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Ottawa finance l’exploitation des résidus des mines

Ottawa finance l’exploitation des résidus des mines
Photo courtoisie

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Ottawa débloque 12 millions de dollars pour Alliance Magnésium, une entreprise qui exploite les résidus des mines d’amiante près d’Asbestos, pour en tirer du magnésium.

«Des investissements comme celui que nous effectuons dans Alliance Magnésium sont essentiels à la transition du Canada vers une économie plus verte», a déclaré la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

L’annonce a été faite hier à l’usine d’Alliance Magnésium située à Danville, près d’Asbestos, 24h après que le gouvernement Trudeau ait annoncé le bannissement de l’amiante.

Alliance Magnésium a racheté en décembre 2017 la polluante usine Magnola et son dépôt de 100 millions de tonnes de résidus miniers, qui contient jusqu’à 40% de fibre d’amiante.

Selon 17 directeurs de la santé publique, l’exploitation de cette matière pourrait remettre en suspension des fibres d’amiante dans l’air et exposer ainsi la population à un contaminant cancérigène.

Le président de l’entreprise, Joël Fournier, a indiqué que sa technologie «souscrit en tous points aux politiques de développement durable, de protection de l’environnement et de la santé et sécurité des populations».

«La compagnie s’est engagée à respecter les plus hauts standards», assure au Journal Pier-Luc Lévesque du ministère de l’Innovation.

Profits plutôt que santé

La norme québécoise d’exposition à l’amiante est cependant dix fois plus permissive que celle qui prévaut dans le reste du Canada et dans la plupart des pays de l’OCDE.

Le directeur de la santé publique de Chaudière-Appalache, le Dr Philippe Lessard, aimerait voir l’industrie se plier à un exercice d’évaluation transparent qui permettrait à des experts indépendants, aux acteurs de la santé et à la population de donner leur avis et d’être clairement informés.

«Si on continue d’écouter ceux qui crient le plus fort (les entrepreneurs) qui disent qu’il n’y a pas de problème et qu’il faut arrêter de s'énerver avec ça, moi ça me préoccupe beaucoup. On sait qu’on cherche à faire le plus possible d’argent au moindre coût, donc l’autorégulation responsable je n’y crois pas», plaide le médecin.

«Ils font des montages financiers en oubliant la souffrance humaine et les coûts en santé», renchérit la Dre Louise Soulière, de l’Association pour la santé publique du Québec.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que «tous les types d’amiante entraînent un cancer du poumon, un mésothéliome, un cancer du larynx et un cancer de l’ovaire et une fibrose pulmonaire (asbestose)».

La CAQ sur la sellette

Le Dr Lessard appelle le gouvernement de François Legault à prendre ce dossier au sérieux et à «prendre conscience du risque» que pose l’amiante.

Le porte-parole de M.Legault, Ewan Sauves, a indiqué au Journal que le gouvernement «va prendre le temps d’étudier le dossier». Il assure que «la sécurité et la santé des Québécois son  une priorité» du gouvernement.

Toutefois, pendant la campagne électorale, Isabelle Lecours, élue députée de Lotbinière-Frontenac, a déclaré que le discours «alarmiste» au sujet de l’amiante doit cesser, a rapporté l’hebdomadaire local.

En 2004, les cancers de l’amiante ont entraîné 107 000 décès dans le monde, suite à une exposition professionnelle. Plusieurs milliers de décès peuvent être attribués à d’autres maladies dues à l’amiante et à des expositions hors du lieu de travail, calcule l’OMS.