/sports/others
Navigation

Une longue traversée pour Martin Trahan

Coup d'oeil sur cet article

Des rives de l’océan Pacifique en Oregon, 167 jours et 7000 km plus tard, Martin Trahan se retrouve aujourd’hui dans le golfe du Mexique, près de Panama City, en Floride. Sa traversée des États-Unis n’aura pas été en eaux calmes.

Il y a l’ouragan Michael, un cyclone de catégorie 4 dont les vents devaient atteindre plus de 210 km/h. Mais il y a aussi tout le reste. On échange au téléphone, alors qu’il est sur la terre ferme, sa progression en pause jusqu’à ce que le climat devienne plus clément.

« Sans être content de l’arrivée d’un ouragan — je vois l’impact sur toute la population qui panique et craint pour leur toit, leurs proches, c’est terrible —, je suis soulagé d’avoir une bonne raison de prendre une pause, un break dont j’avais bien besoin », dit Martin Trahan.

« Je n’ai plus de jus », dit l’aventurier de 38 ans.

« J’en suis à ajouter à ma diète quotidienne trois, quatre petits substituts de repas liquides, ceux que l’on conseille aux personnes âgées », précise-t-il. Il le dit à la blague, mais son ton de voix ne dégage pas son énergie habituelle.

En avril dernier, Martin avait hâte de se « reposer » en expédition, loin du stress de la vie quotidienne. Il en aura découvert une autre saveur.

Continuer seul

Avant son départ, Martin Trahan me racontait à quel point la recherche de coéquipier n’était pas toujours simple, mais qu’il n’était pas question pour lui de partir seul. Qu’il préférait ne pas pagayer du tout à pagayer seul.

Depuis trois semaines, Martin Trahan progresse pourtant en solo. Après 123 jours avec sa coéquipière, la photographe canadienne Jillian A. Brown, les deux canoéistes ont choisi de faire embarcation et tente à part. « Toujours avec une même personne, que j’ai rencontrée trois jours avant la mise à l’eau, dans le canot le jour, puis la tente le soir, ce n’est pas évident... et on ne s’est pas entendu sur des points importants, dont on avait pourtant discuté avant le départ », précise Martin, qui avait pris part à des expéditions à six et à quatre canoéistes avant celle-ci.

« Et là, je me retrouve tout seul. Ce n’est pas ce que je souhaitais, mais c’est ce que j’ai dû choisir pour récupérer mon plaisir sur l’eau », confie Martin.

Aventurier « ordinaire »

Comme nouveau pagayeur solitaire, Martin Trahan entamait la portion de l’expédition qui l’intimidait le plus : le golfe du Mexique. « Tout m’est étranger, les marées, l’eau salée... j’ai l’habitude des expéditions nordiques et j’ai une phobie des requins ! Des locaux m’ont assuré que les requins-tigres, les requins-bouledogue et les requins-marteaux n’allaient jamais attaquer une embarcation, mais dès que je vois un aileron, je panique ! »

« J’ai la chance d’avoir des dauphins qui me tiennent compagnie. Après la peur, le bonheur de côtoyer ces bêtes magnifiques, dit l’aventurier. Mais cet état d’hypervigilance m’épuise. »

Seul, il sent que tout repose sur ses épaules. Et il n’est pas certain d’avoir ce qu’il faut pour finir son épopée.

« Je suis quelqu’un de tellement ordinaire... je n’ai pas la trempe des grands aventuriers ! Je ne suis pas brave du tout, mes feux n’ont l’air de rien, et j’attache mon canot au quai de la même façon que j’attache mes souliers... je ne suis pas un scout ! » confie Martin.

Un homme ordinaire qui a pagayé plus de 20 000 km en quatre ans. Le syndrome de l’imposteur se cache même dans les bayous de la Floride.

Dernier droit

Lorsque Martin pourra retrouver le Golfe, il lui restera environ une quarantaine de journées sur l’eau, selon son rythme de croisière. « Je prends un jour à la fois, sinon je craque », avoue-t-il.

Tous les kilomètres pagayés ne relativisent pas le chemin à parcourir, la fatigue étant trop présente, le recul, impossible. Martin Trahan n’est pas à la recherche d’un record à battre ni à la quête de grandes premières. Il le fait pour l’amour de l’eau et le plaisir de l’aventure. Il avoue être allé un peu trop loin et les avoir perdus de vue, momentanément.

« Je pensais être de ceux capables de partir un an, voire deux ans, et je me rends compte que les longues aventures ne sont plus pour moi. Je m’ennuie des miens. Ce que je vis, j’ai envie de le partager », dit Martin. Les moments forts de son expédition ? Les rencontres spontanées, comme celle avec un pasteur baptiste pro-Trump qui l’a accompagné pendant quelques jours.

« Ma vie n’aurait autrement jamais croisé la sienne. Ces découvertes me nourrissent », dit le Montréalais.

« Je suis aussi content d’être sur place pendant l’ouragan pour pouvoir vivre cette expérience de l’intérieur et y apporter mon aide », ajoute Martin.

Vidé, Martin Trahan continue à vouloir donner. Chaque aventurier a son propre carburant. Dans cette expédition, Martin semble avoir pris conscience du sien : partager. Et on ne peut qu’espérer qu’il persévère dans cette voie, en nous relatant le quotidien et les paysages extraordinaires qui ont rythmé sa vie au cours des six derniers mois. Allez, bon courage !

Le parcours

Martin Traha est présentement à Panama City, attendant le passage de l’Ouragan Michael.
Martin Traha est présentement à Panama City, attendant le passage de l’Ouragan Michael.

Statistiques

  • Nombre de km parcourus au jour 165 : 7000 km
  • Nombre de kilomètres total : 8000 km
  • Date d’arrivée prévue : début novembre
  • Nombre de calories nécessaires par jour : environ 4000
  • Poids perdu à ce jour : 25 lb
  • Kilométrage quotidien au début expédition : 75 km
  • Kilométrage quotidien en solo : 40-50 km selon les conditions
  • Progression arrêtée pendant plusieurs jours par l’ouragan Michael