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Complice de l’ex-roi de la pharmacie

Une pharmacienne avoue avoir menti pour protéger son cousin qui s’était bâti un petit empire

La cousine de l’ex-roi de la pharmacie a dit qu’elle l’avait dépanné à sa pharmacie de Mont-Tremblant en mars 2016 alors qu’elle n’y a pas pratiqué depuis 2012 ou 2013. Il lui avait demandé de l’aider à la suite d’une erreur de médicaments.
Photo Chantal Poirier La cousine de l’ex-roi de la pharmacie a dit qu’elle l’avait dépanné à sa pharmacie de Mont-Tremblant en mars 2016 alors qu’elle n’y a pas pratiqué depuis 2012 ou 2013. Il lui avait demandé de l’aider à la suite d’une erreur de médicaments.

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L’ancien roi de la pharmacie a entraîné sa cousine, elle aussi pharmacienne, dans sa délinquance. Celle-ci a avoué à son ordre professionnel qu’elle avait menti pour tenter de le couvrir.

La cousine de l’ex-roi de la pharmacie a dit qu’elle l’avait dépanné à sa pharmacie de Mont-Tremblant en mars 2016 alors qu’elle n’y a pas pratiqué depuis 2012 ou 2013. Il lui avait demandé de l’aider à la suite d’une erreur de médicaments.
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Lyne Valiquette a en effet reconnu qu’elle avait menti au syndic de l’Ordre des pharmaciens pour camoufler une erreur de médicament faite par son cousin Jonathan-Yan Perreault en mars 2016.

Celui-ci a été condamné l’an dernier à près de 32 ans de radiation pour une série d’infractions, notamment d’avoir utilisé des prête-noms, avoir eu des avantages illégaux, vendu des médicaments périmés et rédigé de fausses ordonnances.

Il a également remis à une patiente des somnifères plutôt qu’un antibiotique.

Avant de reconnaître cette dernière erreur, il a toutefois prétendu que c’est sa cousine qui avait rempli la prescription de flurazepam plutôt que d’antibiotiques.

Patiente blessée

La syndique de l’Ordre, Lynda Chartrand, a raconté hier que la patiente s’est blessée en chutant la nuit. La dame d’un peu plus de 70 ans prenait trois comprimés de somnifères, trois fois par jour, alors qu’il faut en prendre un ou deux au coucher. Au total, elle a pris 33 comprimés en quatre jours avant d’être hospitalisée.

« Il aurait pu y avoir des conséquences désastreuses », a dit la syndique aux membres du conseil de discipline.

L’erreur est survenue trois semaines après la publication des premières révélations de notre Bureau d’enquête sur ce pharmacien hors norme qui possédait une quarantaine de pharmacies partout au Québec, dont plusieurs par le biais de prête-noms.

« J’ai menti »

Lorsque la syndique l’a interrogée une première fois sur l’erreur de médicaments, Mme Valiquette a prétendu qu’elle avait seulement dépanné son cousin en allant travailler avec lui à Mont-Tremblant. Elle était alors en congé de maternité et vivait dans la région de Montréal.

Sa version des faits était toutefois plutôt confuse. Elle a notamment dit que son conjoint et son bébé de 2 mois l’ont attendue dans la pharmacie pendant qu’elle travaillait.

Elle a également dit qu’une lettre écrite par Perreault pour lui imputer la responsabilité était authentique. Or, quelques mois plus tard, elle a avoué avoir menti et que ce n’était pas elle qui avait signé.

« J’ai menti, vous me demanderiez si je le referais, ce serait non. Si je le regrette, oui », a-t-elle dit à la syndique selon un enregistrement présenté hier en preuve.

Elle a soutenu que Perreault était en panique et tenait des propos suicidaires pour expliquer pourquoi elle avait menti à l’Ordre. Elle a tout de même plaidé non coupable aux deux chefs d’entrave.

Plus de 400 000 $ en paiements illégaux

La pharmacienne Lyne Valiquette a plaidé coupable d’avoir reçu plus de 420 000 $ d’avantages illégaux versés par des compagnies de médicaments génériques et le grossiste McKesson.

Le géant américain de la distribution de médicaments a remis à lui seul la somme de 277 264,27 $ entre 2012 et 2015 pour son ancienne pharmacie de la rue Fleury Est à Montréal.

Elle a reçu un autre montant de 71 012,23 $ pour sa succursale de la rue Jean-Talon Est.

Notre Bureau d’enquête avait déjà révélé qu’Uniprix et McKesson avaient permis à Jonathan-Yan Perreault de bâtir son petit empire de la pharmacie à seulement 36 ans.

Hier, Mme Valiquette a également reconnu avoir reçu des dizaines de milliers de dollars des fabricants de médicaments génériques Apotex et Sandoz.

Elle conteste toutefois les accusations du syndic sur des sommes reçues illégalement de la compagnie Actavis (anciennement Cobalt).

Un mystérieux chèque

Par ailleurs, Mme Valiquette est accusée d’avoir touché 22 000 $ lors de l’achat de médicaments provenant de la pharmacie de son cousin Jonathan-Yan Perreault.

Selon des documents obtenus par le syndic durant son enquête, elle aurait bénéficié d’un rabais illégal de 55 % sur ces médicaments.

Un chèque a notamment été fait par sa compagnie de gestion directement à Perreault.

Mme Valiquette conteste toutefois la validité de certains documents. Elle a également soutenu que ce n’est pas sa signature sur le chèque.

Un débat doit d’ailleurs avoir lieu à partir de ce matin devant le comité de discipline pour déterminer si la signature a bel et bien été contrefaite sur certains documents.


Au total, Lyne Valiquette a plaidé coupable à 7 des 13 chefs d’infraction déposés contre elle. Elle a reconnu avoir agi comme prête-nom pour Jonathan-Yan Perreault dans une pharmacie de Montréal et prétendu faussement en détenir une autre à Sherbrooke.