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Quand Donald Trump s’écrase devant les princes saoudiens

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Dans l’affaire de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi, la réaction du président Trump en dit long sur ses liens avec les princes saoudiens et son approche de la politique étrangère.

Le 2 octobre dernier, le journaliste du Washington Post originaire d’Arabie saoudite est entré dans le consulat saoudien à Istanbul. Il n’en est jamais ressorti.

Tous les faits connus dans cette affaire portent à croire que Khashoggi a été brutalement exécuté par une quinzaine d’agents saoudiens qui ont fait l’aller-retour de Riyad sous couvert diplomatique, y compris un médecin légiste proche de la famille royale, spécialiste du dépeçage des cadavres.

« MBS » impliqué

Selon toute vraisemblance, l’attentat a été commandé par le prince Mohammed ben Salmane. Force montante du régime, « MBS » jouit d’une réputation surfaite de réformateur et il était régulièrement critiqué par Khashoggi.

Évidemment, le royaume nie toute implication dans cette disparition, mais ces démentis ne convainquent personne, car même le président Trump a évoqué à la suite d’une conversation avec le roi Salmane que Khashoggi serait peut-être la victime d’un interrogatoire « vigoureux » qui aurait mal tourné... un interrogatoire avec une scie à découper les os.

Réponse molle

Ce qui est beaucoup moins vigoureux, c’est la réponse de l’administration Trump à ce qui a tout l’air d’un assassinat commandé. Le président et ses proches semblent prêts à tout pour éviter de critiquer les Saoudiens.

L’insistance du président Trump à accréditer les démentis du roi Salmane rappelle son acceptation des démentis de Vladimir Poutine sur son ingérence électorale. Comme les présumés agresseurs sexuels, les dirigeants totalitaires semblent trouver grâce à ses yeux s’ils démentent avec vigueur les accusations portées contre eux.

Plus l’affaire avance, plus il devient clair que Trump laissera le régime saoudien s’en tirer sans conséquences sérieuses.

Tout s’achète

Quand on le questionne sur d’éventuelles sanctions, Donald Trump rétorque que les ventes d’armes à l’Arabie saoudite rapportent des milliards aux États-Unis.

Le problème, ce n’est pas qu’il exagère systématiquement ces ventes, mais plutôt qu’il soit si ouvertement prêt à monnayer les valeurs fondamentales qui devraient guider la politique étrangère de son pays.

On savait déjà que le président américain se moque des normes internationales. Cette affaire le rappelle de façon spectaculaire.

De plus, comme Donald Trump et son gendre Jared Kushner ont fait des sommes colossales en s’abreuvant à la fontaine des pétrodollars saoudiens, il y a lieu de s’interroger sur les motifs de leur refus de condamner le régime saoudien.

Tout ça me rappelle l’histoire d’un homme qui avait promis un million de dollars à une femme pour coucher avec elle. Le soir venu, il lui offre plutôt 100 dollars. « Je ne suis pas ce genre de femme », s’offusque-t-elle. « Je sais quel genre de femme vous êtes », lui répond-il, faisant allusion au plus vieux métier du monde, « je ne fais que négocier le prix ».

Manifestement, le deuxième plus vieux métier du monde n’est pas sans liens avec le premier.