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Colette Roy-Laroche, l’héroïne de Lac-Mégantic

Colette Roy-Laroche, près d’un monument à la mémoire des victimes de la tragédie, le 16 juin dernier, à Lac-Mégantic.
Photo d’archives, Agence QMI Colette Roy-Laroche, près d’un monument à la mémoire des victimes de la tragédie, le 16 juin dernier, à Lac-Mégantic.

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Mairesse de Lac-Mégantic lors de la tragédie ferroviaire qui a coûté la vie à 47 personnes, Colette Roy-Laroche raconte son parcours de battante, de femme résiliente qui a su bien s’entourer pour traverser beaucoup d’épreuves dans un livre qui lui est consacré, Mémoires d’une mairesse.

Livré à cœur ouvert au journaliste Denis-Martin Chabot, le témoignage de Colette Roy-Laroche démontre à quel point elle a fait preuve d’un courage hors du commun. Elle a su, par son professionnalisme et son attitude posée, rassurer ceux qui souffraient. Ses efforts constants ont compté dans la longue reconstruction de la ville.

Beaucoup de Québécois se souviennent des points de presse où elle apparaissait, entourée d’intervenants et de spécialistes, pour fournir de nouvelles informations. Mais peu connaissent son long parcours de féministe, d’enseignante, de gestionnaire, de politicienne. Et encore moins de gens ont vécu les événements de l’intérieur.

Le livre présente une chronologie des événements, et les présente vus de l’intérieur. Il montre comment cette femme s’est tenue debout, comment elle a puisé son énergie dans ses valeurs et ses ressources, avec une grande intégrité. Et comme un, parfois, n’attend pas l’autre, on apprend qu’elle a perdu son mari, quelques mois après la tragédie ferroviaire. Choc sur choc.

Faire face aux défis

Raconter son histoire à Denis-Martin Chabot lui a appris beaucoup. « Je pensais bien me connaître moi-même, mais j’ai découvert aussi ces traits de personnalité. Oui, j’ai su traverser avec courage des épreuves, des situations dans ma vie personnelle et professionnelle, où j’ai fait face aux défis. J’ai décidé de foncer et d’avancer malgré les obstacles. »

Colette Roy-Laroche rappelle qu’elle est de l’époque de la Révolution tranquille. « J’ai commencé à enseigner en 1961. C’était l’époque où les jeunes, comme moi, on voulait changer le monde. J’avais l’impression, en racontant mon histoire à Denis-Martin, que mon histoire était aussi celle d’une époque. Une époque de transformations, de changements. »

Tout son parcours l’avait-il préparée au désastre de juillet 2013 ? « Aujourd’hui, en racontant mon histoire, j’ai découvert que oui. Ce que j’ai vécu tout au long de ma vie, même comme enfant, comme jeune femme, comme enseignante, je vous dirais que ça m’a préparée à faire face à une tragédie de l’ampleur de celle que nous avons vécue. »

Sa carrière en éducation, avec les jeunes en difficulté, l’a préparée à être attentive à l’aspect humain quand elle s’est retrouvée en situation de crise. « Les premiers jours de la tragédie, j’étais vraiment centrée sur mes citoyens. Je voulais que toutes les organisations sur le terrain puissent répondre aux besoins pressants, urgents, de chacun et chacune des citoyens. »

« Pas toute seule »

Comment traverse-t-on une épreuve pareille ? « J’ai toujours su bien m’entourer. J’ai appris à faire confiance à mon équipe, aux gens autour de moi, et à aller chercher de l’aide. Aller chercher de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, c’est montrer plutôt que l’on est ouverte à l’aide des autres. Comment j’ai su passer au travers ? Je n’étais pas toute seule. Je le dis souvent : on n’est jamais seul. Mais il faut être capable de reconnaître que les autres sont là, qu’ils sont de bonne foi, qu’ils veulent nous aider. »

Maintenant à la retraite, elle ne peut oublier les images de la première nuit de la tragédie. « Quand on parle de la tragédie, automatiquement, ça revient. Comme plusieurs citoyens de Lac-Mégantic, lorsque le train passe aujourd’hui au passage à niveau, on l’entend siffler. C’est un bruit qui, avant la tragédie, faisait partie de notre quotidien et qu’on oubliait dans le décor. Maintenant, lorsque je l’entends siffler, ça me rappelle toujours la tragédie. »

  • Colette Roy-Laroche était mairesse de Lac-Mégantic lors de la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013.
  • Denis-Martin Chabot a été journaliste à Radio-Canada pendant 32 ans. Il a remporté plusieurs prix de journalisme et écrit plusieurs livres, dont Dave Courage aux Éditions La Semaine.

EXTRAIT

Mémoires d’une mairesse, Denis-Martin Chabot et Colette Roy-Laroche, Les Éditions de l’Homme, 272 pages
Photo courtoisie
Mémoires d’une mairesse, Denis-Martin Chabot et Colette Roy-Laroche, Les Éditions de l’Homme, 272 pages

« Colette se présente devant une meute de journalistes, accompagnée entre autres de Christine Savard, du lieutenant Michel Brunet de la Sûreté du Québec, de Denis Lauzon, chef des pompiers de Lac-Mégantic, et de Maurice Bernier, préfet de la Municipalité régionale du comté du Granit.

“Je me sentais bien petite devant tout ça.”

Un sanglot l’étouffe. Elle craint de perdre le contrôle de ses émotions. Puis les mains de Denis Lauzon et de Maurice Bernier sur ses épaules lui redonnent la force de continuer. Elle parle simplement, avec aplomb. »

— Denis-Martin Chabot, Mémoires d’une mairesse, Les Éditions de l’Homme