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Une guerre de prix du pot est commencée

Le crime organisé entend conserver ses parts de marché avec la légalisation

Cannabis Hexo
Photo d’archives Le Journal a visité une usine de cannabis de l’entreprise gatinoise Hexo la semaine dernière. Le gouvernement, qui s’approvisionnera chez des producteurs comme Hexo, s’est lancé dans une guerre de prix pour concurrencer le marché noir.

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Les prix du cannabis sur le marché noir s’affichent fortement en baisse un peu partout dans la province à moins de 24 heures de la légalisation du pot à des fins récréatives au pays, a constaté Le Journal.

Sur le site priceofweed.com, plusieurs consommateurs rapportent des chiffres à la baisse tant à Montréal qu’à Québec. On note des prix au gramme variant entre 3 et 5 $. Les prix varient selon les quantités achetées.

Une source bien au fait du dossier a indiqué hier avoir payé 20 $ de moins pour une demi-once (14 g) de cannabis à un revendeur de rue la semaine dernière à Québec.

« On sent que ça bouge. Ils [les revendeurs] ajustent leurs prix pour conserver leurs clients et leurs parts de marché », a-t-il fait valoir.

Des sources policières confirment que les tarifs ont fortement diminué au cours des derniers mois au Québec.

Outre la légalisation, l’arrivée massive de drogues de synthèse sur le marché aurait également un effet sur les prix, dit-on.

À la Société québécoise du cannabis (SQDC), qui ouvre ses portes demain, on dit suivre avec intérêt l’évolution du coût du pot sur le marché noir.

« On est dans les mêmes eaux. On reste à l’affût et éventuellement, on pourrait s’ajuster », a indiqué hier la porte-parole de la SQDC, Linda Bouchard.

La société d’État a d’ailleurs décidé de réviser à la baisse ses prix au cours des dernières semaines. Alors que l’on prévoyait un tarif de départ au gramme à 7 $ (taxes incluses), on évoque maintenant un prix plancher autour de 6 $ (taxes incluses).

Pas de surprise

Cette situation est d’ailleurs loin de surprendre l’économiste et professeur en management à l’Université Laval, James Eaves, qui avait prédit une diminution des tarifs.

« Les gens du crime organisé sont aussi des gens d’affaires. Ils ne veulent pas perdre leur clientèle. Ils baissent leurs prix et ils vont continuer à le faire alors que la production explosera », croit-il.

Selon lui, le prix de la marijuana en gros a diminué de 50 % au Colorado depuis 2015. En Oregon, un autre État américain où le pot est légal, la baisse a été de 40 % au cours des derniers mois.

Quatre ans

À Ottawa, des documents du ministère de la Justice estiment que cela prendra au moins quatre ans avant de déloger le crime organisé du marché illégal du cannabis au pays.

Au Québec, la SQDC croit être en mesure d’aller chercher au moins 30 % du marché noir au cours de sa première année d’existence.

Ces prévisions sont toutefois jugées très optimistes par des analystes qui ont vu au Colorado le crime organisé continuer d’occuper une large part du marché noir ces dernières années.

– Avec la collaboration de Stéphane Alarie