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L'arrière-garde du cannabis

L'arrière-garde du cannabis
AFP

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Un étrange mouvement de résistance à la légalisation du cannabis par les interdictions de consommation dans les lieux publics prend forme.

Certains commentateurs semblent saluer cet étrange élan. Que ce soit à Québec avec le futur gouvernement Legault ou plus près de chez nous avec les maires d’arrondissements d’Ensemble Montréal, il y a un mouvement pour restreindre l’usage du cannabis aux espaces privés (Laval qui refuse l'ouverture d'une succursale de la SQDC s'inscrit également dans cette logique). Ces initiatives posent deux problèmes : ou bien il s’agit d’une façon détournée de trahir l’esprit de la Loi canadienne sur le cannabis ou bien il s’agit de politiques de santé publique aux fondements douteux.

Dans le premier cas, il est très troublant de voir divers élus tenter de freiner la légalisation du cannabis de cette façon détournée. En combinant le fait que les propriétaires de logements locatifs pourront restreindre la consommation dans leurs immeubles et le fait que les syndicats de copropriété risquent d’en faire autant, il ne restera presque nulle part où il sera possible de fumer du cannabis. Le problème, c’est que le débat sur la légalisation du cannabis a déjà eu lieu. Si ces gens voulaient que le cannabis reste illégal, il fallait se faire entendre à l’élection fédérale de 2015, pendant les consultations publiques et scientifiques, l’étude à la Chambre des communes ou au Sénat du projet de loi fédéral ou encore lors des démarches analogues pour la loi québécoise. Ça n’est pas à quelques semaines de la légalisation effective qu’il faut commencer à s’agiter.

Certains élus défendront plutôt de telles dispositions dans une optique de santé publique. Cette logique ne tient tout simplement pas la route. On ne peut pas calquer le traitement du cannabis sur celui de l’alcool. L’alcool se consomme de façon liquide, ce qui en fait une substance aisément consommable à l’intérieur, au contraire du cannabis qui, pour l’instant, est surtout consommé sous forme de fumée. Par ailleurs, toute notre réglementation sur les lieux où on peut consommer de l’alcool, qui date pas mal d’ailleurs, est orientée sur les effets de cette substance quant à l’ordre public. Le cannabis n’a simplement pas les mêmes effets. Deux substances qui ne se consomment pas de la même manière et n’ont pas les mêmes effets ne devraient pas être traitées de la même façon.

Si le cannabis ressemble à une substance que nous réglementons déjà, c’est le tabac. Comme le mode de consommation est similaire, il est logique d’appliquer une réglementation similaire, pour se prémunir contre les effets similaires de la fumée secondaire par exemple. L’administration Plante a fait le bon choix dans ce dossier.

Les élus qui font le choix de répondre aux préjugés conservateurs de leurs citoyens de cette façon contribuent à reproduire un problème courant avec les politiques liées aux drogues : la stigmatisation des personnes vulnérables. Si seuls les propriétaires de maisons unifamiliales peuvent fumer du cannabis, on sera en face d’une légalisation pour les riches seulement. Cette tactique est d’autant plus ridicule que plusieurs experts s’attendent à ce que la consommation de cannabis migre rapidement vers les produits comestibles dès que la législation le permettra. Personne ne pourra contrôler où et quand seront consommés des bonbons ou des boissons au cannabis, surtout qu'on peine déjà à contrôler la consommation de cannabis dans les lieux publics. Ces mesures puritaines de restriction de la consommation dans les lieux publics deviendront complètement inopérantes.

Les élus et les commentateurs qui nourrissent la crainte du public face à la légalisation du cannabis abdiquent leur responsabilité d’éclairer les débats publics et de faire avancer notre société. La légalisation du cannabis est préférable à la prohibition autant du point de vue de la sécurité, de la santé que de l’économie et nous le savons depuis longtemps.