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Khashoggi, une boucherie absolue

SAUDI-DESERT-OIL-ARAMCO
Photo AFP

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Donald Trump aime les explications simples, les slogans faciles (« Democrats produce mobs, Republicans produce jobs ») et les histoires qui se terminent bien, c’est-à-dire à son avantage. De tomber dans la facilité, on peut difficilement le lui reprocher : ne sommes-nous pas pareils ? Pourquoi se casser la tête si les réponses qu’on nous donne font à peu près l’affaire ?

Le problème avec la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, c’est que la facilité, dans ce cas-ci, n’est bonne pour personne : ni pour Khashoggi, bien sûr, dont le meurtre, toujours inexpliqué, aurait été atroce, ni pour les Saoudiens dont la crédibilité a été réduite en miettes, ni pour le président américain qui s’est fait rouler dans la farine par un allié, de son propre avis, si précieux.

Tard vendredi soir en Arizona, au cours d’une table ronde réunissant des élus et des représentants de l’industrie de la défense, Donald Trump a répété que, de toutes les réactions que pourrait lui inspirer la mort de Khashoggi, la résiliation des contrats militaires signés l’année dernière lors de son séjour en Arabie saoudite n’en fait pas partie.

« Je préférerais que nous n’utilisions pas, comme punition, l’annulation de 110 milliards de dollars de travaux, qui correspondent à 600 000 emplois. » L’image est simple à comprendre : on impose le respect des droits humains, on perd des jobs. Et Trump d’ajouter que les contrats que les États-Unis rejettent, les Russes, les Chinois, les Français ou les Britanniques vont s’empresser de les récupérer.

Théoriquement vrai, mais concrètement irréaliste, voire faux, sauf que pour Trump la démonstration se comprend sans effort : noir ou blanc ; à nous ou à eux.

Le respect ? Quel respect ?

Donald Trump nous la sert souvent celle-là à la Maison-Blanche : les États-Unis sont de nouveau respectés à travers le monde. Pas évident, à voir aller les Nord-Coréens, par exemple, dont le programme nucléaire n’a pas reculé d’un centimètre depuis le fameux sommet de Singapour avec Kim Jong-un.

Pas évident non plus, quand on note qu’aux pressions commerciales américaines, les Européens réagissent en développant d’autres avenues, ailleurs sur la planète.

Enfin, il n’y a qu’à regarder les Russes et les Iraniens en faire à leur tête en Syrie pour conclure que les États-Unis ne leur inspirent rien de bien inquiétant.

Les Saoudiens, depuis dix jours, se montrent tout aussi irrespectueux. En Arizona toujours, le président américain, interrogé à savoir s’il craignait que les dirigeants saoudiens lui aient menti, a répondu avec assurance : « Non, je ne le pense pas du tout. »

Pourtant, il s’est fait servir en une semaine par les Saoudiens « une promesse à aller au fond des choses », « un démenti avec véhémence » et une hypothèse délirante de « rogue killers », de meurtriers voyous et autonomes n’ayant rien à voir avec la famille régnante saoudienne.

Jusqu’à ce qu’ils admettent finalement que Khashoggi est bel et bien mort dans leur consulat d’Istanbul à la suite d’une bavure. Et Trump de considérer leur explication comme crédible... (Soupirs !)

Maudit pétrole !

L’ultime raison qui doit inciter Donald Trump à attendre avec impatience la prochaine crise qui fera oublier celle-ci, c’est qu’il a intensément besoin des Saoudiens ces temps-ci. Obsédée par l’Iran, les sanctions que la Maison-Blanche imposera dans deux semaines sur les acheteurs de pétrole iranien ébranleront les marchés.

Trump a besoin des Saoudiens pour jouer les stabilisateurs, en offrant leur pétrole en compensation.

De plus, le président américain, qui déjà récemment via Twitter s’est plaint du prix trop élevé du pétrole brut, ne veut surtout pas d’une hausse du coût de l’essence à la pompe.

Ce ne serait bon ni pour les Américains à la veille des élections de mi-mandat ni pour lui, le grand négociateur.

Croyez-moi, on doit travailler fort autour de lui pour trouver une punition suffisamment insignifiante pour poursuivre la relation avec les Saoudiens... comme si de rien n’était.

L’arabie saoudite, puits de pétrole de la planète

RÉSERVES DE PÉTROLE CONNUES EN MILLIARDS DE BARILS, 2017

  1. Venezuela | 302,8

  2. Arabie saoudite | 266

  3. Canada | 169,7

  4. Iran | 155,6
  5. Irak | 147

PRODUCTION DE PÉTROLE EN MILLIONS DE TONNES, 2017

  1. États-Unis | 571

  2. Arabie saoudite | 561,7

  3. Russie | 554,4

  4. Canada | 236,3
  5. Iran | 235,9

PRINCIPAUX IMPORTATEURS

  1. Chine | 162 milliards $ US... dont 23,7 milliards de Russie et 20,5 milliards d’Arabie saoudite

  2. États-Unis | 139 milliards $ US... dont 53,3 milliards du Canada et 18,2 milliards de l’Arabie saoudite
  3. Japon | 63,7 milliards $ US... dont 25,6 milliards de l’Arabie saoudite et 15,6 milliards des Émirats arabes unis

  4. Inde | 60,2 milliards $US... dont 11,5 milliards de l’Irak et 10,3 milliards de l’Arabie saoudite

  5. Corée du Sud

  6. Pays-Bas

  7. Allemagne

  8. Italie

  9. Espagne

  10. France