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Crucifix : défendons la tradition!

Crucifix : défendons la tradition!

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Sur l’épineuse (c’est le cas de le dire!) question du crucifix au Salon bleu, il m’incombe aujourd’hui de défendre la position traditionaliste.

Eh oui! Regardez la photo qui coiffe ce texte : il s’agit de notre Assemblée nationale au XIXe siècle. Comme vous le voyez, l’image est très ancienne, comme en témoigne la présence exclusive d’hommes. Le président qu'on voit au trône est Félix-Gabriel Marchand. On aperçoit aussi, au siège du premier ministre, Honoré Mercier, qui a occupé ce poste de 1887 à 1891.

Avez-vous trouvé le crucifix? Non? C’est normal, vous ne le trouverez pas, car il n’existait pas à l’époque. Il n’a été posé qu’en 1936 par Maurice Duplessis pour officialiser l’union entre l’Église et l’État.

Défendre la tradition ne consiste donc pas à militer pour le maintien du crucifix placé au-dessus du siège du Président de l’Assemblée nationale, mais à être plutôt favorable à ce qu’il ne s’y trouve pas.

Il s’agit bien entendu d’une boutade : rien n’oblige à garder l’Assemblée nationale dans le même état qu’il l’était dans ses premières années. Si c’était le cas, on n’aurait jamais fait repeindre les murs en bleu, eux qui étaient auparavant verts. Cependant, si on veut jouer à l’argument historique, cela va dans les deux sens.

Cela n’enlève rien au fait que ce crucifix est bel et bien patrimonial, et que le catholicisme a eu une place aussi complexe que gigantesque dans l’histoire du Québec. La laïcité n’a rien à voir avec l’effacement du passé.

Mais ce crucifix conserverait tout autant sa valeur patrimoniale si on le plaçait sous une vitrine, dans un corridor de l’Assemblée nationale, accompagné d’une plaque en expliquant l’histoire, accompagné de belles photos de l’époque où il trônait au-dessus des députés. Nous pourrions l’admirer davantage s’il ne se trouvait pas dans un emplacement où il n’est pas chargé d’une forte signification politique.

L’argument le plus bête, qu’on entend ces jours-ci, veut que cela équivaille à enlever la croix du Mont-Royal ou à enlever les «Saint» et «Sainte» des noms de rues et de villes. Comment dire? Non. On parle ici de la maison de la démocratie, de l’institution où se prennent les décisions politiques. Le Mont-Royal, a contrario, n'est pas un parlement.

Si Maurice Duplessis a voulu unir l’Église et l’État, il est temps d’officialiser la désunion. Pour la même raison que le gouvernement de René Lévesque a transformé la prière qui ouvrait les séances parlementaires en minute de recueillement, il importe de rappeler que les élus sont au service de l’État et de leurs électeurs, pas de Dieu. Les élus peuvent être motivés par leur foi personnelle, mais leur travail ne se réfère pas à Dieu. On ne peut débattre rationnellement de l’existence de Dieu dans un parlement. Puisqu'on ne peut trancher là-dessus, on retire la question du débat public. Officialisons-le, et cessons d’avoir un parlement symboliquement guidé par un signe religieux.

Les députés devraient aussi idéalement ne pas avoir à faire de profession de foi à l’endroit de Sa Majesté Élisabeth II, mais c’est un autre problème...