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L’échec annoncé de Rendez-vous santé Québec

L’échec annoncé de Rendez-vous santé Québec
Photo d'archives

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C’est toujours fâchant quand le gouvernement se plante et qu’on ramasse la facture. Ça l’est plus encore quand c’était facile à prévoir.

Il y a un an et demi, le ministère de la Santé lançait Rendez-vous santé Québec, un site web permettant de prendre des rendez-vous avec un médecin. Ce service était pourtant offert par un entrepreneur depuis 2009. Voyant que l’État dormait au gaz depuis des années en ce qui a trait à l’utilisation des nouvelles technologies, Bonjour-santé, une entreprise basée à Boucherville, avait en effet créé un service qui est aujourd’hui apprécié tant par les médecins que les patients, et qui contribue à réduire le temps d’attente en clinique pour tout le monde.

Ce service est gratuit si un médecin de votre clinique habituelle est disponible. Sinon, Bonjour-santé demande 17,25 $ pour vous mettre en contact avec un médecin dans la région, une somme que bien des patients sont heureux de payer et qui leur évite de poireauter pendant des heures à la clinique sans rendez-vous ou à l’urgence. Les médecins, eux, voient les trous dans leur horaire se remplir sans effort.

Bref, ça fonctionne super bien, il n’y a pas de problème, mais vous pouvez compter sur notre gouvernement pour en trouver un et donner de la misère à un entrepreneur qui a aidé des millions de Québécois. Bonjour-santé méritait des félicitations, et non de se faire poursuivre et exproprier avec notre argent. J’en ai déjà parlé plus longuement ici.

Le coût de réinventer la roue

Au lieu de chercher à redécouvrir le feu et réinventer la roue, l’État n’avait qu’à utiliser les services de Bonjour-santé, qui est déjà implantée dans 380 cliniques et compte 2,5 millions d’utilisateurs par année. L’entreprise avait d’ailleurs offert ses services au gouvernement pour lui éviter d’avoir à bâtir sa propre plateforme. Mais en santé comme en bien d’autres domaines, l’État a la fâcheuse habitude de freiner l’innovation et d’étouffer la concurrence en tentant de tout contrôler. Après ça, on s’étonnera du fait que l’attente aux urgences est à peu près au même point qu’il y a quarante ans...

La suite était prévisible. On apprend cette semaine qu’un an et demi après son lancement, Rendez-vous santé Québec, qui est censé être « pleinement fonctionnel », n’est utilisé que par une trentaine de cliniques, en raison de bogues importants.

Ses coûts de mise en œuvre ont bien sûr explosé. Les dépenses additionnelles de quelques millions peuvent apparaître modestes en regard des milliards que Québec dépense chaque année en santé, mais ça reste de l’argent jeté par les fenêtres. Et ça ne démontre pas, une fois de plus, une grande compétence de la part de nos décideurs publics.

Mieux soigner grâce à l’entrepreneuriat

Bonjour-Santé est un beau succès entrepreneurial, où une entreprise a résolu un problème en fournissant ce qui peut être décrit comme un nouveau service public.

Mais Québec, percevant ce succès comme une intrusion d’une « méchante » entreprise privée dans son « gentil » système de santé public, décide finalement d’intervenir là où le marché avait déjà répondu à un besoin. Du coup, cela augmente les coûts pour les contribuables tout en rayant une partie de la valeur de l’investissement d’un entrepreneur. Il s’agit d’une intervention coûteuse et nuisible à plusieurs titres, et qui en plus n’aide aucun patient.

Il est à souhaiter que le changement de garde au gouvernement et au ministère de la Santé apporte une nouvelle façon de percevoir le rôle de nos entrepreneurs en santé. Le secteur privé joue déjà un rôle important au sein du système de santé au Québec (étrangement, c’est la partie qui fonctionne plutôt bien...) et il peut en faire encore plus. L’expérience européenne, notamment, montre que l’entrepreneuriat peut rendre un système de santé plus performant, tout en maintenant un accès universel aux soins. Et les Québécois, tannés d’attendre, sont plus qu’ouverts à une telle proposition.

Les guéguerres partisanes ou politiques n’aident pas les patients. Seulement les bonnes politiques publiques, axées sur les résultats. En santé, en particulier, il est grand temps qu’on s’y mette.

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