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Êtes-vous un visuel ou un auditif ?

Êtes-vous un visuel ou un auditif ?
Photo d'archives, Agence QMI

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J’étais en entrevue à la radio la semaine passée. L’animateur voulait discuter de certains mythes en éducation. Je dois vous dire que la liste est plutôt longue. D’ailleurs, Normand Baillargeon a écrit un livre complet sur le sujet.

Il serait même possible de catégoriser toutes ces légendes pédagogiques : mythes sur la gestion de classe, sur l’évaluation, sur le fonctionnement du cerveau, etc.

En recherche, il est souvent utile de trouver une corrélation entre des variables. La corrélation, c’est l’intensité de la liaison qui peut exister entre ces variables. Par exemple, est-ce que le sexe de l’enseignant influence la réussite de ses élèves ? (en passant, la réponse est non).

S’il arrive effectivement que « corrélation n’est pas causalité », cet argument devient souvent le sophisme préféré des individus ayant un certain mépris de la science.
S’il arrive effectivement que « corrélation n’est pas causalité », cet argument devient souvent le sophisme préféré des individus ayant un certain mépris de la science.

Si une corrélation existe, une question s'ensuit : qu’est-ce qui fait qu’il y a une forte relation entre mes variables ? Et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver, car un élément s’avère indispensable suite à la découverte de ce lien : la causalité.

Est-ce qu’il y a vraiment un lien de cause à effet entre mes variables ?

Les styles d’apprentissage

Selon Steve Masson, professeur à l’UQAM, des études récentes ont montré que les enseignants possèdent souvent des croyances erronées sur le fonctionnement du cerveau qui peuvent influencer leur pratique d’enseignement. Ce qu’on appelle des neuromythes.

Vous croyez qu’un enfant apprendra mieux si l’enseignement est adapté à son style d’apprentissage ? Vous n’êtes pas seul ! Avec un taux de prévalence moyen de 95 % chez les enseignants de divers pays, ce neuromythe remporte la palme de la légende pédagogique la plus populaire.

Vous connaissez sûrement la classification la plus courante des styles d’apprentissage : visuel, auditif et kinesthésique. Les tenants de cette théorie soutiennent qu’adapter son enseignement selon ces styles d’apprentissage favorisera l’apprentissage des élèves.

Vraiment ?

Selon Masson, « les études effectuées à ce sujet ne contredisent généralement pas l’idée que les élèves peuvent avoir une préférence pour une modalité plutôt qu’une autre. Toutefois, les recherches ayant tenté de vérifier l’hypothèse selon laquelle les élèves apprendraient mieux lorsque l’enseignement est adapté à leur préférence n’ont pas pu la confirmer, certaines allant même jusqu’à la contredire. La littérature scientifique tire donc la conclusion que, bien que les élèves puissent avoir des préférences liées à un mode d’apprentissage particulier, le fait d’enseigner en fonction de ces préférences ne favorise pas un meilleur apprentissage. »

Vous croyez fermement être un visuel malgré le fait qu’aucune donnée crédible ne montre que d’adapter l’enseignement à cette préférence a un effet bénéfique sur les apprentissages ?

Normal.

« Cette catégorisation peut influencer la perception que l'élève a de lui-même en tant qu'apprenant et l'amener à penser qu'il ne peut apprendre que de façon visuelle si on lui a dit qu'il était de style visuel » (Steve Masson).

Bref, le système fabrique des croyants.

Dérives possibles

Si cette croyance semble à priori inoffensive, elle peut tout de même engendrer des effets néfastes. À propos des dérives possibles en lien avec le recours aux styles visuel-auditif, l'utilisation des mots-étiquettes lors de l’apprentissage de la lecture est un cas patent.

Déjà, en 2008, de nombreux intervenants signalaient « les errances du programme québécois de français au primaire, qui préconise dans l’enseignement de la lecture l’usage des mots-étiquettes. » Dix ans plus tard, je peux vous affirmer que certains croient encore à l’efficacité d’une image afin de développer l’apprentissage de la lecture. Un gaspillage de temps précieux.

Pourquoi est-ce donc si tentant de croire à ce mythe des styles d’apprentissage ?

Simplement, parce qu’il s’agit d’une piste de (pseudo) solution à la différenciation pédagogique. Parce que nous voulons répondre aux besoins de chacun de nos élèves; cet apprenant unique qui a son style bien à lui et qui a le potentiel d’apprendre.

Certes, je dois prendre en compte les différences individuelles de mes élèves. Ils sont tous uniques d’une certaine manière. Je dois également susciter leur attention. Je dois les motiver. Par contre, cette évidence ne signifie en rien que je doive croire aux styles d’apprentissage. Nuance importante.

Que faire alors ?

Il faut plutôt varier et différencier mes stratégies d’enseignement; choisir les méthodes les plus efficaces parmi celles qui existent. C’est de cette façon que les élèves progresseront davantage.

C’est une idée généreuse de vouloir trouver des façons d’aider les jeunes, mais encore faut-il s’appuyer sur des données rigoureuses.