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Le rire de rage des Franco-Ontariens

Illustration tirée de la page Facebook de l'Association canadienne-française de l'Ontario Stormont Dundas Glengarry. L'image a été créée par l'illustrateur franco-ontarien Marc Keelan-Bishop.
Illustration tirée de la page Facebook de l'Association canadienne-française de l'Ontario Stormont Dundas Glengarry. L'image a été créée par l'illustrateur franco-ontarien Marc Keelan-Bishop.

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Il y a moins d'un mois, j'étais à Toronto au congrès annuel de l’Assemblée de la Francophonie de l’Ontario.

Qu’est-ce que je faisais là ? J'étais en immersion en vue d’un projet de recherche que je dirige.

J'étais aux premières loges pour témoigner du ressac des paroles de Denise Bombardier à Tout le monde en parle.

Et depuis jeudi dernier, le jeudi noir, tel que renommé par mes collègues ontariens, je ne peux échapper aux constantes conversations liées à la décision de Doug Ford de réduire le statut des Franco-Ontariens à une statistique perdue dans l'océan du multiculturalisme canadien. 

Lors du congrès de la fin octobre, des cinq discours officiels qui ont été prononcés, incluant celui du président de l’Assemblée et du Commissaire aux langues officielles, tous ont été saupoudrés d’humour de temps à autres, mais une seule dignitaire n’a pas envoyé un « jab » bien senti aux propos de Madame Bombardier.

Parfois de manière subtile (« La francophonie, tout le monde en parle. »), parfois de façon directe (« Est-ce que quelqu’un a vu Madame Bombardier ? On l’a pourtant invitée. »), les références étaient bien présentes. À chaque fois, les rires ont fusé de partout dans la salle.

Des rires qui étaient à la fois libérateurs, qui permettaient d’exorciser la tension inhérente aux projecteurs jetés tout d’un coup sur leur communauté, et à la fois des rires de condamnation et de dénonciation, marquant leur désaccord vis-à-vis les propos d’une femme qui ne leur a pas donné l’impression de connaître et reconnaître leurs réalités.   

Mais le rire de l'automne fait maintenant place à la rage de l'hiver.

Une communauté dynamique 

Les 326 personnes autour de moi à Toronto ne représentaient que la pointe de l’iceberg des acteurs qui dynamisent la communauté franco-ontarienne contemporaine.

Ils provenaient des milieux de la santé, de l’éducation, de la politique, de l’économie, du communautaire, des communications, de la culture, etc. Chaque individu, chaque délégué, représentait des dizaines, des centaines, des milliers de collègues.

Je peux témoigner d’une chose : ils sont actifs, imaginatifs, innovateurs, éveillés, branchés et dynamiques. Je dirais même qu’ils sont très inspirants.

D’ailleurs, ils sont tellement dynamiques qu'ils manquent de ressources pour leurs projets, qui eux dépassent leurs attentes.

Autant les écoles francophones (dont le nombre ne cesse de croître) que les programmes d’immersion française dans les écoles anglophones peinent à recruter tous les enseignants nécessaires.

L’importance du « par et pour les Francophones » propulse les initiatives et le développement des projets.

Si vous croyez que le « maîtres chez nous » a changé le visage du Québec, imaginez un instant à quel point les Franco-Ontariens tentent intensément, et heureusement souvent avec succès, d’être eux aussi autonomes des revirements et changements d’humeur des élus à Queen’s Park.

Et là, jeudi dernier, ils ont été attaqués exactement au cœur de leur nouveau symbole d’affranchissement du pouvoir anglais.  

Définitivement, les Franco-Ontariens méritent qu’on s’intéresse à eux plus souvent, et surtout pas seulement lors de crises médiatiques ou pire, par pitié.

Vous pourriez être surpris de ce que l’on peut apprendre à leurs côtés.

Oui, on « sait » que vivre en français en dehors de la belle province est différent, mais on ne le sait pas tant qu’on ne s’y baigne pas pour vrai.

Voilà plus de quatre mois que je partage ma vie entre Cornwall, Ottawa et la Montérégie et je commence à peine à comprendre l’ampleur des différences entre leurs réalités et les miennes. C’est toute une reprogrammation de mes repères culturels qui s’opère en ce moment.

Et je vis leur dynamisme au quotidien. D’ailleurs, ce sont les Franco-Ontariens qui sont venus vers moi pour requérir mes services. Ils possèdent une longue liste d'autres partenaires d'affaires au Québec, et ce, dans tous les domaines.

Même en humour ! Car les Franco-Ontariens ont du talent et sont extrêmement fiers de leurs humoristes, dont Patrick Groulx, Julien Tremblay, Katherine Levac et Alexandre Bisaillon.

L'improvisation est également très populaire dans les écoles secondaires de langue française. En fait, c’est carrément inscrit au curriculum du Ministère de l’éducation. On ne badine pas avec l'impro en Ontario !

Et avec le programme d'humour chez les 14-18 ans, le Concours LOL - Mort de rire !, qui ne cesse de croître, les Franco-Ontariens prouvent qu'ils sont plus que prêts à prendre les bouchées doubles pour vivre leur culture francophone sur toutes les tribunes.

La révolte gronde

Manifestations, démarches judiciaires, pressions politiques, pétitions, ... la contestation s'organise chez les Franco-Ontariens, et avec raisons.

Au-delà des profils Facebook, il y a un feu de rébellion à entretenir et à incarner dans le monde réel.

Et il est de notre devoir au Québec d'être partie prenante du débat.

Nous aimons bien mettre de l'avant que nous avons un modèle de société qui fonctionne, que nous traitons notre minorité linguistique anglaise avec plus de respect que les autres provinces canadiennes le font avec leurs Francophones.

Il est maintenant temps d'arrêter de se bomber le torse avec des affirmations et de relever nos manches pour entrer en action.