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Transformer la dyslexie en poésie

Transformer la dyslexie en poésie
Photo courtoisie, Andréanne Gauthier

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Chanteuse très appréciée des enfants québécois au cours des années 2000, Annie Brocoli explique dans son nouveau livre, En mal des mots, comment la dyslexie a marqué son parcours personnel et professionnel. Courageusement, elle dévoile comment ce handicap a façonné sa créativité et donne courage à ceux qui, comme elle, sont « mélimélangés ».

La petite Annie Grenier a tout essayé pour cacher son mal, sa différence. Enfant, elle ne décodait pas les lettres et ne parvenait pas à lire un livre en entier. Sa différence l’a marquée profondément et elle a fini par faire la paix avec la dyslexie en la transformant en poésie.

Son ouvrage est très émouvant et transparent : être dyslexique et faire sa place n’est pas facile. Elle révèle aussi qu’être une femme et vouloir faire sa place dans le milieu artistique n’est pas facile non plus. Elle raconte ses débuts et parle de sa carrière au fil du livre, tout en décrivant son parcours de dyslexique.

« C’est un peu la fin d’une thérapie, où j’ai envie d’être vulnérable. Je ne peux plus jouer à ce que je jouais avant. J’avais besoin d’être vraie, tout au complet, et ça m’a fait un grand bien. J’espère tellement que ça va aider un différent, ou une différente, peu importe sa différence », commente-t-elle en entrevue.

« On parle souvent d’orthothérapeute, des outils pour aider la différence, mais on parle très peu de ce que ça fait au cœur, d’être différent. Comment tu peux perdre confiance en toi, comment tu peux te sentir tout le temps à côté de la track. Souvent, ce sont des psychologues dont on aurait besoin. »

Il y a, assure-t-elle, plein de force derrière la différence. « Je n’aurais pas l’imagination que j’ai si je n’avais pas été dyslexique, j’en suis convaincue. »

Son conseil ? « Pousse sur ce dans quoi tu es bon : ce qui est difficile va te paraître beaucoup moins dur, après. Il y a beaucoup de choses que je dirais à des enfants. Si tu peux apprendre à avoir confiance en toi, ça va être plus facile de t’attaquer à tes textes ou à autre chose après. »

Écrire sans filtre

Son désir de partager son expérience est sincère. « J’avais le goût de vérité, d’écrire sur la différence. Quand je me suis assise devant mon ordi, ce qui m’est venu, c’est de me vider le cœur. J’avais besoin d’écrire sans filtre. J’avais envie que l’écriture garde une fantaisie. »

Annie Brocoli a l’intention de faire un spectacle sur la différence. « J’aimerais le présenter dans les écoles, pour les enfants, et pour les adultes, le soir. Pour parler de mon parcours et expliquer comment, si on se fait de la place dans nos différences, si on s’accepte, on peut aller loin et être libre. »

Elle espère aussi que les parents d’enfants dyslexiques vont lire son livre et y trouver quelque chose de réconfortant. « Ça se peut, être réconforté là-dedans. J’y crois vraiment. » Elle croit au potentiel de la différence. « On essaie tous d’entrer dans le moule... mais je disais tout le temps, dans mon show, que si on était tous pareils, ce serait plate, plate, plate comme une crêpe écrasée par un éléphant. On ne veut pas ça ! »

 


En mal des mots, Annie Brocoli, préface de Janette Bertrand.

►Éditions Libre-Expression, 280 pages.

Annie Brocoli

  • Auteure, actrice, chanteuse pour enfants et animatrice, Annie Brocoli s’est fait un nom auprès des enfants québécois dans les années 2000.
  • Elle a vendu plus de 500 000 exemplaires de ses albums, vidéocassettes et DVD au cours de sa carrière.

Extrait

Transformer la dyslexie en poésie
Photo courtoisie

« Ce que je voyais dans ma tête devant une lettre au tableau était un dessin de quelque chose que je ne reconnaissais pas complètement. Il n’y avait pas de logique ni de sens à ce que je voyais. Mon réflexe était de l’examiner en le tournant pour arriver à décoder ce que j’avais devant moi. Mon imagination était sollicitée. Ma tête était forcée de réfléchir aux possibilités. Le dessin n’était donc plus immobile. Il n’y avait plus d’“à l’endroit” ou d’“à l’envers”. Il se transformait devant moi en gigotant lorsque les réponses devenaient multiples. »