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[AUDIO] 24 citations de l’ex-directeur des relations avec les médias de Philippe Couillard qui fait un post mortem sur sa carrière

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Moins d’un mois après la défaite électorale de son parti, l’ex-directeur des relations avec les médias du premier ministre Philippe Couillard, Charles Robert, a eu l’occasion de parler de son travail au micro de QUB radio.

«Celui qui disait à Philippe Couillard quoi dire» s’est entretenu notamment avec l’animateur Jonathan Trudeau de ses relations avec les journalistes et chroniqueurs, de comment il a composé avec la transformation des médias et comment il gérait les crises.

Voici un condensé de l’entrevue en 24 citations :

1.«Ça va bien, ça va bien. Je dirais que c’est un peu fascinant l’environnement postélectoral parce qu’évidemment, tu sais ce que je faisais dans la vie, on a perdu l’élection le 1er octobre puis évidemment j’ai décidé d’aller faire autre chose que de la politique, en tout cas, assurément pour les prochains mois.»

2. «Je me retrouve dans un espèce de no man's land bien bien fascinant. Un: je dors, je vais au restaurant, j’écoute des séries télé, je lis des livres, je fais plein de choses que je n’avais pas le temps de faire quand j’occupais les fonctions que j’occupais pour Monsieur Couillard.»

3. «Je dirais que je suis dans les premières étapes de mon sevrage si on veut. Là je profite du bon temps. Ma blonde est contente parce que je suis à la maison. Je pense que dans deux semaines elle va être écoeurée que je sois à la maison, mais en ce moment, elle est contente. On en profite pour faire le plein d’événements qu’on ne faisait jamais. On surconsomme des restaurants, on prend du bon temps, on fait du rattrapage de séries télé donc en ce moment, je te dirais que je ne le ressens pas encore (le manque d’adrénaline), mais je sens que je vais l’avoir un moment donné parce que j’ai le tic de regarder mon téléphone et il n’y a rien qui entre.»

4.«Pour ceux qui ont fait ce travail-là, vous savez que la journée commence bien de bonne heure. Moi, dès 5h du matin, j’avais les recherchistes fatigants que j’apprécie, mais fatigants quand même, qui décident de booker leur show du matin en te parlant de nouvelles que tu n’as même pas lues encore. Ça, je ne m’ennuie pas de ça dans le moment.»

Photo Simon Clark

5. «J’étais tellement pris que là je suis content. Je me sens un peu délivré d’un carcan. Mais je te dis ça... disons qu’on aurait cette conversation-là en janvier et je ne te dirais peut-être pas la même affaire.»

6. «Il y a plein de membres du cabinet qui sont des incontournables dans des zones très névralgiques du gouvernement, alors est-ce que je faisais partie de cette gang-là? Oui, sûrement, mais je ne peux pas dire qu’on ne se partageait pas la pression. On était un peu comme Rock et Belles Oreilles.»

7. «Moi j’ai été chanceux en ce sens que j’ai vécu la mutation des médias. Moi, quand je suis entré en 2008, j’ai fait de 2008 à 2018 dans le fond. J’ai clanché 10 ans et j’ai vu les médias se transformer littéralement.»

8. «Évidemment, les médias sociaux sont devenus des incontournables de la communication politique. Les chroniqueurs, l’émergence de chroniques a changé un peu le visage du spin politique. [...] Un moment donné ç’a éclaté. On a vu [...] les pages se remplir de chroniques et c’est devenu plus difficile pour des gars comme moi parce que quand on était en gestion de crise, que le mur est fissuré et que ça pète de partout, un moment donné ce qu’on avait à faire c’est qu’on essayait d’isoler les chroniqueurs.»

Photo Simon Clark

9. «(Avant) j’étais capable de me les clancher (les chroniqueurs) à peu près tous en une journée alors qu’aujourd’hui, quand ça pète, le feu pogne et c’est comme un feu de broussaille et à un moment donné tu perds le contrôle de l’événement, parce que même moi, seul, je n’avais même plus le temps d’être capable de parler à toi, parler à Sébastien Bovet à Radio-Canada, à parler à un autre chez Québecor [...] en plus du spin qui s’emballe sur les médias sociaux...»

10. «Je ne veux pas revenir sur l’épisode du 75$ pendant la campagne électorale, mais tsé, ça c’est un bel exemple de gestion de crise où là, littéralement, ça s’est enflammé. Surtout en campagne électorale, c’est exposant mille. Là tout d’un coup, ça se met à décoller et tu deviens spectateur de l’événement.»

11. «Quand tu commences à espérer que ça ne décolle pas, il y a des maudites chances que ça parte. Quand tu regardes l’événement objectivement tu te dis: “Mon Dieu, faites qu’il ne l’ait pas vu”. Est-ce qu’on baisse la tête et on essaie de laisser passer la balle? 90% du temps, ça ne marche pas.»

12. «Un moment donné, on a tous notre travail à faire. Les journalistes ont leur travail à faire, le PR du bureau du premier ministre a le sien et c’est vrai pour tous les autres PR de ministres et à un moment donné, il faut accepter la valeur de la nouvelle. [...] À un moment donné, une mauvaise nouvelle, c’est une mauvaise nouvelle. Si le gouvernement se fait pogner à faire quelque chose [...] pis que ça devient un texte de nouvelle, il faut le commenter et même si la nouvelle ne fait pas notre bonheur on ne peut pas nier qu’elle est vraie. Alors à ce moment-là, notre job, c’est d’apporter les nuances appropriées et ce n’est pas la volonté du journaliste, je pense, de tapocher gratuitement le gouvernement ou un parti politique.»

Photo Simon Clark

13. «On ne peut pas faire semblant que la nouvelle est 100% objective. À un moment donné, chaque personne, je pense, écrit dans son propre prisme idéologique. On ne peut pas faire semblant que ça ne teinte pas. Par contre, si la nouvelle est factuelle, vraie et que ç’a été fait néanmoins de façon rigoureuse, moi je ne peux pas aller tapocher un journaliste.»

14. «Là où la frustration peut devenir envahissante, c’est dans le texte d’opinion et il n’y a rien qu’on puisse faire. À un moment donné, le chroniqueur développe sa propre opinion et si elle est a contrario de la tienne c’est be my guest mon homme.»

15. «Il y a des chroniqueurs avec qui j’avais des contacts bien moins soutenus parce qu’ils sont idéologiquement tellement à l’autre bout de mon spectre que ça ne sert à rien d’avoir des contacts. Mais reste que dans l’ensemble, je pense que les chroniqueurs savent que j’ai toujours été ouvert à la discussion même si on était à chaque bout d’un spectre idéologique.»

16. «Quand je fais le post mortem de tout ça, j’ai l’impression que les chroniqueurs et les éditorialistes étaient capables de compter sur une bonne oreille au bureau du premier ministre et un bon niveau de discussions aussi.»

Photo Simon Clark

 

17. «Ronald Poupart, qui était une légende au Parti libéral du Québec, qui a occupé mes fonctions longtemps auprès de Monsieur Bourassa m’avait tout le temps dit: “Ne mens jamais à un journaliste, ostie!” Ça, c’est la première affaire qu’il m’a dite.»

18. «On ne peut pas tout dire. Si je ne peux pas dire quelque chose, je ne le dis pas, mais je le dis que je ne peux pas le dire.»

19. «Il faut faire attention avec la notion de subjectivité de la vérité parce qu’à un moment donné, le journaliste n’est pas niaiseux. Il sait bien que toi, ta job, c’est d’essayer de lui faire boire de ton Kool Aid. Toi, tu as une job à faire, c’est de vendre effectivement, de donner le bon angle à une politique publique alors lui, le journaliste est toujours sceptique. Quand il décide d’avoir une conversation avec toi, sur peu importe ce que le gouvernement fait, lui, il sait que toi tu es là pour bien faire paraître le gouvernement, alors tu pars avec une notion de scepticisme.»

20. «Mais il faut qu’il (le journaliste) ait l’impression, et c’est ça qui est fondamental, c’est que toi tu y crois à ce que tu dis, alors tu deviens de plus en plus convainquant. Alors moi, quand j’ai beaucoup insisté par exemple sur des politiques publiques auprès des chroniqueurs et éditorialistes, c’est parce que j’y croyais moi-même.»

Photo Simon Clark

21. «Moi, j’ai toujours pensé que tu ne peux pas vendre ce en quoi tu ne crois pas. Alors, si je décide d’aller à la guerre pour réparer et faire du damage control sur un élément qui est sorti dans l’actualité, bien il faut que tu sois convaincu. Si t’es pas convaincu, tu n’es pas convaincant.»

22. «Souvent, quand ça pète dans les médias, tu te lèves le matin, il y a un front de merde dans le journal et là tu le sais que ça va partir de tout bord tout côté et souvent, la nouvelle quand elle sort, elle est bien empreinte de préjugés. Là, tu écoutes les émissions d’affaires publiques qui passent dans la matinée et là, tout d’un coup, les chroniqueurs et tout le monde est un peu mêlé. [...] Au fil de la journée, ce que tu t’aperçois c’est que certaines nuances commencent à s’inscrire dans le débat public. Ça, c’était ma job à moi d’essayer, tranquillement pas vite [...] d’arriver au show de 18h00 par exemple et tout d’un coup la nouvelle s’est transformée et là, tout d’un coup, la nouvelle devient un débat beaucoup plus nuancé qu’elle ne l’était le matin.»

23. «C’est une notion bien arbitraire que de sauver une journée. Moi, je ne me rappelle pas, pendant toutes les années pendant lesquelles j’ai fait cette job-là, de dire: “J’ai sauvé la journée”. On a pogné une nouvelle et finalement à la fin de la journée, c’était de la bullshit. En fait, c’est arrivé qu’une fois ou deux que la nouvelle qui est sortie le matin [...] on s’aperçoit qu’elle est juste pas vraie et là, tout d’un coup, à midi tout était désamorcé. Ça n’arrive jamais!»

24. «Je suis dans un mode de prendre des longues vacances. Je te dirais que je ne prendrai pas de décision quant à la suite à donner à ma carrière au moins avant janvier. En ce moment, je me la coule douce!»