/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Marie-Eve DoyonCA_Stéphane Lessard

Le nouveau gouvernement : au-delà des contradictions et des faux-pas

Le nouveau gouvernement : au-delà des contradictions et des faux-pas

Coup d'oeil sur cet article

La députée caquiste réélue Nathalie Roy a parlé d’une « équipe du tonnerre » le soir du 1er octobre lorsque son parti a pris le pouvoir. Plus d’une semaine après la formation du Conseil des ministres de François Legault, nous sommes toutefois loin des René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie, Georges-Émile Lapalme et autres qui ont formé l’équipe ministérielle de Jean Lesage aux lendemains des élections de 1960, celle à qui on attribue plus justement le qualificatif « du tonnerre ».

Les premiers pas du nouveau gouvernement caquiste n’ont pas été faciles.

Des ministres contredits par le Chef, d’autres qui voient des portraits peu flatteurs de leur récent passé ressortir dans les médias, pendant que leur consœur à l’Environnement apprend à la dure qu’un « scrum » avec les journalistes est loin d’être une partie de plaisir.

Contradictions et faux-pas

Depuis une semaine, il y a eu les épisodes où le Premier ministre (PM) a dû recadrer le message, allant même jusqu’à contredire ses ministres.

Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, qui se dit ouvert à l’exploration des hydrocarbures sur l’Île d’Anticosti; le PM qui ferme tout de suite après la porte à double-tour.

Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (oui, oui de l’inclusion) qui veut interdire le tchador à tous les fonctionnaires; la même journée, son Chef précise que ce n’est pas une priorité pour son gouvernement.

Il y a eu aussi quelques faux-pas.

À peine élue, la députée de Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, affirme que les enseignantes qui refuseront de retirer leur signe religieux seront congédiées. Quelques jours plus tard, son confrère Jolin-Barrette nuançait, se montrant même ouvert à une clause dans son futur projet de loi permettant aux enseignantes déjà en poste de conserver leur signe religieux.

Dans le dossier du cannabis, c’est Sonia Lebel, ministre de la Justice, qui devait s’occuper des changements que la CAQ veut apporter à la loi. Le lendemain, c’est le ministre délégué aux Services sociaux, Lionel Carmant, qui s’en chargera dit le PM.

Y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée, dirait mon père.

Si c’est pour le mieux, je n’ai rien contre. Mais ça soulève des doutes sur la fameuse « cohérence » dont nous parlait François Legault le lendemain de son élection.

Des passés questionnables

Mais d’autres nouvelles m’inquiètent davantage quand on pense aux nouveaux ministres du gouvernement Legault.

Comme le passé récent du nouveau ministre du Travail, Jean Boulet.

Celui-ci a été le principal négociateur patronal lors d’un des plus longs conflits de travail au Québec ces dernières années, chez Delastek en Mauricie. Ce conflit a duré un peu moins de trois ans. 1075 jours précisément, pendant lesquelles la compagnie a été reconnue coupable d’avoir congédié illégalement 20 travailleurs, utilisé des briseurs de grèves et ne pas avoir négocié de bonne foi.

Le passé de gestionnaire de la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, a de quoi également soulever des questions.

À titre de dirigeante du CSSS du Sud-Ouest-Verdun à Montréal en 2011, celle-ci a été l’une des premières gestionnaires à introduire dans le réseau public de santé et de services sociaux la méthode Lean, contestée largement par celles et ceux qui rendent les services à la population.

La nouvelle ministre a d’ailleurs été blâmée à cette époque pour avoir accordé de gré à gré un contrat d’une valeur de 466 350$ à la firme Proaction, chargée d’implanter cette méthode, alors que la loi l’obligeait à aller en appel d’offres parce que c’était un contrat de plus de 100 000$.

Notons aussi que la cour a reconnu, à la faveur de l’APTS et de son syndicat du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal en 2017, que la méthode de gestion Lean causait une surcharge de travail et une détresse morale et psychologique pour les travailleuses et les travailleurs, les forçant même à aller à l'encontre de leur code de déontologie.

Difficile de faire pire

« L’équipe du tonnerre » de Jean Lesage a initié la Révolution tranquille au Québec dans les années 1960. René Lévesque a nationalisé l’électricité. Paul Gérin-Lajoie a démocratisé l’éducation. Georges-Émile Lapalme a créé le ministère de la Culture.

Même en étant patient, je ne pense pas retrouver cette vision de grandeur avec le gouvernement Legault.

Au-delà des contradictions et des faux-pas de la première semaine, il reste la « philosophie » de la CAQ qui voit l’État comme une grosse « business » à gérer. Qui voit les citoyen-ne-s ayant besoin des services publics et des programmes sociaux comme des « clients » (si au moins le client avait toujours raison...). Et qui va bientôt demander aux travailleuses et aux travailleurs de la fonction publique de « faire plus avec moins » (comme si le citron n’avait pas déjà été pressé au maximum au cours des dernières décennies).

Ce n’est que le début me direz-vous en m’invitant à la patience.

Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire que le passé est garant de l’avenir bien souvent. Et avec à la tête du gouvernement un ex-chef d’entreprise peu fiable, selon d’ex-collaborateurs, et qui a quitté sans avertissement Air Transat, la compagnie d’aviation qu’il avait lui-même fondée, faisant plonger son action de 13$ à 4$, je m'inquiète des quatres années qui nous attendent.

Une chose est certaine : si j’étais François Legault, je m’attarderais à réduire les attentes. Mais après un départ pour le moins chaotique, il sera difficile de faire pire. À moins que...