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Rayons vides et pain rationné: le retour du spectre de la pénurie au Zimbabwe

Zimbabwe
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Restaurants et pharmacies fermés, essence et miches de pain rationnées, étals d’huile et de riz vides: deux mois après l’élection d’Emmerson Mnangagwa à la présidence, le Zimbabwe souffre de nouveau d’une pénurie de biens de consommation courante, qui rappelle la très grave crise du temps de Robert Mugabe.

«On dirait qu’on revient à la situation de 2008», s’alarme Pardon Muringani, client dans un supermarché de la capitale. «On espère vraiment qu’une solution va être trouvée rapidement pour qu’on n’en arrive pas là.»

Cette année-là, les rayons des magasins étaient déserts, sur fond d’inflation galopante. Le Zimbabwe avait alors été contraint d’abandonner sa devise, le dollar zimbabwéen, au profit du dollar américain.

Mais cette solution a montré ses limites. En 2016, devant la fuite des billets verts, le gouvernement a introduit des «bonds notes», sortes d’obligations, d’une valeur identique au dollar américain. Là encore, l’opération a échoué.

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Mercredi, les clients de la chaîne de fast food KFC ont trouvé portes closes.

«Nous ne pouvons pas nous approvisionner auprès de nos fournisseurs car ils demandent des dollars américains», a expliqué la société, espérant pouvoir reprendre «aussi rapidement que possible» ses activités.

À l’origine de cette nouvelle pénurie de produits de base, le manque criant de devises étrangères, couplé à l’annonce la semaine dernière d’une taxe de 2% sur les transactions électroniques - très prisées des Zimbabwéens pour faire face au manque de cash.

Le président zimbabwéen a beau avoir changé il y a presqu’un un an, les maux du pays restent les mêmes.

En novembre, Emmerson Mnangagwa a succédé à Robert Mugabe, au pouvoir pendant trente-sept ans, avant d’être élu en juillet sur un programme de relance de l’économie zimbabwéenne, moribonde.

Il a exhorté cette semaine ses compatriotes à faire preuve de patience. «Il n’y a pas de solution rapide», a-t-il prévenu, avant d’appeler au calme.

«Il n’y a pas de raison de paniquer», a-t-il assuré sur son compte Twitter. «Le gouvernement garantit que tous les produits essentiels, dont le carburant, sont disponibles (...) La route est longue, tortueuse, parfois mouvementée, mais il n’y a pas d’autre solution.», a-t-il affirmé.

Plus de médicaments

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Devant les stations essence, les files d’attente s’étirent jusqu’à 1 kilomètre.

«On ne peut pas continuer comme ça», prévient Yvonne Makoni, en attendant son tour. «Vous imaginez le nombre de personnes bloquées ici alors qu’elles devraient être au travail.»

Après cinq heures d’attente sous un soleil de plomb, une cliente se voit autoriser à acheter 20 litres maximum de carburant.

Dans ce contexte, les pénuries alimentent un marché noir où les prix flambent. Le litre d’huile se monnaie 12 dollars, au lieu de 3,70 dollars.

Les pharmacies ne sont pas épargnées. Plusieurs ont dû fermer temporairement, faute de médicaments contre des maladies aussi fréquentes que le diabète et l’hypertension.

«On a un problème d’accès aux devises étrangères, comme tous les autres commerces dans le pays», explique à l’AFP Luckymore Bhunu, secrétaire de l’Association des pharmaciens.

«On ne fabrique pas d’insuline. On ne fabrique pas de nifedipine. On doit l’importer et on a besoin de devises étrangères», ajoute-t-il.

Il faut s’attendre à ce que les patients «commencent à souffrir de complications faute de pouvoir obtenir les médicaments prescrits», prévient une organisation représentant des compagnies d’assurance maladie, Association of Health Funders of Zimbabwe.

«Faute de confiance, il y a un manque de devises étrangères dans le marché formel», explique Prosper Chitambara, économiste à l’institut zimbabwéen du travail.

«Les commerces qui ont besoin d’obtenir des devises étrangères doivent aller au marché noir où ça coûte 200% plus cher», ajoute-t-il.

Le principal parti d’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), accuse le gouvernement de faire l’autruche.

«On ne peut pas garder le silence et prétendre que tout va bien alors que la population endure des souffrances incessantes», estime le porte-parole du parti, Jacob Mafume.

La principale coalition des syndicats du pays a appelé à descendre dans la rue jeudi.

Un appel qui risque d’être peu entendu. Dans la capitale Harare, les manifestations sont interdites.... en raison d’une épidémie de choléra qui a fait au moins 49 morts.