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La gouvernance du pot

La gouvernance du pot
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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Il est difficile de croire que le cannabis pourrait plonger Montréal dans l’univers kafkaïen des règlements des mairies d’arrondissement, et ce, sans même fumer un joint! Pourtant, au moins 5 arrondissements ont décidé d’élaborer leur propre réglementation...en discordance avec celle de la ville de Montréal.

Imaginez la situation suivante : par un soir d’automne après le 17 octobre, vous décidez d’allumer un joint en marchant quelques coins de rue pour vous rendre à pied à la maison. Il s’avère que d’un côté de l’intersection, vous avez la possibilité de fumer un joint sur le trottoir. Le feu piéton s’allume, vous traversez, et voilà que de l’autre côté de la rue, ce même joint devient interdit. Va-t-il y avoir une zone signalée d’interdiction? Une frontière marquée au sol à ne pas traverser si vous avez un joint entre les doigts? Des policiers qui feront une « trappe-à-ticket » à joints ? Pire encore, imaginons un jeune adulte qui s’assoit sur un banc public à côté de chez lui, joint aux lèvres. Il se colle un ticket salé ou passe « free » selon son quartier de résidence. Absurde ! Et surtout inéquitable!

Une vision d’ensemble svp

Il y a une dizaine de jours, les arrondissements dirigés par Ensemble Montréal ont fait une sortie médiatique insinuant que la mairesse se traîne les pieds sur le dossier. La position de la ville de Montréal, partagée cette semaine par l’administration Plante, démontre plutôt une démarche sérieuse, appuyée par la Direction de la santé publique et en concertation également avec le SPVM et différents experts. Une position basée sur la réduction des méfaits, calquée sur la règlementation sur le tabac, et qui s’inscrit dans l’esprit et les paramètres de la loi provinciale sur l’encadrement du cannabis adoptée en juin 2018.

Ces élus ont du même coup annoncé que les arrondissements faisant partie de leur formation politique adopteront - ou se sont engagés dans le processus d’adoption - un règlement interdisant ou limitant la consommation de cannabis dans l’espace public. Par exemple, à Pierrefonds-Roxboro, la consommation dans les parcs est interdite, tandis qu’à Saint-Laurent, ce sera dans tous les lieux publics.

Pour tous ceux qui entonnent que Montréal est ingouvernable et que les arrondissements font la pluie et le beau temps, voilà une occasion manquée de se doter d’une vision cohérente. Il y a de ces objets de gouvernance publique qui se doivent d’être abordés et réglementés à l’échelle d’une ville. Dans ce cas-ci, la position de Montréal va de concert avec l’intention des gouvernements supérieurs : ne pas rendre illégal ce qui sera désormais légal.

Incohérence à saveur moraliste ou de « pas dans ma cour »

Mon collègue Antoine Genest-Grégoire explique de manière limpide le cheminement législatif depuis la décision du gouvernement Trudeau. S’il y avait opposition à faire valoir, c’était lors des débats antérieurs. Devant la décision politique de légaliser le cannabis, les municipalités se retrouvent certes à gérer une nouvelle donne sans l’avoir souhaitée. Cependant, l’approche répressive sur l’espace public apparaît contraire à l’esprit de la loi, et devient porteuse d’effets négatifs auprès des usagers vulnérables et loin de favoriser une cohabitation inclusive. Ce sont pourtant ces principes qui devraient guider la gouvernance montréalaise à ce sujet, davantage que des points de vue à saveur moraliste. Autrement dit, cachez ce joint que je ne saurais sentir...