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Make Québec great again! Texte d'épouvante

Make Québec great again! Texte d'épouvante
illustration: Marjorie Champagne

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Make Québec great again!

Ramenons ce Québec du petit peuple dominé politiquement et économiquement par l’ennemi anglais. Il sera ainsi plus facile d’obtenir un oui au prochain référendum...
 
Mieux! Créons un nouvel ennemi, un nouvel «autre» afin que la menace se fasse bien sentir, car lorsque la peur nous prend aux tripes, tel un escargot, on se referme, et on se replie sous notre coquille.
 
Make Québec great again!
 
Ramenez ce petit peuple à genou qui obéissait au doigt et à l’oeil au curé. Le crucifix à l’Assemblée nationale est une valeur sûre, ne l’oublions pas!
 
Cette croix, installée par Duplessis, grand gourou du Québec, nous permet de nous rassembler autour d’une cause commune, celle du peuple québécois, blanc, français, catholique.
 
Comme il est rassurant de pouvoir se définir en tant que société distincte!
 
Je suis, car tu n’es pas.
 
Ne les laissez surtout pas entrer dans notre carapace fleur de lysée! Nous sommes déjà menacés.
 
Make Québec great again!
 
Retournons dans les campagnes, là où il faisait bon vivre à faire les foins, traire la vache et cuisiner la pomme.
 
La métropole est sale, pleine de nouvelles idées qui font peur! Pleine d’étrangers et de refus global.
 
Dans certains milieux, on oublierait même l’idée selon laquelle un homme est un homme et une femme, une femme...Sacrilège, sorcellerie!
 
Les régions c’est bon, la ville, non. Parlons du Plateau-Mont-Royal comme d’un microcosme incompréhensible et du mystère Québec.
 
Divisons pour mieux régner.
 
Make Québec great again!
 
Éteignons nos postes de radio, nos journaux et notre télé. Surtout les généralistes!
 
Les journalistes, les intellectuels, les artistes et les scientifiques (surtout ceux qui s’expriment sur le climat, eux il ne faut pas les écouter!) perturbent notre économie avec leurs messages écolos!
 
Ils ne comprennent pas le réel danger qui nous guette: notre identité est menacée.
 
Les journalistes sont des vendus. Fions-nous plutôt à notre ami qui diffuse des nouvelles différentes sur Facebook. Des histoires qui prennent droit au coeur, qui donne le goût de pleurer ou qui font peur.
 
Les émotions, y’a que ça de vrai! Vive le populisme!
 
Stop making Québec great again. Québec is great!
 
Oui, le Québec est déjà grand.
 
Le Québec, pendant la révolution tranquille, s’est émancipé de ses opresseurs, soit la religion et «les anglophones».
 
Certaines personnes tentent de nous faire croire le contraire en brandissant la menace de l’extinction de notre chère souche.
 
Replions-nous, disent-ils, limitons l’entrée des étrangers, et surtout, refermons nos frontières québécoises qui sont si fragiles. Si ça continue, on va perdre notre français, disent-ils.
 
C'est fascinant de constater à quel point la peur de l’autre motive une certaine frange de souverainistes.
 
Les anglais ne sont plus nos patrons comme autrefois. Nous avons gagné notre pouvoir économique. Nous sommes émancipés, nous sommes déjà grands.
 
Parlons bilingue, trilingue, quadrilingue, comprenons-nous, respectons-nous dans nos singularités.
 
Reste maintenant à rapatrier complètement le pouvoir politique, et c’est là l’une des raisons valable pour faire l’indépendance. Pas par peur de l’autre.
 
Et s’il y a un seul et véritable ennemi à abattre, c’est le capitalisme sauvage.
 
Ça y est je l’ai dit. CA-PI-TA-LI-SME. In capital letters my friends!
 
S’il faut faire l’indépendance pour accélérer notre sortie du néolibéralisme, je suis prête.
 
S’il faut devenir souverainiste pour éliminer le pouvoir toujours grandissant des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), je dis oui.
 
S’il faut se séparer du Canada pour établir notre propre politique au sujet des Netflix, Spotify et autres qui bouffent notre culture et qui se fait de l’argent sur notre dos, je dis oui.
 
S’il faut se séparer du Canada pour offrir de meilleures conditions de vie aux peuples des Premières nations, je dis oui.
 
S’il faut se séparer du Canada pour oublier les pipelines et la vente d’armes en Arabie saoudite, je dis oui.
 
Pendant qu’on rejette la faute sur l’immigrant, la femme voilée ou «les anglais», de richissimes personnages nous regardent du haut de leur tour d’ivoire en pensant que c’est bien de nous voir ainsi divisés.
 
Pendant ce temps, ils sont tranquilles et ils ont tout le loisir de réfléchir à comment faire pour s’enrichir encore plus, et ce à nos dépens.
 
Québec is great, together. Ensemble, nous sommes beaux, grands et forts.
 
Vigneault dit: «J’ai planté un chêne au bout de mon champ».
 
Les racines de cet arbre déjà très solide sont multiples, et les branches qui le constitue doivent aussi se nourrir ailleurs, dans d'autres terres, afin d’en former de nouvelles.
 
Cet arbre change et grandit, notre peuple aussi. Arrêtons d’avoir peur.