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Est-il déjà trop tard?

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Cette semaine marque le 50e anniversaire de fondation du Parti québécois par René Lévesque. Porté par une irrépressible vague d’espoir, son projet était ambitieux : faire du Québec un pays résolument moderne.

Jusqu’à compter plus de 300 000 membres, des femmes et des hommes de toutes les classes sociales l’ont rejoint. Artistes et poètes, aussi. Surtout, des jeunes. Beaucoup de jeunes. Le reste de l’histoire est connu.

Prise de pouvoir dès 1976. Politiques publiques audacieuses. Un premier référendum perdu. Descente aux enfers suite au rapatriement de la constitution et le « beau risque » fédéraliste de M. Lévesque. Retour de Jacques Parizeau, chef brillant et déterminé. Prise du pouvoir en 1994. Un deuxième référendum perdu. Cette fois-ci, de très peu.

Depuis la démission de M. Parizeau, à force de cumuler les chefs et leurs « virages » dans toutes les directions, le PQ devient tristement inconstant. Ce que j’appelle la « stratégite aiguë » lui fait perdre son option souverainiste de vue.

Un parti cerné

En 2012, son retour éphémère au pouvoir n’y change rien. À preuve, il trébuche sur sa propre « charte des valeurs ». Trop dogmatique, elle divisera gravement ce qu’il reste du mouvement souverainiste et brûlera ses ponts déjà fragilisés avec les jeunes et les communautés culturelles.

Deux formations rivales nées en partie du PQ finissent aussi par le cerner. La CAQ, sur sa droite et sur sa gauche, Québec solidaire. Ce dernier poussera même le combat partisan contre les péquistes jusqu’à leur refuser toute alliance électorale.

Au fil des ans, le résultat fut à l’avenant. Sauf sous la brève direction de Pierre Karl Péladeau, les intentions de vote du PQ n’ont eu de cesse de plonger. La jeunesse montante s’est tournée ailleurs. La « famille souverainiste », politique et citoyenne, s’est peu à peu disloquée.

Dernier coup dur. Le 1er octobre, le PQ subit la pire raclée de son histoire. Malgré la victoire in extremis et consolatrice de sa candidate dans Gaspé, son caucus est réduit à deux poignées de députés. Avec entre autres les Véronique Hivon et Pascal Bérubé, l’équipe est néanmoins de forte qualité.

Coriaces

Le vrai problème du PQ est ailleurs. Après ses deux décennies d’errance, serait-il déjà trop tard pour reconstruire une maison politique aussi amochée sur le fond des choses ? Le fond des choses étant sa raison d’être : l’indépendance.

Jacques Parizeau se désolait déjà du champ de ruines que devenait le PQ. Or, c’est dorénavant sur un champ de mines qu’avanceront ses quelques élus survivants. Majoritaire, la CAQ est en effet bien en selle au pouvoir. À l’opposition officielle, le PLQ est loin de craindre la disparition.

Quant à QS, retombé au 4e rang après une semaine d’euphorie, sa montée auprès des plus jeunes est cependant réelle.

La dernière chance des élus péquistes est qu’ils sont intelligents, coriaces et dévoués. À terme, quel sera leur choix : reconstruire ou carrément refonder sur de nouvelles bases ? Le temps le dira. La seule certitude est qu’ils ont la témérité et le courage de tenir le coup.