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Son costume d’Halloween a failli la rendre aveugle

Une mère et sa fille de Blainville lancent un avertissement contre les lentilles colorées

La petite Émilie, 11 ans, a failli perdre la vue à l’Halloween dernier quand elle a utilisé des lentilles colorées.
Photo Martin Alarie La petite Émilie, 11 ans, a failli perdre la vue à l’Halloween dernier quand elle a utilisé des lentilles colorées.

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Une mère dont la fille de 11 ans a failli devenir aveugle après avoir porté des lentilles colorées à l’Halloween veut prévenir d’autres parents des risques de ces produits populaires.

« Pendant quatre jours, on a eu peur, elle ne voyait plus rien, souffle Julie Turcotte, de Blainville. Et on se disait, tout ça pour des verres de contact d’Halloween. »

Sa fille Émilie angoissait et mitraillait ses parents de questions. Allait-elle devenir aveugle, pourrait-elle retourner à l’école ou jouer à la ringuette ?

Et sa mère ne savait pas quoi lui répondre. Heureusement, la douleur s’est calmée et elle a retrouvé sa vision graduellement. Mais pendant un mois, elle a dû garder ses lunettes de soleil, sur les bancs d’école et sur la glace.

Cinq autres de ses amies ont porté des lentilles semblables pour l’Halloween sans souci. Julie Turcotte veut quand même sensibiliser les parents.

« Les yeux, quand tu les perds, tu ne peux pas les remplacer, plaide-t-elle. Oui, ça donne un déguisement, mais à quel prix ? »

Elle a d’ailleurs publié un message sur Facebook, à la demande de sa fille, pour raconter sa mésaventure.

Son message, partagé 4000 fois, a eu des échos jusqu’en Australie, où des internautes la remerciaient.

Lentilles colorées
Photo courtoisie
Lentilles colorées

J’en veux aussi

L’an dernier, elle avait accepté d’acheter des lentilles de couleur pour son déguisement de démon. Julie Turcotte en avait acheté à sa fille aînée l’année précédente et sa plus jeune en réclamait depuis.

« J’ai cédé », dit-elle. Sa fille les a portées environ quatre heures à l’école. Elle les a enlevées pour souper, puis les a remises pour aller ramasser des bonbons dans son quartier et les a retirées à nouveau.

À son réveil le lendemain, sa fille criait, ses yeux « brûlaient comme du feu » et elle n’arrivait plus à les ouvrir.

Avec ses doigts, sa mère a écarté ses paupières, et l’œil était « rouge sang ».

Les médecins lui ont expliqué que les lentilles avaient agi comme des ventouses, décollant ses cornées, dit-elle.

Elle avait acheté les lentilles colorées au Party Expert de Sainte-Thérèse, où personne ne l’a mise en garde.

Pourtant, la présidente de l’entreprise, Lynda Bouvier, assure que chaque client est prévenu et doit signer une décharge. Elle maintient que personne de moins de 18 ans ne peut en acheter.

Depuis plus de 10 ans, sa dizaine de boutiques en vend environ 15 000 chaque année.

Le Journal a contacté hier trois boutiques d’Halloween à Montréal. Chez Crazy Halloween, on a répondu que beaucoup d’enfants en achetaient.

Chez Halloween Mania, l’employée a souligné que les lentilles ne sont pas recommandées aux moins de 16 ans, mais qu’aucune vérification n’était faite.

Même chose chez Imagine le fun, même si on assure à cet endroit ne pas en vendre aux mineurs.

On veut interdire la vente libre de ces lentilles

Éric Poulin, Président
Photo courtoisie
Éric Poulin, Président

Les optométristes du Québec réclament que la vente des lentilles colorées soit interdite si elles ne sont pas ajustées par des professionnels.

« C’est un produit médical et ça devrait être traité en tant que tel, plaide le président de l’Ordre des optométristes du Québec, Éric Poulin. C’est vendu n’importe où, mais ça ne devrait pas l’être. »

Mémoire courte

Chaque année, les optométristes rappellent les dangers des lentilles cornéennes cosmétiques, mais les Québécois en quête du meilleur costume d’Halloween ont la mémoire courte, déplore M. Poulin.

Pourtant, les risques sont graves, pouvant mener jusqu’à la cécité dans le pire des cas.

Les optométristes remarquent plus d’infections et de problèmes associés à ces lentilles, comme de l’irritation ou des rougeurs.

Alors que le risque habituel de développer un ulcère de la cornée est de 20 pour 10 000 chez les porteurs des lentilles cornéennes régulières, ce risque est six fois plus grand chez les porteurs occasionnels, rappelle-t-on à l’Ordre.

« Craque »

Selon lui, elles tombent « dans une craque de plancher » de la loi, même si elles sont homologuées par Santé Canada.

Seuls des professionnels peuvent vendre des lentilles pour corriger la vue, mais comme les colorées sont seulement esthétiques, elles peuvent se trouver en vente libre.

Or, elles devraient tout autant être ajustées à la forme de l’œil et non exister dans un seul format, affirme Éric Poulin.

Si elles sont trop serrées, par exemple, elles peuvent créer un effet de succion et arracher des cellules de la cornée, la couche claire qui recouvre l’œil.

L’Ordre des optométristes recommande qu’un examen soit fait avant et qu’on s’assure que le client connaît les consignes d’hygiène appropriées.