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La passion renouvelée d’Ariane Moffatt

La passion renouvelée d’Ariane Moffatt
Photo: Jocelyn Michel / leconsulat.ca

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L’inspiration peut arriver à tout moment... même dans les moins bons. Parlez-en à Ariane Moffatt. C’est dans la tourmente qu’est né Petites mains précieuses, son sixième album. L’écriture aura alors été une « bouée » pour la chanteuse durant l’hospitalisation de son fils Georges, né prématurément à l’été 2017. « Je savais que la création pouvait être une aide, une soupape pour exprimer comment je me sens », confie-t-elle.

« Mon bébé n’était pas si prématuré que ça; il n’a pas été entre la vie et la mort. Mais ça m’a shakée en tabarouette », souffle Ariane Moffatt.

Bébé va mieux. Maman aussi. Rencontrée dans son studio d’enregistrement, en plein cœur du Mile-End, la chanteuse dit s’être rapidement, et complètement, remise. Quand à bébé Georges, il ne garde aucune séquelle : le bambin est aujourd’hui en pleine santé. La frousse n’est donc officiellement qu’un souvenir lointain. Mais à l’époque, elle a été bien réelle.

Alors qu’elle était enceinte de 34 semaines, les médecins ont détecté chez Ariane Moffatt une pré-éclampsie grave, soit une hausse de pression soudaine et inquiétante survenant en fin de grossesse. La seule solution : provoquer l’accouchement.

La convalescence aura été de courte durée pour la chanteuse, mais son fils a alors dû être hospitalisé quelques semaines en raison de « petites complications pulmonaires ». Et à chacune de ses visites à l’hôpital, la chanteuse griffonnait dans un calepin les idées qui lui venaient à l’esprit.

Un retour aux sources

Le plan de départ n’était pas forcément de donner le premier coup de manivelle à son sixième album. En fait, elle prévoyait profiter de son congé de maternité pour reprendre le micro. Mais Ariane Moffatt s’est laissé emporter par l’inspiration qui, en fin de compte, lui aura été salvatrice dans ce moment de vulnérabilité, en plus de teinter ces nouvelles chansons d’une sincérité à fleur de peau.

« Ça a donné une certaine ivresse, une espèce de sens à cette arrivée-là. Quelque part, ça a été une forme de guérison et de renaissance par rapport à ce que j’ai vécu, qui a été assez traumatisant pour moi », confie Ariane Moffatt.

« J’ai en quelque sorte l’impression de faire un retour à Aquanaute, mon premier album. Peut-être pas dans le son, mais dans la vulnérabilité, dans l’état de me sentir sans défense. La naissance de Georges m’a ramenée dans cet état-là et m’a permis d’écrire sans filtre », ajoute-t-elle.

Pop, folk et disco

Mais même si Petites mains précieuses a été créé durant cette période plus difficile, il n’en est pas pour autant glauque ni sinistre. Ça, Ariane Moffatt le souligne rapidement en entrevue. En plus des rythmes électros qu’on lui connaît, elle est allée puiser dans les années 1970 et 1990 pour y emprunter des sonorités pop, funk, soul et même quelques airs disco.

« J’ai écrit Du souffle pour deux, la chanson qui ouvre l’album, en pensant beaucoup au soul Al Green et Bill Withers. J’avais envie d’aller chercher quelque chose de chaleureux, d’organique, de sensuel », explique-t-elle.

« Dans d’autres chansons, il y a des beats qui sont inspirés de ceux de Michael Jackson. J’aime la pop et je l’ai découverte dans les années 1990. C’était une ère de pop franche avec Michael Jackson, Madonna, Paula Abdul... », ajoute-t-elle.

Les doutes s’évanouissent

En plus d’agir comme soupape pour traverser une période difficile, Petites mains précieuses aura permis à Ariane Moffatt de se réitérer à elle-même sa passion continue pour le métier. Car des doutes, la chanteuse en a eu. Régulièrement, même.

« Je n’ai jamais douté du fait que j’aime la musique. Mais ce que ça coûte de redémarrer un processus de création avec tous les doutes, les incertitudes et l’abandon... C’est beaucoup d’énergie déployée. Chaque fois, je me pose des questions à savoir si j’ai envie de repasser par là et revivre toute cette vulnéra­bilité », confie-t-elle.

« Mais l’ivresse des premières trouvailles, c’est tellement grisant. Ça m’a donné toute l’énergie nécessaire pour repartir la machine », ajoute-t-elle.


♦ L’album Petites mains précieuses sera sur le marché à compter de vendredi.


♦ Ariane Moffatt sera en spectacle au MTELUS de Montréal le 22 février et à l’Impérial de Québec le 22 mars. Pour toutes les dates : arianemoffatt.com

 

Petites mains précieuses... une chanson à la fois

 

Ariane Moffatt a révélé au Journal l’histoire derrière chacune de ses chansons.

Souffle pour deux

C’est la première à être apparue, celle qui m’a donné le ton de la soul 70’s de plusieurs des chansons de l’album. Je voulais que ce soit groovy, mais intime et chaleureux. Au moment de l’écrire, j’allais beaucoup au chalet, en campagne, et c’est là que j’ai eu l’idée du visuel de l’album. Je voulais aller vers la rencontre des éléments qui scintillent et de la nature.

Les apparences

Le message, au premier degré, peut être perçu comme de la résignation. Que ça ne sert à rien, qu’on ne change pas, alors restons assis sur notre derrière. Mais c’est plutôt une ode à notre essence, à qui on est profondément. C’est un encouragement à arrêter de faire le caméléon, à arrêter de se déguiser en toutes sortes de choses.

La statue

C’est une chanson que j’ai écrite le jour où Salomé Corbo et Pénélope McQuade ont fait leur sortie par rapport à Gilbert Rozon. C’est un peu comme quand j’ai écrit Poussière d’ange pour une amie, une façon d’exprimer tout le courage que je trouve qu’elles ont, mettre mon épaule à la roue dans ce processus-là. Ce n’est pas une histoire personnelle, je n’ai pas connu d’abus sexuel ou quoi que ce soit. Au fond, cette chanson-là c’est l’image de la statue grecque en plâtre qui représente cet homme de pouvoir, qu’on lance au mur et qui se fracasse. C’est l’image de la libération.

Pour toi

C’est une des chansons les plus accrocheuses de l’album. On est dans une ère où la femme ne s’excuse plus. Cette chanson-là, c’est une petite pierre dans cette espèce de construction qu’on vit socialement. C’est un hymne pour élever la femme à sa juste valeur, pour lui donner la place qui lui revient à travers plusieurs symboles.

Pneumatique noir

J’ai vu le documentaire sur Pauline Julien et l’aphasie primaire progressive, la perte des mots et de la mémoire. Quelqu’un de très près de moi vit ça en ce moment. C’est vraiment une chanson qui a commencé à être inspirée en allant vers les Cantons-de-l’Est. Sur le fleuve, il y avait une brume et j’y ai imaginé une scène de film, comme s’il y avait un petit pneumatique qui était là dans le fleuve. À la fin du week-end, je me suis dit que c’était ça, l’image que je cherchais : quelqu’un qui dérive, qui part et qui perd ses mots, qui décide de se laisser dans le fleuve jusqu’à l’océan. Je crois que c’est la chanson la plus poignante de l’album.

N’attends pas mon sourire

Après Pneumatique noir, on s’enfonce encore un peu dans une scène de déprime, d’impression de ne plus vouloir que personne n’attende quelque chose de nous. J’imaginais un lendemain de fête où on se retrouve dans une pièce où on ne sait plus si on est le jour ou la nuit, ou encore même dans quelle saison on est. On se retrouve dans une zone noire, seul avec soi-même.

Cyborg

Ça parle d’un sujet grave, de notre côté greffé sur nos téléphones dans une réalité parallèle, de cette fuite à travers nos écrans. Je ne voulais pas que ce soit démagogique ou moralisateur. C’est l’énumération de tout ce qu’on voit, du plus banal au plus grave, dans nos voyages cybernétiques. Le cyborg, c’est cette espèce de croisé entre l’humain et la technologie. C’est ma chanson un peu plus sociale, mais avec un sourire en coin. Je voulais qu’elle reste un peu plus légère avec son côté 70’s, chanson française à la Véronique Sanson.

O.N.O.

O.N.O., c’est pour One night only. C’est un début de collaboration avec Cri, un artiste électro qui m’avait contactée pour qu’on jamme. Le matin où on se rencontrait, j’avais préparé une mélodie au piano pour qu’on ait quelque chose, un point et départ, et le petit beat du début est resté. Encore une fois, je voulais aller dans la sensualité, dans le fantasme des interdits. C’est la chanson la plus électro, la plus banger de l’album qui va être le fun en show. J’ai très hâte de la faire vivre sur scène.

Viaduc

Viaduc a été une autre des premières chansons que j’ai écrites pour l’album. Au début, je n’étais pas certaine, je me demandais si c’était trop éclaté, mais finalement, c’est une de mes préférées. Elle parle de la désillusion dans le couple, dans l’avenir, cette impression de tourner en rond qu’on a parfois. En fait, c’est un découragement assumé, mais en poésie. Ça parle beaucoup des attentes qu’on peut avoir et qui nous déçoivent parfois.

La main

C’est la chanson-hymne de l’album, qui englobe la thématique de l’autre et de Petites mains précieuses. C’est à travers la main que passent tous les gestes, le contact humain. Ça représente beaucoup le rapport à l’autre. Je voulais la mettre en épilogue, à la fin, pour qu’elle vienne mettre en mots toute la thématique du disque. Quand j’étais en studio, j’imaginais l’époque des années 1960, dans les bookstores, où des textes étaient récités avec une musique hypnotique et funky. Ça finit bien l’album.