/opinion/blogs/columnists
Navigation

Le shérif déchu de l’UPAC doit s’expliquer

Ingérence politique dans la police?
Le Journal de Québec

Coup d'oeil sur cet article

Dans le tourbillon d’un changement attendu de gouvernement, la démission bizarroïde de Robert Lafrenière, grand patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), mérite amplement qu’on y revienne.

Cette démission tombée le jour même de l’élection est un événement majeur.

Quand la personne chargée d’enquêter sur la corruption en politique quitte abruptement son poste, il y a nécessairement anguille sous roche. Surtout, il y a nécessité de s’en expliquer publiquement en commission parlementaire.  

Cela devrait être fait lorsque le nouveau gouvernement sera en mesure de l'entendre. Il en va de la crédibilité même, déjà durement plombée, de l’UPAC.

***

Il y a bien sûr l’«affaire» Ouellette à clarifier. Comme le rapportait le Journal :

«Selon les informations obtenues par notre Bureau d’enquête, vendredi dernier (soit tout juste avant l’élection du 1er octobre) a été une journée charnière pour le commissaire à la lutte contre la corruption.

Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a annoncé que les mandats de perquisition exécutés l’automne dernier contre le député Guy Ouellette n’étaient pas valides.

Pour le patron de l’UPAC, il s’agissait d’une véritable gifle, insistent nos sources. Ces dernières expliquent que M. Lafrenière s’était fait un devoir «personnel» de mener à bien l’enquête sur des fuites d’informations de son organisation dans les médias. Guy Ouellette avait été arrêté, mais jamais accusé, dans le cadre de cette enquête qui a abouti en queue de poisson vendredi.»

«Je souhaite ardemment qu’on arrive à une conclusion et qu’on trouve le bandit qui aurait fait ça», avait martelé le patron de l’UPAC en mai 2017 à l’Assemblée nationale

***

Aussi majeure soit cette bévue apparente de M. Lafrenière, il n’y a sûrement pas que cette seule ombre au tableau.

Rappelons l'essentiel.

Au lieu d’être nommé par les 2/3 des parlementaires – comme c’est le cas entre autres pour le Vérificateur général -, Robert Lafrenière fut nommé en 2011 par le premier ministre libéral de l’époque, Jean Charest, puis renommé par le premier ministre Philippe Couillard.

Ce qui, dans les faits, veut dire que le commissaire responsable d’enquêter entre autres sur des allégations de corruption au PLQ, a été choisi par deux chefs consécutifs du même parti faisant l’objet des dites enquêtes.

Déjà, cette situation, en soi, sentait le conflit d’intérêts à plein nez.

Cette nomination qui, pour des raisons évidentes, aurait dû être faite de manière indépendante, fut donc de nature tout à fait politique. Un non-sens absolu pour une unité devant lutter contre la corruption en politique.

Puis vinrent des informations répétées à l’effet que le «climat de travail» à l’UPAC était pourri. Un climat qui, seulement en début de cette année, aurait commencé à s'améliorer.

La tendance marquée de Robert Lafrenière à faire des déclarations fracassantes sans pour autant être suivies par des actions conséquentes était également notoire.

Puis, surtout, il y a Mâchurer.

Cette enquête d’envergure déclenchée en 2013 sur des allégations de financement occulte au PLQ, visant entre autres Jean Charest et l’ex-argentier libéral Marc Bibeau.

Une enquête cruciale qui n’aboutit toujours pas, dans un sens ou dans l’autre.

***

Dans n’importe quelle société avancée, un chef de la lutte anti-corrurption qui démissionnerait le jour même d’une élection par crainte évidente d’être dégommé par un nouveau gouvernement, sèmerait pourtant l’émoi, voire même le scandale.

Autre énigme : pourquoi M. Lafrenière, placé justement face à l’élection plus que probable de la CAQ, s’est tout à coup senti moins «protégé» que sous les libéraux au point même de démissionner de manière préventive?

La question se pose et mérite réponse.

S’il n’a rien à se reprocher, par conséquent, il n’aurait rien à craindre à s'expliquer devant les élus et les citoyens.