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Consommation de médicaments par les étudiants: le succès en prescription

Ève Trottier
Courtoisie Ève Trottier

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Les bibliothèques ouvertes 24/7, les cafés étudiants remplis à craquer, les nuits d’au plus 5 heures... la mi-session est bel et bien arrivée sur les campus universitaires. L’heure a sonné ; il est temps de mémoriser parfaitement six semaines de cours, dans l’espoir fou d’obtenir les notes nous permettant de poursuivre nos rêves scolaires. Rien que ça.

C’est avec déception que je reconnais que la bonne foi et la persévérance universitaire ne suffisent pas toujours.

Que ce soit à la suite d’échecs scolaires ou simplement pour favoriser leur performance, certains étudiants en pleine santé se tourneront vers la prise de médicaments psychostimulants (Ritalin, Vyvance, etc.) dans le but d’enfin réussir.

Pour justifier leur consommation, plusieurs citeront les examens portant sur plus de 150 pages de matière, d’autres nommeront le besoin d’obtenir une note au-dessus de la moyenne pour leur, si précieuse, cote Z.

Certes, les effets de ces « smart drugs » sont alléchants : concentration inhumaine, rendement impeccable, sensation d’éveil décuplé, et j’en passe. C’est donc sans surprise que leur utilisation est fréquente, voire banalisée sur les campus.

Nonobstant, leur consommation n’est pas sans risque, et peut être dangereuse à long terme. La liste des conséquences est longue : crises de panique, insomnie, palpitations cardiaques, altération permanente de la plasticité cérébrale, etc.

La performance à tout prix

Alors, comment expliquer que l’usage des psychostimulants est encore en hausse, malgré leurs effets indésirables ?

Plusieurs spécialistes s’entendent. Selon Claude Rouillard, professeur à l’Université Laval, il s’agit d’un phénomène social. « Nous vivons dans une société qui valorise la performance à tout prix. Tous les moyens sont donc bons pour être parmi les meilleurs. » (Le Fil) Selon Jean-Sébastien Fallu, expert en toxicomanie, la situation s’explique également par une charge de travail trop lourde, et des contextes sociaux et professionnels trop exigeants et compétitifs.

Les dérives de l’évaluation

Il est donc clair que la demande intransigeante de prouesses scolaires de la part du système d’éducation est au cœur même de ce problème.

Le but d’un examen ne semble plus être de vérifier le niveau de compréhension de l’élève, mais bien de servir d’outil permettant de le distinguer et de le hiérarchiser.

L’objectif premier de l’élève n’est plus de savoir comment et quoi apprendre, mais de savoir comment obtenir la note parfaite.

Pourtant, la réussite éducative va au-delà des bons résultats scolaires. L’accomplissement personnel, le développement de compétences, l’acquisition de valeurs nécessaires au fonctionnement de la société, les voilà les véritables épreuves à réussir.

Évidemment, l’évaluation en tant que telle n’est pas l’origine du mal ; c’est son utilisation froide et institutionnelle qui l’est. Les examens à six (ou plus) choix de réponses, l’utilisation de doubles négations dans les questions, une pondération inadéquate ; c’est ce qui pousse les étudiants à utiliser des méthodes marginales pour réussir. Comment y arriveraient-ils sinon ?

Il est plus que temps que le corps professoral revisite ses méthodes d’évaluations afin de promouvoir le développement du plein potentiel de l’élève.

Comme le disait Aristote, savoir est un désir naturel. Ne laissons pas une notion désadaptée de la réussite scolaire éteindre ce flamboyant désir.

Ève Trottier est étudiante en neurosciences cognitives à l’Université de Montréal