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Montréal, arrive en ville!

Boucar Diouf
Photo courtoisie L’humoriste, chroniqueur et biologiste océanographe Boucar Diouf.

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En lisant mon Devoir, vendredi, j’ai ri.

Réagissant à la nomination de Simon Jolin-Barrette à la tête du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), la cofondatrice de Québec Inclusif, Émilie Nicolas, s’inquiétait que le gouvernement de la CAQ ne soit pas assez ancré à Montréal.

«Le MIDI, peut-être avec le ministère des Finances, est un des seuls basés à Montréal dont la réalité se vit principalement ici. C’est un gouvernement qui n’est pas nécessairement là pour gouverner pour tous les Québécois», expliquait celle qui a longtemps agi au sein du Parti libéral du Québec et qui travaille à l’Institut Broadbent, lequel est issu de la cuisse du NPD.

Ça m’a fait rire, parce que le ministère des Finances, il n’est pas basé à Montréal. Ses bureaux se trouvent à Québec, en face du Château Frontenac, par-dessus le marché. Le ministre des Finances ne dispose tout au plus que d’une suite exécutive dans la métropole, pour faciliter les présences du ministre en circonscription.

Nationalisme montréalais

Entendons-nous bien. Il est loin d’être nécessaire, pour s’exprimer sur la vie politique québécoise, de savoir que les fonctionnaires du ministère des Finances travaillent à partir de Québec. On s’en fout un peu, en fait.

Ce qui est toutefois révélateur dans les propos de Mme Nicolas, c’est qu’ils rappellent ce discours régulièrement entendu selon lequel on ne devrait pas parler d’immigration si on ne trempe pas dans la réalité de la métropole. Qui plus est, cet a priori selon lequel les affaires qui comptent, comme les finances, c’est à Montréal que ça se gère.

Si les tenants du discours se réclamant de l’inclusion à l’égard des immigrants s’intéressent à trouver les sources de leur marginalisation électorale à l’échelle du Québec, ils devraient peut-être s’intéresser à leur propre ignorance de ce qui se passe au nord de la rivière des Prairies.

Ils devraient moins s’en remettre à Alain Giguère, patron d’une firme de sondage en perte rapide de crédibilité, qui publiait récemment un texte dans L’Actualité pour dire que les régions sont un foyer d’intolérance ethnique. Ils devraient plus s’inspirer de Boucar Diouf qui, dans le «trip à trois» de Deux hommes en or, déplore un certain «nationalisme montréalais» qui croit incarner l’ouverture à l’immigration face à des régions qui y seraient fermées.

Regard biaisé

Celles et ceux qui se croient inclusifs, s’ils veulent faire œuvre utile et faire en sorte que soit serein l’avenir d’un Québec dont l’immigration fera nécessairement partie, feraient bien de regarder ailleurs que dans leur nombril, où ils ne verront manifestement jamais rien d’autre que la forme de Montréal.

Quand ils regarderont les régions, ils devront cesser de leur reprocher d’offrir autre chose que des portraits pittoresques à la Pierre Perrault. Ils devront voir Rimouski, qui a permis à Boucar Diouf de devenir docteur en biologie marine et un leader dans la communauté. Ils devront voir Rivière-du-Loup, où Sam Hamad est débarqué depuis la Syrie pour devenir une figure d’avant-plan de la région de Québec.

Ça fera sans doute de la peine aux bien-pensants de l’admettre, mais il y a longtemps que les gens de bonne foi savent que le vivre-ensemble au Québec, ce n’est pas qu’à partir du regard biaisé de Montréal qu’on va le bâtir.

Bref, aux Montréalais qui déplorent la fermeture des régions, nous répondrons que c’est le temps qu’ils arrivent en ville.