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C’est les soins de santé, stupide!

Senators Debate Health Care Bill On Capitol Hill
AFP

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Malgré tous les efforts de Donald Trump et des républicains pour dévier l’attention vers l’immigration illégale et d’autres épouvantails du genre, la préoccupation principale des électeurs américains aux élections de mi-mandat est la santé et dans ce domaine, ce sont les démocrates qui ont l’avantage.

Tout le monde se souvient du leitmotiv qui avait mené Bill Clinton à la victoire en 1992: «It’s the economy, stupid!». Cette année-là, l’économie américaine traversait une période difficile et c’est normalement dans ce genre de situations que les présidents en exercice sont le plus susceptibles  de perdre des plumes. Que faire en 2018, alors que l’économie américaine surchauffe? Il faut mettre l’accent sur un autre enjeu qui préoccupe les gens. Cet enjeu, les démocrates l’ont bien identifié, c’est la santé.

En effet, selon un sondage récent de la fondation Kaiser, quand on demande aux électeurs d’identifier parmi une liste les enjeux «très importants» pour leur vote, la santé est mentionnée par 71% des répondants, contre 64% pour l’économie ou l’emploi, en deuxième place. Pour 30%, la santé est l’enjeu le plus important, contre 21% qui nomment l’économie. Presque toutes les publicités des démocrates font une place d’honneur à la santé, bien plus qu’elles ne cherchent à exploiter l’impopularité du président Trump.

Des préoccupations multiples

Pour les plus démunis, l’accès aux programmes publics (Medicaid) est essentiel et l’expansion de ces programmes par la loi de 2010 a été menacée par les républicains. Pour les gens de la classe moyenne, même si l’économie va bien, la plupart des nouveaux emplois n’offrent pas assez d’avantages sociaux pour garantir une couverture adéquate contre les conséquences financièrement catastrophiques d’une maladie grave. Depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2010 (Obamacare), de très nombreuses personnes qui ne pouvaient pas auparavant obtenir d’assurance pour des conditions préexistantes ont pu bénéficier d’assurance santé, mais les pressions des républicains menacent cet accès. Finalement, de nombreuses personnes âgées craignent que le financement insuffisant des programmes d’assurance universelle pour les aînés (Medicare) les prive de la couverture dont ils ont un besoin immédiat ou anticipé.

Obamacare enfin populaire

Obamacare, la réforme de 2010 que les républicains ont tenté d’abroger inlassablement depuis son adoption, fournit des solutions partielles à chacun de ces problèmes. Même si l’opinion publique a pris du temps à apprécier les avantages de cette réforme, la majorité des Américains est aujourd’hui favorable à son maintien.

Figure 1. Approbation de la loi sur la santé Obamacare, 2010-2018 (Real Clear Politics)

Blogue 2018 10 25 No 1

Dans un sondage récent de Fox News, Obamacare obtient la plus haute cote d’approbation de tous les items proposés. Ce sondage identifie aussi la santé comme l’enjeu principal de l’élection. Parmi les répondants, 53% se disent favorables à Obamacare. C'est plus que pour le Parti démocrate (49%), le mouvement Me Too (48%), Donald Trump (44%), le Parti républicain (44%) et la réforme fiscale de 2017 (44%). Plus important encore, quand on demande aux gens leur degré d’inquiétude face à certains enjeux, 65% affirment être extrêmement préoccupés par la disponibilité d’une couverture santé à coût abordable (22% très préoccupés), 61% sont extrêmement préoccupés par la perte de couverture d’assurance, 62% sont extrêmement préoccupés par la possibilité pour les compagnies d’assurance de refuser d’assurer une personne qui a une condition préexistante. Ces trois enjeux sont bien sûr au cœur de la loi sur la santé Obamacare que les républicains continuent de chercher à démanteler.

Des promesses et des mensonges

En réponse à ces préoccupations majeures de l’électorat, les républicains ont tenté de rajuster le tir en professant leur appui aux principaux principes de la loi de 2010, en particulier l’accès aux assurances pour les personnes qui ont des conditions préexistantes. Par exemple, dans un tweet publié mercredi, Donald Trump affirmait que seul son parti pourrait garantir une couverture d’assurance aux personnes ayant des conditions préexistantes, ce qui est totalement contraire à la vérité.

Trump répète ce mensonge énorme constamment. Comme chacun sait, Donald Trump a tout fait depuis le début de son mandat pour affaiblir ou abroger les dispositions de la loi qui assurent ces protections, sans y parvenir tout à fait.

Cette promesse de protéger les gens qui ont des conditions préexistantes a également été faite par de nombreux républicains, dont le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, et les candidats au Sénat en Virginie occidentale, Patrick Morrissey, et au Missouri, Josh Hawley. Plus récemment, un groupe de 30 gouvernements d’États républicains ont déposé une poursuite en Cour suprême conjointement avec les grandes compagnies d’assurance pour faire déclarer inconstitutionnelle la partie de la loi Obamacare qui empêche les compagnies de refuser des clients sur la base de conditions préexistantes. En tête de liste des signataires de cette poursuite, il y a le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, et les Attorney General des deux autres États, nommés ci-dessus.

En novembre 2010, c’est en bonne partie l’impopularité de la réforme de la santé adoptée quelques mois plus tôt qui avait précipité le renversement de la majorité des démocrates à la Chambre des représentants. En novembre 2018, si les démocrates parviennent à reprendre le contrôle de la Chambre, ce qui demeure probable (voir ici), ce sera en bonne partie grâce à la popularité de cette loi, l’une des seules initiatives politiques majeures de Barack Obama que Donald Trump n’est pas parvenu à démanteler. On le saura dans moins de deux semaines..

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM