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La passion du français

Gaston Miron
Photo d'archives Gaston Miron

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Des Québécois ont une passion pour le hockey, d’autres pour le vin, le cinéma ou la musique country. Mais combien ont encore une passion pour la langue française ?

Quelques originaux de l’époque jurassique. Comme moi sans doute. Des compulsifs attirés par sa complexité, par les difficultés qu’elle représente avec ses exceptions à la règle, ses caprices sémantiques et ses nuances à n’en plus finir.

L’Organisation internationale de la Francophonie a d’autres objectifs. Celui de promouvoir le français partout dans le monde, en particulier dans des pays où il s’est imposé ou fut imposé par la colonisation française. Mais l’OIF va maintenant reprendre ses esprits, contrôler ses dépenses et retrouver, on l’espère, sa mission première de diffuser le français sur la planète après l’épisode désolant de la princesse Michaëlle Jean, qui ne voulait rien de moins que de compétitionner le secrétaire général de l’ONU. Or, l’OIF ne doit pas subir les états d’âme de ceux qui la dirigent. Comme toute organisation internationale, d’ailleurs.

Que seraient les Québécois s’ils n’avaient pas mené le combat pour leur langue et avaient choisi l’assimilation à l’anglais, donnant raison ainsi à Lord Durham ? Ils seraient dépouillés de leur mémoire.

Déchirements historiques

Ils n’auraient pas vécu les déchirements historiques des options qui les ont transformés en frères ennemis. Ils couleraient depuis longtemps des jours heureux et calmes, d’un calme plat, pourrait-on dire. Ils seraient enfin des Canadiens ouverts au multiculturalisme homogénéisé et leur identité se définirait par leur couleur, leur religion, leur orientation sexuelle, leurs handicaps de tous genres et un sentiment commun d’être des sous-Américains.

Mais les Québécois, malgré le mauvais traitement qu’ils imposent à leur langue lorsqu’ils la parlent ou plus exactement la déparlent, lorsqu’ils l’écrivent ou plus précisément massacrent sa syntaxe et son vocabulaire, les Québécois, dis-je, y sont encore attachés.

Leur faille est de ne pas saisir à quel point le français est une langue belle à qui sait la défendre, pour citer le chanteur Yves Duteil.

Les Québécois ne soupçonnent pas les bonheurs profonds et grisants de maîtriser leur langue. De posséder une infinité de mots, pour décrire les multiples replis des émotions. De cerner au plus près ses pièges, mais aussi ses éblouissants secrets.

Identité

L’on parle français en oubliant que l’on a besoin du français pour parler. Pour se sentir vivre, pour exprimer notre identité, pour avouer l’amour comme la peine, la déception ou l’espérance.

Le français est une planète qui encense la beauté pour la beauté. Avant d’être un moyen de communication, le français est une liturgie de la communion des êtres.

C’est pourtant la langue qui suscite des passions aveugles où l’on se déchire sur la place publique. Toutes les tentatives de la transformer, l’altérer provoquent des guerres de clans. Un phénomène inexistant dans la culture anglaise.

Combien de Québécois sont amoureux de leur langue ? Combien versent des larmes en lisant la poésie de Gaston Miron ou du chantre du Saint-Laurent, Gatien Lapointe ? Et combien vibrent encore grâce à ses mots, sa musicalité, son élégance, son intelligence et sa liberté ?