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Péréquation «zéro», mission impossible

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Est-ce réaliste de croire qu’un gouvernement caquiste réussira à enrichir le Québec au point de se passer des 11 à 14 milliards de dollars de péréquation que lui versera annuellement le fédéral d’ici 2022-23 ?

En cette année financière 2018-19, Québec va recevoir la rondelette somme de 11,7 milliards de dollars de péréquation, lequel programme fédéral permet d’équilibrer la richesse des provinces en vue de leur donner des revenus suffisants pour assurer les services publics.

C’est nous, au Québec, qui recevons la plus grosse part de ce gâteau fédéral, soit 61,9 % de la péréquation totale versée aux provinces et territoires.

Le nouveau premier ministre, François Legault, trouve que ça n’a pas de bon sens d’être ainsi à la remorque des provinces qualifiées de « riches » en vertu du calcul de la péréquation, telles que l’Alberta, la Saskatchewan, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador.

Lors de la mise à jour budgétaire de novembre 2017, le chef caquiste avait dénoncé avec force la dépendance du Québec envers la péréquation fédérale. Il avait interpellé l’ex-premier ministre Philippe Couillard en affirmant qu’un gouvernement de la CAQ « va viser la péréquation zéro » en éliminant l’écart de richesse avec le reste du Canada. « Un gouvernement de la CAQ va avoir de l’ambition, va voir grand pour le Québec. »

MAINTENANT

François Legault est maintenant au pouvoir.

Pour renoncer à la péréquation, par exemple, il lui faudrait aller chercher en impôts et taxes supplémentaires les 11,7 milliards de dollars que va rapporter cette année (2018-19) la péréquation fédérale.

Concrètement, juste pour cette année, il faudrait que le PIB bondisse du jour au lendemain d’environ 72 milliards de dollars, soit de 16,8 %, pour pouvoir encaisser le supplément d’impôts et de taxes requis pour compenser la péréquation.

Une telle croissance équivaut à celle que le PIB du Québec a enregistrée au cours des six dernières années.

Est-ce possible de stimuler la croissance économique québécoise à ce point ? Absolument pas !

CALCULETTE MAGIQUE

Je me demande d’ailleurs quelle sorte de calculette magique a utilisée François Legault pour affirmer avec conviction qu’il lui était possible d’enrichir le Québec de la sorte.

Sa déclaration de renoncer à la péréquation fédérale est d’autant irréaliste que nulle part dans son cadre financier électoral de 2019 à 2022 on ne retrouve la moindre allusion à une quelconque réduction de la péréquation fédérale.

Pour défrayer le coût de ses engagements financiers sans toucher aux surplus prévus dans le Rapport préélectoral de la vérificatrice générale, la CAQ mise seulement sur des « mesures d’optimisation » des dépenses et une croissance économique de 0,5 % de plus que prévue pour chacune des deux dernières années.

Ainsi, un gouvernement de la CAQ prévoit avoir pour effet économique d’accélérer la croissance du PIB d’un demi-point de pourcentage (0,5 %) dans les deux dernières années 2021-22 et 2022-23.

Et dire que le PIB doit grimper de 16,8 % de plus que prévu pour pouvoir permettre au Québec de s’enrichir en vue de renoncer à la péréquation...

Pas sûr que François Legault va vouloir reparler de sitôt de la péréquation « zéro » !