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«Jeter un morceau aux chiens de la meute!»

Le premier ministre élu, François Legault
Photo d'archives, Agence QMI Le premier ministre élu, François Legault

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Le débat sur la laïcité est bel et bien amorcé; et le diffuseur d'État a annoncé ses couleurs cette semaine. Encore une fois, Radio-Canada n'épargnera rien pour vilipender toute velléité de laïcité de la population québécoise...

Enseignants et placiers du Centre Bell : même combat!

Ils sont nombreux les gens, dans le domaine de l’éducation, à avoir été insultés par les propos de l’animateur Michel C. Auger.

Lors du Panel politique de Radio-Canada (Ici RDI) mardi dernier, l’animateur Michel C. Auger en a échappé une belle dans son habituelle diatribe anti-laïcité. Nous ne nous étonnons plus de la lutte – car c’est de ça qu’il s’agit – que fait le diffuseur d’État canadien contre la laïcité, mais ici, on dépasse franchement les bornes.

En gros, pour tenter de justifier l’argument que les enseignants ne devraient pas se trouver sous l’égide de toute législation sur la laïcité, Michel C. Auger les compare aux placiers du Centre Bell. Rien de moins (à partir de la onzième minute) :

«Les enseignants ne sont pas une figure d’autorité, une autorité morale peut-être, mais à ce compte-là les placiers au Centre Bell aussi sont des figures d’autorité.»

Quand la citation a commencé à circuler sur les réseaux sociaux, j’ai d’abord cru à une mauvaise transcription à des paroles hors contexte. Il n’en est rien. Manifestement, aucune bêtise ne sera épargnée pour tenter d’attaquer la volonté de discuter de laïcité chez le diffuseur d’État canadien.

On le comprendra, plusieurs enseignants ont été courroucés. Et avec raison. La gestion de classe et l’instauration d’un climat d’apprentissage décent au sein de celle-ci tiennent justement du fait que l’enseignant doit jongler avec les outils à sa disposition en tant que figure d’autorité.

Surtout dans un contexte où l’on coupe sans cesse les ressources hors classes disponibles pour l’enseignant afin de l’aider à gérer des groupes toujours plus complexes, là où des élèves aux prises avec de multiples problèmes d’apprentissage se retrouvent. À quoi on ajoutera de plus en plus de groupes multiniveaux au primaire (un professeur qui enseigne à un groupe divisé d’élèves de 2e et 3e année).

L’autorité du professeur est, dès lors, absolument essentielle au bon fonctionnement de sa classe. J’ai rencontré nombre d’enseignants qui se plaignent d’ailleurs que les conditions qui se dégradent sans cesse dans leurs classes les forcent à faire trop de discipline justement.

La déclaration de Michel C. Auger est, pour ces professeurs, une gifle en plein visage. C’est aussi une drôle de conception du métier que ceux-ci pratiquent. À force de couper sans cesse dans les ressources d’appui à l’enseignement dans les écoles, on a forcé les professeurs à accroitre leur «fonction d’autorité».

Autorité morale mon œil!

«Jeter un morceau aux chiens de la meute!»

C’est la deuxième fois que j’entends, sur les ondes du diffuseur d’État, en moins d’une semaine, des propos épouvantables en lien avec le débat sur la laïcité. Lundi dernier, lors du panel «Grand angle» à l’émission de radio Midi info, animée ce jour-là par Frédéric Nicoloff, l’ex-président de la CSN Louis Roy a dépassé les bornes.

Questionné par l’animateur sur la raison pour laquelle le nouveau gouvernement de la CAQ décide de foncer, maintenant, dans le dossier de la laïcité, Louis Roy s’est  expliqué ainsi (à partir de 3 :30 sur l’audiofil) :

«Parce qu’il a besoin d’avoir une affirmation nationale des francophones, ce sont les francophones qui l’ont élu, et... euh, il a besoin de jeter, c’est peut-être un mauvaise expression, mais il a besoin de jeter un morceau aux chiens de la meute là!»

Peut-on être aussi méprisant du choix électoral de la population québécoise? Et c’est un ancien leader syndical ce monsieur-là?

L’affirmation nationale des francophones, les chiens de la meute... C’est dégueulasse.

Petit rappel à l’attention de ceux qui, comme Louis Roy, associent l’intention de la CAQ de légiférer sur la laïcité à de l’opportunisme : dès le début de la campagne électorale, François Legault a promis de légiférer rapidement sur la question des signes religieux et sur la laïcité en rappelant, avec raison, que le gouvernement Couillard s’était sciemment traîné les pieds dans ce dossier pendant plus d’une décennie.

Par électoralisme, entre autres. Pour ne pas déplaire à un segment de son électorat qui tient mordicus à ce que l’État québécois glisse toujours plus en avant vers le multiculturalisme canadien. Ce que le laisser-faire très intéressé des libéraux visait, justement.

Sur les ondes de la société d’État, il ne semble plus y avoir de retenue quand vient le temps d’exprimer mépris et dégout de l’affirmation nationale des Québécois ou sa volonté, légitime, de débattre de laïcité.

Et ensuite on blâmera le gouvernement de nuire au « climat social » en osant débattre de ce sujet; on relaiera, à Radio-Canada, sans aucune espèce d’analyse critique, les positions radicales de l’extrême gauche, on fera la part belle à toutes les voix qui pourfendent la laïcité. On connait la chanson.

À force de mépriser les Québécois de cette façon, et depuis longtemps, la société d’État jette de l’huile sur le feu.