue nord-américaine de hockey qui a reçu neuf balles tirées par Wolfson, à l’automne 2012.

Le colosse a survécu à la tentative de meurtre, mais il en conserve de nombreuses séquelles.

En 2015, Lessard a déposé une poursuite de 3,2 millions $ contre le Procureur général du Canada. La requête pointe du doigt le Service correctionnel du Canada (SCC) pour avoir laissé sortir Wolfson du pénitencier aux deux tiers de sa sentence, au printemps 2012.

Comme cela s’était déjà produit par le passé, il s’est vite retrouvé en liberté illégale après avoir quitté la maison de transition où il devait séjourner.

Dommages rapides

C’est à ce moment qu’il a tenté de tuer Lessard, pour le compte de Benjamin Hudon-Barbeau. Wolfson a aussi commis deux meurtres et deux autres tentatives en à peine un mois.

Si la libération d’office est généralement la norme, il est possible qu’un criminel purge sa peine au complet, dans certains cas particuliers. Ç’aurait dû être le cas de Wolfson, plaident les avocats de Lessard.

Pour étayer leurs prétentions, ceux-ci ont demandé à Me Tabah de vérifier si le SCC avait pris toutes les mesures pour protéger le public dans le dossier de Wolfson.

L’avocat a conclu que non.

Pour lui, une demande de maintien en incarcération jusqu’au dernier jour de la sentence aurait dû être faite, vu la feuille de route du tireur, dont le risque de récidive était toujours élevé.

« Ce qui saute aux yeux [...], c’est le fait qu’un dossier tel que celui de M. Wolfson soit confié à une stagiaire et non à un agent d’expérience », soulève Me Tabah.

Ryan Wolfson a passé la quasi-totalité de sa vie adulte derrière les barreaux pour des crimes violents allant des vols par effraction à une tentative de meurtre perpétrée lors de la guerre des motards. Il purge actuellement une peine de prison à vie.

À l’intérieur des murs, il s’en est aussi pris à d’autres détenus, en plus d’intimider des gardiens.

Le garder à l’œil

« C’était un sujet d’intérêt. Il fallait le garder à l’œil pour se protéger nous-mêmes parce qu’il pouvait être imprévisible et agressif », a commenté l’ex-gestionnaire correctionnelle et auteure Marie-Renée Côté, qui a connu Wolfson lors de sa détention dans deux pénitenciers à sécurité maximale.

Les avocats de Lessard et le SCC ont préféré ne pas commenter, car le dossier est devant la cour.

La poursuite civile n’a toujours pas été tranchée par un tribunal.