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Un policier pourrait aller en prison

L’agent de la Sûreté du Québec a causé la mort d’un enfant lors d’une filature en percutant le véhicule du père

Patrick Ouellet
Photo Martin Alarie Le policier Patrick Ouellet, photographié à son arrivée au palais de justice de Longueuil lundi, devra patienter encore un mois avant de savoir s’il sera condamné à huit mois de prison pour avoir causé la mort de Nicholas Thorne-Belance.

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« Aucune mission policière ne vaut la perte d’une vie humaine », a laissé tomber lundi en pleurant un agent de la Sûreté du Québec, qui risque maintenant la prison pour avoir causé la mort d’un enfant de 5 ans lors d’une filature.

En prononçant ces paroles, le policier Patrick Ouellet s’est tourné vers les proches du petit Nicholas Thorne-Belance, implorant ceux-ci d’accepter ses plus sincères condoléances.

Dans la salle d’audience du palais de justice de Longueuil, tous avaient les larmes aux yeux.

Tant la famille du bambin que celle de l’agent de la Sûreté du Québec (SQ) coupable de conduite dangereuse mortelle pleuraient la perte de l’enfant décrit comme une « étoile filante » au rire contagieux.

Nicholas Thorne-Belance
Photo Martin Alarie
Nicholas Thorne-Belance

Les parties étaient de retour devant la cour lundi pour suggérer au juge Éric Simard d’imposer une peine de huit mois de prison à l’accusé de 34 ans, ainsi qu’une interdiction de conduire d’un an.

« Pas une seule journée ne passe sans que je ne me dise que j’aimerais modifier le cours de cette journée de février, parce qu’elle demeure si triste et douloureuse. [...] Je porterai avec moi cette peine pour toujours », a souligné Ouellet, qui est devenu père de deux filles pendant le processus judiciaire.

UPAC

Le 13 février 2014, le policier participait à une filature pour le compte de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). La cible, l’ex-directeur général du Parti libéral du Québec Robert Parent, avait quitté son domicile de la Rive-Sud plus tôt que prévu.

Pour tenter de le rattraper, l’agent de la SQ roulait à 134 km/h dans une zone résidentielle de Longueuil, où la limite est fixée à 50 km/h.

Vers 7 h 50, il a heurté de plein fouet la voiture de Mike Jude Belance, qui effectuait un virage à gauche pour aller reconduire son fils à la garderie.

Sa belle-fille de 13 ans, Dalia Thorne-Joseph, se trouvait également dans le véhicule.

« Plus qu’un frère »

« Pour moi, Nicholas était plus que juste un frère. Même avec une grande différence d’âge de huit ans, nous étions très proches et nous avions ce lien frère-sœur impossible à briser, du moins je croyais », a témoigné lundi la jeune femme maintenant âgée de 18 ans.

Le bambin de 5 ans a succombé à ses importantes blessures à la tête quelques jours après la collision.

« Ça a été un complet cauchemar pour moi. Aucune mère ne devrait avoir à enterrer son fils à un si jeune âge », a dit en larmes Stéphanie Thorne à la cour.

Stéphanie Thorne<br>
<i>Mère de la victime</i>
Photo Martin Alarie
Stéphanie Thorne
Mère de la victime

Accusé en mai 2015 de conduite dangereuse ayant causé la mort, Ouellet a été déclaré coupable l’été dernier. Il sera automatiquement destitué de la Sûreté du Québec, à moins que la Cour d’appel renverse le verdict ultérieurement.

Pour le moment, l’homme de 34 ans réoriente sa carrière en suivant un cours pour devenir frigoriste.


► Patrick Ouellet connaîtra sa peine en novembre.

Ce qu’ils ont dit

« Tout ce dont je me souviens, c’est m’être agenouillée [auprès de mon fils] et lui avoir murmuré : “maman est là Nikki, je t’aime bébé, j’ai besoin que tu sois fort pour maman. Tu vas t’en sortir.” »

– Stéphanie Thorne, mère de Nicholas Thorne-Belance

« Pour moi, Nicholas est et sera toujours plus qu’une part de mon histoire. Il est la lumière et je me battrai pour la conserver quand les temps seront durs. »

– Dalia Thorne-Joseph, sœur aînée de Nicholas Thorne-Belance

« Cette journée, qui hante ma vie depuis plus de quatre années et demie, a entraîné une remise en question sur mes valeurs et le sens de la vie. »

– Patrick Ouellet, policier coupable de conduite dangereuse

« Nous avons prié tous les soirs, lorsque le petit était dans un état critique, pour que sa vie soit épargnée. Comment faire pour trouver un sens à une telle tragédie ? »

– Laurence Cervant, épouse de Patrick Ouellet, dans une lettre lue à la cour