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Éloge du péché

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« Dieu est mort », a dit le philosophe en 1883, ajoutant « que le “Surhomme” vive ». Malheureusement pour l’Histoire, le penseur en question, Friedrich Nietzsche (1844-1900), était allemand. Hitler s’est donc permis de transformer la pensée nietzschéenne en nazisme : le Surhomme serait allemand, les autres, des coquerelles.

Les deux Grandes Guerres du 20e siècle ont fait reculer le sentiment religieux en Occident. Comment un Dieu que l’on croyait bon et miséricordieux pouvait-il permettre autant de souffrance et de barbarie ?

Trop longtemps soumis aux diktats d’un catholicisme primitif et d’un Dieu vengeur qui envoyait les bébés mort-nés sans baptême dans les limbes et les méchants brûler en enfer, le Québec a passé la religion à la trappe au tournant des années 1960.

Petite, j’ai cru à l’existence d’une grande horloge en enfer qui rappelait « toujours, jamais, toujours, jamais... » aux damnés qui hurlaient dans les flammes pour l’éternité.

Rien comme la peur du péché pour vous faire marcher les fesses serrées.

Règle d’or

La mort de Dieu a permis au péché, emmerdeur de première classe, de prendre la poudre d’escampette.

Désormais, la notion du Bien et du Mal reposerait sur la Règle d’or : « Traite les autres comme tu voudrais être traité ». Vive l’utilitarisme. L’idée de souillure intérieure qui diminue l’essence humaine à la suite d’une transgression n’existerait plus.

Tant qu’il ne se ferait pas prendre à transgresser la loi des tribunaux — devenue sa plus grande crainte —, l’Homme pourrait dormir tranquille. Sans la crainte du péché et la terreur de l’enfer, la voix de la conscience ne serait plus qu’un bruit de fond.

Le système péché-punition, bonne action-récompense avait ses limites, ses débordements, mais aussi son utilité. Rien de plus efficace pour garder les foules dans le droit chemin.

Un politicien croyant se disait « c’est péché, c’est non » quand on lui offrait un pot-de-vin. Un homme de foi marié refusait les avances de sa voisine aux gros seins en pensant « attention : péché de chair, je ne le ferai pas ». Avant de piquer une colère noire, y a-t-il encore quelqu’un qui s’exclame « arrête, tu vas commettre un des sept péchés capitaux » ?

Selon le pape François, les « préjudices écologiques » sont des « péchés contre la création ». Cela va-t-il motiver quelqu’un à échanger son VUS pour une carte Opus ?

Non, merci

N’ayez crainte, je ne suis pas en train de promouvoir la religion, mais en mettant l’idée de Dieu et ses injonctions, petites et grandes, à la poubelle, comment freine-t-on aujourd’hui l’intimidation, la petite corruption ordinaire, le vandalisme, le mensonge habituel, l’infidélité, l’injure, le parjure, la tricherie et tout ce qui nous « décivilise » ?

Des lois sévères existent pour empêcher les transgressions importantes, mais qui aujourd’hui a peur de la police ? Les Hells, les gangs de rue, la mafia ?

Les gens sont généralement bien intentionnés, mais seraient-ils meilleurs avec un petit diable qui leur piquerait le derrière de sa fourche à chaque tentation ?

Le péché avait ses qualités. Dommage qu’il n’existe pas en version laïque parce que le monde commence à m’inquiéter.