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PQ : la «démission tranquille»...

Drapeau du Québec, par terre.
MARTIN ALARIE/L'ÉCHO DE LAVAL/AGENCE QMI Un drapeau du Québec qui aurait été laissé pour compte sur la chaussée dans une zone de travaux à Terrebonne, a fait réagir des citoyens du secteur qui considèrent le geste comme un manque de respect flagrant, le vendredi 10 août 2012. MARTIN ALARIE/L'ÉCHO DE LAVAL/AGENCE QMI

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Pendant qu’on procède à l’assermentation du gouvernement de l’Union nationale 2.0, je me demande ce qu’il advient du mouvement indépendantiste...

Je regarde la dizaine de députés de Québec solidaire qui font les guignols à l’Assemblée nationale, en jouant à cache-cache avec les médias, pour ne pas montrer qu’ils prêtent allégeance à la Reine comme tout le monde, et je me dis qu’on est vraiment mal barré.

Pas plus que je n’ai envie de me réjouir, quand je lis la réaction de Catherine Dorion à son premier scrum, cette femme engagée qui inspire, la plupart du temps pourtant... C’est drôle, mais je trouve les mêlées de presse du Canadien pas mal plus rough que celles de l’Assemblée nationale.

Et c’est sans compter ce qui se fait ailleurs, au Canada. Je me souviens d’une mêlée de presse à Toronto à l’apogée des déboires du maire Rob Ford, c’était quelque chose... Mais la députée Dorion s’y fera.

Puis je tombe sur l’ineffable Nic Payne, critique lucide, dur, mais réaliste le plus souvent, du mouvement indépendantiste. Il a souvent eu des mots acerbes envers le Parti québécois, lui qui accuse cette formation politique de renoncer à son idéal, la plupart du temps.

Et au moment où François Legault atteint le zénith politique justement, par le moyen du renoncement à ses convictions passées, voici ce qu’il écrit Nic Payne. Et ça frappe :

« Autrefois jeune péquiste célébré, président du Parti québécois, fidèle bras droit de Pauline Marois et furieux pourfendeur d'indépendantistes "pressés", Jonathan Valois deviendra chef de cabinet au sein du gouvernement de la CAQ. Voilà un parcours cohérent, à l'image de celui de François Legault et indicateur, une fois de plus, de ce que nombre de péquistes et de péquistes devenus caquistes pensent du projet d'indépendance et de ceux qui en font une priorité. Les indices ne cessent de se multiplier, de l'immense décalage qui s'est installé, après la période Parizeau, entre la vraie nature de l'élite péquiste et l'impression qu'en avait sa base militante.

Des salles entières de fiers indépendantistes qui, las de tourner en rond, mais mal éclairés sur les raisons de cette impasse, scandaient mollement "on veut un pays, on veut un pays" devant des représentants qui, disons-le, se foutaient un peu de leur gueule, mais brandissaient ponctuellement le hochet du "pays", tout juste assez pour passer le test de la profession de foi, désormais seule épreuve à franchir pour obtenir son brevet de souverainiste officiel.

Cela saute aux yeux: l'histoire du PQ, toute glorieuse qu'elle fut sous certains aspects, aura aussi été celle d'une démission tranquille qui, refusant de se nommer, aura donné lieu à une arnaque intellectuelle de grande ampleur. Un parti ainsi dévoyé par des leaders allant en sens contraire de ses préceptes fondateurs et des aspirations de ses militants ne pouvait qu'aboutir là où il est aujourd'hui. »

Souvent, très souvent même, j’ai répliqué à Nic, j’ai argumenté. Pas cette fois. C’est dur à lire, mais c’est lucide. Ça crève les yeux. C’est un sale temps pour être un indépendantiste, pas de doutes là-dessus.

En dépit de ce sombre constat, je suis convaincu que l’option indépendantiste demeure essentielle, vitale et qu’elle peut être refondée. Car c’est bien de cela qu’on parle ici. Terminée l’époque des plasters sur les plaies béantes de nos turpitudes et de notre « démission tranquille ».

Je ne sais quelle forme prendra cette refondation du mouvement indépendantiste, mais il m’apparaît évident que celle-ci devra se faire au-delà des anciens canons ou vaisseaux amiraux de ce mouvement.

Finie l’époque des demi-mesures, des plans sur deux-trois mandats, des conditions préalables à l’indépendance-oui-mais-à-gauche-seulement; fini le temps où les convictions indépendantistes –tant pour autant qu’elles en sont – devaient être masquées par électoralisme ou par crainte de nuire à la perspective des bons gouvernements...

Et que les égos trop gros et les gardiens des chasses gardées qui nous ont menées jusqu’ici, jusqu’à cet état de délabrement franchement déprimant, se le tiennent pour dit...

Cette refondation du mouvement indépendantiste devra se faire sans eux.