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L’éolien et les petits faiseux

Éolienne
Photo d’archives

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L’évolution rime avec moins d’État

Certains politiciens ont et continuent de privatiser nos instruments collectifs et nos services publics sous des arguments fallacieux au grand plaisir des opportunistes. Surtout sans demander l’avis de la population, comme par le biais de référendums par exemple. Comme l’a dit celle que je trouve particulièrement prétentieuse Gertrude Bourdon, la « candidate vedette » du PLQ désignée à l’avance future ministre de la Santé par Philippe Couillard avant sa déconfiture, « on ne peut revenir en arrière ». Depuis les années soixante, le Québec a évolué, a-t-elle dit... et doit continuer d’évoluer dans le sens du moins d’État et plus de privé dans tout. Ils osent parler d’évolution et de modernisation de l’État. Mais au profit de qui? Alors la montée incessante des inégalités économiques relève de leur « évolution » qui a permis de mettre fin à « l’immobilisme » sous-jacent à la juste répartition des richesses et au droit d’avoir des services publics universels pour tous et pas seulement pour la classe dominante. Pour eux, l’égalité des chances sera mieux atteinte par la privatisation de nos services publics et par la tarification pour ceux qui restent.

Privatisations tous azimuts

Depuis cinquante ans, on a assisté à la privatisation en règle de la santé, de l’éducation, des garderies, d’Air Canada, du CN, de Pétro-Canada, de Canadair (à Bombardier) et à la privatisation insidieuse en douce de la SAQ et d’Hydro-Québec par le biais de l’exploration pétrolière et gazière, des petits barrages et de l’éolien cédé gratos à des affairistes qui s’en sont mis plein les poches. En dernier ressort, c’est vous et moi qui payons pour enrichir outrageusement ces profiteurs.

Le mirage de l’éolien privé

Les politiciens responsables de ce vol qu’est l’éolien privé, souvent des compagnies étrangères, devraient être poursuivis en justice pour abus et dilapidation de biens publics. Au moins, si on avait mandaté Hydro-Québec pour investir dans l’éolien. Ben non, nos élus affranchis ont interdit à notre société de propriété collective Hydro-Québec de se lancer dans l’éolien afin de réserver cette manne à des arrivistes du privé, on pourrait dire que c’est même souvent à des amis.

Et le pire, même si Hydro-Québec va avoir des gros surplus d’électricité jusqu’en 2027, le PLQ et le PQ ont obligé Hydro-Québec à acheter du privé au gros prix, genre 12 cents le kWh. Ça fait que ces surplus d’électricité achetés inutilement d’ici 2027 (169 térawattheures) vont coûter aux contribuables québécois la bagatelle somme de 17 milliards $, que l’on aurait pu investir dans nos services publics sous-financés. 17 milliards de dollars qui iront dans le petit cochon de profiteurs sans que ces derniers ne prennent absolument aucun risque (les contrats sont garantis par Hydro-Québec), sans que cela nécessite aucune expertise et ne crée aucun emploi durable. En plus, comme la majorité sont des firmes étrangères, notre argent sortira de la province. Aie, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, nous a rappelé récemment que ces achats d’électricité superflus imposés par le gouvernement à Hydro-Québec à des promoteurs privés ont coûté 2.5 milliards $ aux citoyens québécois entre 2009 et 2016. Et pendant ce temps-là, Hydro-Québec paie à chaque année à TransCanada (une entreprise qu’affectionnaient les libéraux du Québec) 120 millions de dollars pour tenir fermée sa centrale au gaz de Bécancour en raison des gigantesques surplus d’électricité d’Hydro-Québec. De la folie furieuse et on les laisse faire.

L’argent facile attire les faiseux

Le 12 septembre 2018, le Journal de Montréal publiait un excellent article intitulé : « Trois ex-patrons d’Hydro-Québec impliqués dans la filière éolienne (privée) ». Il y a d’abord l’ex-président d’Hydro-Québec, Thierry Vandal qui, deux mois seulement après son départ d’Hydro-Québec, où il a travaillé 18 ans, a été nommé président du fonds privé américain d’investissements en énergie (éolienne) Axium infrastructure. Le monsieur siège aussi au conseil d’administration de TransCanada, qui opère aussi dans l’éolien. TransCanada, une compagnie très proche des libéraux du Québec comme en fait foi le titre de ces deux articles de journaux : « TransCanada embauche un influent libéral (Patrice Ryan) » et « Jean Charest nie (il faut surtout pas le croire) avoir fait du lobbying pour TransCanada auprès du cabinet Trudeau » (Le Devoir, 9 janvier 2016 et le Journal de Montréal 9 mars 2016). Pendant que Thierry était président, avait-il vraiment à cœur les intérêts supérieurs de la collectivité ou ceux de ses amis associés du privé? Je me pose la question.

Puis il y a Marie-Josée Nadeau, l’ex numéro deux d’Hydro-Québec, où elle a travaillé 22 ans, est l’ex-épouse de l’ex-ministre libéral des Finances, Yves Séguin. Après son départ, la compagnie française Engie, dans laquelle Power Corp. est actionnaire (qui s’appelait auparavant Gaz de France-Suez) et qui œuvre dans l’éolien, a embauché en 2016 la dame à son conseil d’administration. La belle affaire. Vous commencez à comprendre, du moins je l’espère, pourquoi le PLQ préférait l’éolien privé et pourquoi il en achetait au gros prix même si on n’en avait pas besoin?

Et enfin, la troisième personne est Lise Croteau, qui a passé 30 ans chez Hydro-Québec à titre de vice-présidente et cheffe de la direction financière, qui vient d’être recrutée au conseil d’administration de Boralex (qui fait aussi dans l’éolien), une compagnie créée par les frères Lemaire de la papetière Cascades. Encore et encore des B.S. corporatifs.

Moi ça me dépasse vraiment de voir le comportement de ces trois individus. Avec des valeurs morales basées sur des considérations pécuniaires, du pouvoir et d’un certain prestige. À leur âge et avec leur richesse, n’ont-elles pas autre chose de mieux à faire afin d’en redonner un peu à la collectivité? Ben non, elles veulent continuer à profiter de l’argent des contribuables afin d’enrichir des entreprises privées déjà très riches et de s’enrichir facilement.

L’énergie privée et l’éolien attirent d’ex-politiciens

La relation incestueuse entre le patronat, les politiciens et les hauts fonctionnaires ne date pas d’hier. Tiens, pour rester dans l’éolien, l’ex-ministre libéral et ex-président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, l’étincelant André Bourbeau a siégé au conseil d’administration de la firme SkyPower, très active dans l’éolien privé. L’éolien, très profitable que je vous dis : « SkyPower promet des vents favorables pour l’investisseur » (Les Affaires, 19 novembre 2005). Des vents favorables pour l’investisseur en augmentant les tarifs résidentiels des clients captifs, s’entend.

Il y a aussi eu l’ex-ministre péquiste David Cliche qui a travaillé pour SMI, une firme de génie-conseil qui a fait des démarches auprès de maires en région dans le but d’installer 31 éoliennes dont l’électricité sera bien évidemment vendue au gros prix à Hydro-Québec qui elle refilera la facture aux consommateurs résidentiels. Ah oui, l’ex-député bloquiste Yvan Loubier a aussi été embauché par SkyPower à titre de lobbyiste afin de vous appauvrir encore plus. De vrais bons petits politiciens au service du peuple. Yvan Loubier a « lobbyé » pour plusieurs autres entreprises, a été chroniqueur invité à La Presse et employé par la firme de services... pardon, de relations publiques National.

Et encore des fonds publics

C’est fort comment nos élus peuvent être bas. Aie, le PLQ de Couillard prêtait de nos argents à des producteurs privés d’énergie éolienne qui viennent par après nous filouter : « Un prêt (qui ne sera probablement jamais remboursé) de 5.7 M$ de Québec à un partenaire de Kruger (compagnie forestière). Investissement Québec injecte de l’argent dans un parc éolien de la Montérégie » (Le Journal de Montréal, 13 septembre 2018). Une autre papetière qui opère dans l’électricité. Ils sont assez polyvalents!

Toujours dans l’éolien, il y a ce prêt de 107 millions $ de la Caisse de dépôt et placement du Québec à l’ontarienne Potentia Renewables, détenue à 100 % par Power Corporation de la famille Desmarais : « Caisse de dépôt. Prêt de 107 millions $ à une entreprise de Power Corporation » (Le Journal de Québec, 2 mai 2017). Franchement, a-t-on vraiment besoin de prêter de l’argent public aux milliardaires des familles Desmarais et Kruger? On paie les loups pour venir manger les moutons que nous sommes.

Et en 2010, le PLQ, généreux pour ses complices avec notre argent, a débloqué une aide de 30 millions $ (oui des subventions publiques) aux promoteurs privés de parcs éoliens » (La presse, 7 avril 2010). Bon ben, j’arrête là. Je suis vraiment scandalisé par le comportement de ces gens qui jouent pourtant au gros et qui nous dépouillent sans que les gens ne se réveillent.