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Un général dans la tourmente

Montcalm, général américain, Dave Noël, Éditions du Boréal
Photo courtoisie Montcalm, général américain, Dave Noël, Éditions du Boréal

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Montcalm a habité notre jeunesse, à l’époque où on enseignait l’histoire du Québec et du Canada à la « petite école ». Tous les enfants savaient que les troupes de Montcalm avaient été battues par celles de Wolfe sur les plaines d’Abraham, et que les deux généraux avaient été tués au combat (ou peu de temps après).

Et cette phrase de Montcalm à l’agonie à son chirurgien : « Au moins, je ne verrai pas les Anglais à Québec. » Cette seule image du marquis de Montcalm agonisant stoïquement entre les bras de ses soldats a marqué notre imaginaire de vaincus. De la bravoure dans la défaite.

Les historiens se sont longtemps demandé si Montcalm avait eu raison de se lancer si rapidement, le 13 septembre 1759, dans une bataille rangée avec les troupes britanniques, sans attendre les troupes d’élite de Bougainville « qui doivent tomber sur les arrières de Wolfe en débouchant de la forêt de Sillery », sans attendre non plus les renforts de Vaudreuil, « un homme sans talent ni fermeté [...] que le génie seul de Montcalm pouvait faire plier », selon l’historien François-Xavier Garneau. Ces louanges n’empêchent pas le même historien de changer son fusil d’épaule dix ans plus tard, à la lumière de certaines révélations : « Il avait tous les défauts des généraux de son temps : il était à la fois rempli de feu et de nonchalance, timide dans ses mouvements et audacieux au combat jusqu’à négliger les règles de la plus commune prudence. »

Le martyr

La dépouille du général Montcalm, considéré comme « l’un des saints de la martyrologie du Canada », selon l’expression d’un journaliste du journal Le Canadien lors du centenaire de sa mort, en 1859, ou comme un « aigle qu’un éclat de foudre a terrassé », comme le qualifie l’écrivain Louis Fréchette, a longtemps reposé sous le plancher de la chapelle des Ursulines de Québec, dans un trou creusé par un obus, selon la tradition. Ses restes seront ensuite transférés au Musée des Ursulines « où ils demeureront visibles jusqu’à la fin du XXe siècle ». Puis ils seront inhumés dans un mausolée installé dans le cimetière de l’Hôpital général de Québec, en présence du premier ministre Bernard Landry.

L’épopée de Montcalm a longtemps alimenté les débats. Des pièces de théâtre, des romans, des feuilletons seront écrits rappelant ses faits et gestes. Il est tantôt dépeint comme un général trop prompt à dégainer, tantôt comme un officier incorruptible qui a su rallier militaires canadiens, amérindiens et français, un martyr du devoir, « un héros du sacrifice et de l’immolation ».

Destruction du héros

Jusqu’au jour où l’historien Guy Frégault va démolir la statue de héros qu’on lui a érigée. Dans son ouvrage La Guerre de la Conquête, paru en 1955, l’historien « dépeint le général en impérialiste attardé, incapable d’apprécier les stratégies offensives de Vaudreuil, un Canadien de naissance ». Cette opposition entre les Canadiens de souche et les Français de naissance sera reprise par Lionel Groulx, qui en fait un « aristocrate borné ». Selon lui, l’officier n’aurait que du mépris pour les militaires canadiens qui « se salissent au combat », tandis que les militaires français « se battent avec des habits tout propres ». Montcalm n’aurait pas voulu écouter les conseils de Vaudreuil, un « stratège visionnaire » qui a compris que l’alliance avec les guerriers amérindiens était une condition sine qua non de la victoire, « peu importe la taille et la nature de l’armée qui lui est opposée ». Mais Montcalm, ce gentilhomme « né avec une épée d’argent entre les dents », aurait rejeté cette guerre de guérilla qui heurtait son sens de l’honneur, « convaincu de l’efficacité supérieure de la manière européenne de faire la guerre ».

Comme on le voit, Montcalm continue de susciter des passions, à tel point qu’on est convaincu qu’on aurait pu gagner la bataille des plaines d’Abraham, n’eût été la présence de Montcalm, qualifié par le dramaturge Jean-Claude Germain de dépressif, paranoïaque, médiocre et incompétent.

L’auteur entend donc rétablir certains faits en nous faisant découvrir un troisième Montcalm. Passionnant.