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Quelle vivifiante quête

Les écrivements, Matthieu Simard, Alto, 235 pages, 2018
Photo courtoisie Les écrivements, Matthieu Simard, Alto, 235 pages, 2018

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C’est à une magnifique histoire d’amour que Matthieu Simard nous convie, et ça ne manque pas de surprendre puisque Jeanne a... 81 ans.

Une octogénaire, l’Alzheimer, un passé qui s’efface... Qui croirait que ce sont là les ingrédients d’un roman plein de rebondissements ?

Mais si on y ajoute une adolescente de 15 ans, une virée en duo en Ontario, et une tragédie qui s’est déroulée en Russie il y a 60 ans, le regard change. Avec quel élan on suit Jeanne dans sa quête de Suzor, le grand amour de sa vie !

Les écrivements est le septième roman de Matthieu Simard, à qui l’on doit aussi le populaire Ça sent la coupe, devenu un film. Cette fois, on a envie de dire « ça sent la maturité », tant il réussit à conjuguer humour, drame, douceur, détermination, tristesse et espoir en un seul personnage qui nous raconte son histoire.

Sa Jeanne, si vive d’esprit, n’est décidément pas banale. « La personne la plus debout que l’on puisse connaître ! », comme la décrit l’un de ses proches.

Il y a plus de 60 ans, elle est tombée follement amoureuse d’un garçon croisé par hasard, le beau Suzor. Ils entament une vie à deux et sont entraînés dans une bizarre de mission, dans l’URSS de la guerre froide. On est à l’hiver 1959 et de toutes les manières, l’isolement est grand dans le Nord soviétique.

L’auteur en profite pour plonger le duo dans un drame réel, méconnu ici, mais qui a fait grand bruit en Russie : la mystérieuse disparition de neuf skieurs expérimentés partis en randonnée dans le nord de l’Oural. Leurs cadavres seront découverts quasi dénudés dans la neige, certains arborant des blessures causées par une force inconnue, sans oublier les radiations enregistrées...

À ce jour, l’affaire du col Dyatlov reste irrésolue. Dans le roman, elle est la cause d’un traumatisme majeur chez le jeune couple qui a fait partie de l’expédition ayant trouvé les corps.

Partir pour se retrouver

Suzor et Jeanne rentreront vite à Montréal, mais la sérénité s’est effritée. Des années plus tard, un soir de décembre 1976, Suzor quitte pour de bon la maison. Il ne reviendra plus.

Jeanne décide dès lors de l’oublier. Elle happe même ses souvenirs pour les transcrire dans un carnet : ça les lui enlèvera de la tête ! Des « écrivements », comme, bien plus tard, le résumera une petite voisine quand elle tombera sur le carnet. Une grande amitié se développe entre la vieille et l’enfant, jusqu’à ce que celle-ci déménage.

Elles renoueront au moment où, par hasard, Jeanne apprend que Suzor est atteint de la maladie d’Alzheimer. Quarante ans après son départ, c’est le coup de pouce qu’il lui faut pour partir à sa recherche, et ainsi remonter le cours de sa vie.

Tout cela nous vaut une héroïne aussi formidable qu’improbable, un récit vif et surprenant, une finesse du détail, une profondeur de sentiments. Matthieu Simard nous livre là plus qu’un roman : un cadeau.