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La chute du PQ

René Lévesque et Jacques Parizeau (au centre de la photo)
Photo d'archives

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Octobre 2018 restera pour longtemps dans les annales du PQ. Deux évènements historiques marqueront ce mois fatidique  : la pire défaite électorale du parti depuis sa création et la célébration de son 50e anniversaire. 
 
On pourrait être tenté d’établir un lien de causalité entre les deux évènements : le PQ a simplement fait son temps. Si les civilisations peuvent mourir, on voit mal pourquoi il n’en serait pas de même avec les partis politiques. 
 
En 1986, le politologue Vincent Lemieux développait la thèse des partis générationnels.  Un parti générationnel est identifié à une génération qui se donne une cause politique. Pour le PQ, il s’agissait des baby-boomers et de la souveraineté. Lemieux prédisait pour le début du 21e siècle la disparition probable du PQ.  
 
René-Lévesque lui-même annonçait de manière cryptique la disparition du PQ :  « Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »
 
On peut admettre sans trop de mal que le PQ n’est plus un parti générationnel. Il a été remplacé chez les francophones par la CAQ en qui ils voient véhicule politique qui correspond mieux à ses aspirations. Dans une certaine mesure, QS a aussi remplacé chez les jeunes urbains le PQ. 
 
Par contre, la thèse du parti générationnel n’explique pas totalement la débâcle du PQ lors de la dernière élection. Après tout, lors de sa victoire en 2012, le PQ récoltait encore 32% du suffrage populaire. Avant le déclenchement des élections de 2014, les sondages lui donnaient autour de 34%. Or, le 1e octobre dernier, il a obtenu à peine 17.1%.
 
Une stratégie irrationnelle 
 
Dans un dernier billet, j’expliquais que la politique était un sport de positionnement. En occupant l’espace politique avec les thèmes du nationalisme, de l’immigration et de la famille, la CAQ a rassemblé l’électorat francophone, ce qui lui a ouvert les portes du pouvoir.  
 
Qu’en est-il maintenant du positionnement du PQ depuis l’élection de Jean-François Lisée à la chefferie du PQ?
 
On peut dire aujourd’hui que ce positionnement était catastrophique. 
 
Lisée a réussi en moins d’un an et demi à éloigner le parti de René Lévesque de sa base électorale traditionnelle. Le début de son mandat comme chef du PQ a été occupé a tenter de s’allier avec ce qui était jusqu’alors un tier-parti montréalais, QS. 
 
Lors de la dernière élection, il a semblé parfois faire campagne uniquement pour les électeurs de QS de Montréal. On voit mal à qui d’autre pouvait s’adresser des promesses comme les toits verts et le « Tinder » du covoiturage. 
 
Le positionnement du PQ depuis que Lisée en est le chef relève d’une obsession inexplicable envers QS. Cette obsession apparaît d’autant plus irrationnelle que la majorité des sièges à gagner pour le PQ ne le sont pas à Montréal, mais en banlieue de la métropole et en région. 
 
Lisée doit prendre le blâme pour la degelée du PQ. Son positionnement était voué à l’échec. 
 
Pour le PQ et Lisée, la campagne électorale de 2018 a bien été une tournée d’adieu.
 
L’avenir incertain du PQ
 
Je ne ferai pas de prédiction comme Vincent Lemieux sur l’avenir du PQ. En politique, on n’est jamais complètement mort, jamais complètement vivant. 
 
Il me semble par contre évident que le PQ ne peut redevenir à court ou moyen terme un parti pouvant aspirer au pouvoir. Il doit se trouver une autre vocation tant que la CAQ répond aux aspirations de la majorité francophone. Il ne peut pas non plus être un parti de gauche. Sur ce terrain, QS fait un bien meilleur travail que lui et répond davantage à la demande politique des jeunes urbains. 
 
Quel avenir alors?
 
Bon an mal an, 30% des Québécois souhaitent toujours que le Québec devienne un pays. Ces chiffres baissent dramatiquement lorsqu’on demande à ces électeurs, si la souveraineté est une priorité, mais il existe néanmoins une clientèle politique pour un parti de niche souverainiste. 
 
Avec la disparition d’Option Nationale, il y a maintenant une place pour le  PQ pour occuper cette espace politique. Ce créneau ne lui permettra pas de reprendre le pouvoir, mais il a au moins le mérite de lui permettre de renouer avec sa mission d’origine : la souveraineté. 
 
D’ailleurs, le fondateur d’Option Nationale, Jean-Martin Aussant, est retourné au PQ. On dit qu’il serait possiblement intéressé à en devenir le chef. 
 
Aussant serait le meilleur candidat pour faire du PQ un Option Nationale 2.0