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«J.E.»: dans l'enfer de la cyberdépendance

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«C'était l'enfer dans la maison. La vaisselle partout, les vidanges, même mon hygiène personnelle, c’était le moins souvent possible. Tout pour ne pas me lever». Guillaume a été cyberdépendant pendant plus de 15 ans.

Grâce à une thérapie, il a réussi à s'en sortir. L’équipe de l’émission «J.E.» a voulu savoir comment la cyberdépendance, reconnue désormais comme une véritable pathologie, se soigne.

Au Québec, près d'un adolescent sur cinq admet perdre le contrôle de sa consommation d'internet.

L’équipe de «J.E.» a eu un accès privilégié à une cure de désintoxication du virtuel avec des jeunes âgés entre 12 et 17 ans.

Le centre le Grand Chemin offre une thérapie fermée de huit semaines afin d'aider les adolescents qui n'arrivent plus à décrocher de leurs écrans.

«J.E.» a pu accompagner deux jeunes dans leur cheminement. Maryann et Alexis se livrent sans filtre et avec une grande lucidité sur leur problème de cyberdépendance.

«Mon cellulaire, c'était toute ma vie! C'était mon meilleur ami, une rallonge de moi. Je n’étais jamais seule si j'étais sur les réseaux sociaux», confie Maryann.

Marianne collectionnait les clics. Elle essayait de provoquer son public virtuel en publiant toutes sortes de photos d'elle.

«Ça pouvait être des photos explicites, dans le but d'attirer les regards pour me sentir moins seule et combler le sentiment de solitude. Je pensais que c'était du monde qui m’appréciait, mais en fait je ne les connais pas et jamais je ne vais les voir dans ma vie», ajoute l’adolescente.

La mère de Maryann se sentait complètement démunie face aux comportements de sa fille. «Quand on voit nos enfants les yeux rivés sur leurs écrans, toute la journée on ne sait plus quoi faire», raconte la maman de Maryann.

La thérapie offerte par le centre le Grand Chemin mise sur le retour de saines habitudes de vie. «Les jeunes doivent retrouver une routine, une vie sociale, se fixer des objectifs», explique Annie Marcotte, coordonnatrice centre Le Grand Chemin.

«Retourner à l'école aussi, c'est important. Le partage des expériences de vie entre les jeunes est aussi important», ajoute Mme Marcotte.

Alexis a vécu de l'intimidation au primaire. Les jeux vidéo lui permettaient de s'évader et même de se sentir plus fort.

«C'est comme si tu oubliais tout autour de toi. Moi, je ne passais plus de temps avec ma famille. Mon frère a fini par me dire que c'est comme si j'étais mort pour lui», lance Alexis.

«Quand tu es dépendant à quelque chose, c'est tellement difficile de devoir lâcher ça. C'est comme si on te disait : ''Je vais te couper un bras et tu dois vivre avec!'' C'est comme si on coupe une partie de moi. Même si c'est juste électronique, peu importe. Pour moi ça reste une maladie, c'est comme l'alcoolisme ou la toxicomanie, mais c'est plus récent», ajoute Alexis.

Les adolescents qui souffrent de cyberdépendance peuvent y consacrer de 40 à 60 heures par semaine.

«Ça doit impliquer une obsession, une compulsion et des conséquences aussi sur le reste de la vie, l'école, les amis, moins de contacts avec le monde réel», explique Magali Dufour, première chercheuse au Québec à avoir dressé un portrait de la situation chez les jeunes du Québec.

«L'utilisation du numérique stimule la production de dopamine, une hormone euphorisante et c'est ce que recherchent les accros à Internet qui en demande toujours de plus en plus», conclut-elle.