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Allier anticonformisme, entrepreneuriat et poésie, c'est possible

Allier anticonformisme, entrepreneuriat et poésie, c'est possible

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En cet après-midi d’octobre, il fait assez froid pour porter mon douillet manteau d’hiver, mais je me retiens afin de ne pas passer pour une touriste. J’ai rendez-vous avec Marie-Élaine, la fille derrière Skog, une gamme de produits naturels faits à la main. La marche jusqu’à son atelier de Rosemont est frisquette.

Je m’attends à ce qu’elle me parle de défis de production, du marché des produits de beauté, de marge de profits, de plan d’expansion quinquennal... de business quoi. Tsé, question de pondre un petit profil de jeune entreprise ben cute.

Mais non. Après quelques minutes en sa compagnie, je dégèle (dans les deux sens). Skog, c’est autre chose. C’est l’histoire singulière de Marie-Élaine d’abord et avant tout.

Il y a 8 ans, elle travaillait en publicité comme productrice et connaissait beaucoup de succès.

Les accolades et les gros chèques de paie, c’était bien beau, mais le monde de la pub, obsédé par la performance, est devenu éreintant. Sa créativité étouffait.

Pour retrouver son équilibre physique et psychologique, elle s’est mise au yoga. Elle a appris à respirer, et surtout, à prendre du temps pour elle pour la première fois de sa vie.

« Je pensais que j’allais être productrice jusqu’à 80 ans, que j’allais faire 100 000 $ par année toute ma vie. C’est quand j’ai commencé à méditer et à faire du yoga que je me suis dis “Ark, j’hais ça, la pub, c’est pas ça que je veux !” »

Tranquillement, elle s’est retirée du milieu et refusait des contrats pendant qu’elle se magasinait un programme d’études professionnelles. Elle désirait apprendre un métier manuel et reconnecter avec la nature.

Parce qu’au fond, la fille de pub était pas mal plus une fille de bois.

Elle s’est donc inscrite au DEP en horticulture à temps plein et travaillait de soir dans les bars. Elle avoue que c’était rough par moments.

Ça ne fait même pas une heure que je suis à son atelier et je suis carrément pâmé devant elle. Au yable la neutralité journalistique !

Alors que tout nous pousse à produire et consommer plus, c’est un move tellement audacieux et admirable. Ce n’est pas si évident de prendre le recul et de faire les sacrifices nécessaires pour retrouver qui on est réellement.

Je viens d’un petit village au Lac-Saint-Jean. J’ai passé les 10 premières années de ma vie nu-pieds à jouer dans la forêt. Entendre Marie-Élaine parler de ses valeurs me rappelle à quel point ça me manque.

C’est pendant son DEP qu’elle commence à fabriquer des produits pour ses amis et ses collègues de classes. Le bouche-à-oreille a ensuite fait son œuvre.

Allier anticonformisme, entrepreneuriat et poésie, c'est possible
Crédit : Marie-Élaine Guay

Elle a suivi des formations pour perfectionner son art et a commencé à distribuer Skog par l’entremise de son site web et six points de vente à Montréal.

« Le but, c’est le partage. Ce n’est pas de promouvoir la beauté. Ce sont des produits qui t’accompagnent. Ce sont des gels douche et des shampoings qui ne font pas briller tes cheveux parce qu’ils ne sont pas pleins de silicone et de parfums. C’est t’aimer tel que tu es. C’est acheter quelque chose qui a une odeur qui te réconforte plus qu’un look fini qui va te faire penser que tu es plus beau ou plus belle. »

Son changement de cap lui a aussi permis de recommencer à écrire. Lâcher prise de son ancienne vie a redonné un élan à sa créativité. Elle vient même de publier Castagnettes, un premier recueil de poésie.

 

"les fous sur la route c'est nous

c'est nous les carambolages

c'est nous les maladies mentales

c'est nous cancer ascendant tout cru dans le bec

c'est nous l'armée anti-amour

c'est nous les jardins divorcés"

- Extrait d'À go, on ouvre les yeux et on fonce, tiré de Castagnettes

Allier anticonformisme, entrepreneuriat et poésie, c'est possible
Crédit : Marie-Élaine Guay

Une de ses plus grandes fiertés réside dans le fait que Skog n’est pas, et ne deviendra jamais, une grosse opération. On lui a offert d’acheter des parts de sa compagnie, ce qui lui aurait permis de suivre la bonne vieille logique de la croissance capitaliste, mais elle a décliné les offres.

Les profits qu’elle fait avec Skog sont réinvestis directement dans l’entreprise. Elle s’en verse une partie suffisante pour bien vivre, simplement.

Elle ne souhaite pas distribuer la marque dans plus de points de vente. Elle veut continuer à faire ses produits elle-même, quand ça lui tente. La maximisation des profits est le dernier de ses soucis.

« Penser à notre santé, s’intéresser aux produits qu’on consomme, prioriser la qualité à la quantité et participer à l’essor d’un mouvement collectif de consommation à la baisse, c’est vraiment ça, ma mission d’entreprise. »

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